Après une série de pics qui s’est étalée sur plusieurs jours, faisant rapprocher le nombre de contaminés des 500 nouveaux cas en 24 heures, l’avancée de l’épidémie de coronavirus en Algérie semble livrer des signes de répit, à travers les statistiques en baisse durant ces trois derniers jours. Mais ce recul ne saurait suffire à tirer des déductions pleinement fiables sur l’évolution réelle de la maladie dans notre pays. D’une part, parce qu’il y a à peine quelques jours, les chiffres quotidiens de cette évolution étaient nettement plus bas, avant de se multiplier carrément par quatre et, d’autre part, parce que les moyens logistiques servant au dépistage restent largement en dessous des exigences de ce virus à contagion rapide et aisée, notamment dans un environnement où les mesures de prévention souffrent d’un manque flagrant en matière de respect chez une bonne partie des citoyens.
Non, la situation est loin de pouvoir prêter à satisfaction au vu du comportement d’une partie de population, malgré la situation qui devrait interpeller.
Loin du bilan comptable et des commentaires répétitifs, rendus quotidiennement par le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du Coronavirus, la réalité du terrain se laisse découvrir à travers les cris d’alerte et d’alarme en provenance de nombreuses wilayas du pays, notamment par la voix des membres du personnel soignant, qui se disent livrés à une situation de crise sanitaire devenue quasiment impossible à gérer. Et le ministre de la Santé a dû vérifier cette vérité implacable, mercredi dernier, dans la réaction d’un médecin exerçant au CHU d’El Oued, où Abderrahmane Benbouzid se trouvait en visite d’inspection. En état de détresse manifeste, l’homme en blouse blanche n’a, effet, pu retenir ses larmes ni faire dans la distanciation protocolaire de circonstance, pour exprimer au premier responsable du secteur le sentiment «d’abandon» dans lequel se trouve la famille médicale de cette wilaya du Sud dans sa lutte contre la Covid-19. «Personne ne vient ici, mais en votre présence, aujourd’hui, ils sont tous là», a-t-il lancé en guise de dénonciation des auteurs de cet abandon, alors que les staffs médicaux exerçant dans les structures sanitaires sont arrivés à un stade d’épuisement, sur fond de deuil engendré par la perte de plusieurs d’entre eux, tous corps confondus, faut-il le préciser.
Une dénonciation qui, malheureusement, n’est pas une exception et les interventions ne cessent de se multiplier à travers les réseaux sociaux pour prévenir contre l’insouciance de nombreux citoyens, mais aussi contre le laisser-aller chez de nombreux responsables chargés de la gestion locale de l’épidémie, alors que les moyens logistiques et humains manquent, ne cessent-ils de répéter.
Le tableau brossé par ceux qui sont le plus près de la réalité a interpellé les autorités du pays, et à leur tête le président de la République. Lors d’une séance de travail consacrée, jeudi, à la situation sanitaire dans le pays, Abdelmadjid Tebboune n’a pas manqué d’exprimer son «inquiétude» face au nombre croissant des cas de Covid-19. Ce qui a induit une saturation des structures sanitaires dans certaines wilayas, aggravée par une mauvaise répartition des moyens entre hôpitaux, notamment en termes de nombre de lits disponibles. Une situation qui s’est répercutée sur la qualité de la prise en charge des malades, indique un communiqué de la présidence. <