Hakim Ould Mohamed
L’équilibre budgétaire de l’Algérie en 2023 est tributaire d’un baril de pétrole de 149,2 dollars, lit-on dans les données publiées par le Fonds monétaire international (FMI) sur le prix du pétrole et l’équilibre budgétaire dans les pays arabes exportateurs de brut, reprises par Al Arabiya. Il en ressort que les prix actuels du Brent sont de loin inférieurs au point d’équilibre rapporté par le FMI. Les cours du Brent de la mer du Nord pour livraison en janvier 2023, dont c’est le premier jour d’utilisation comme contrat de référence, se situaient aux alentours de 94 dollars le baril, très insuffisant pour l’équilibre du budget de l’an prochain, si l’on se réfère aux données rendues publiques par l’institution de Bretton Woods. Cependant, pour l’équilibre des comptes extérieurs, ce niveau de prix est nettement suffisant pour dégager des excédents sur la balance commerciale ainsi que sur celle des paiements, permettant à l’Algérie de consolider les gains de l’actuel exercice, marqué par un retour net à l’équilibre de la balance commerciale et du compte courant. L’actuel exercice devrait, en effet, être clôturé avec un excédent de +983 millions de dollars sur la balance des paiements, ce qui permettra au pays de renouer avec les plus-values sur ses réserves de change, dont le solde s’élèverait à 46,28 milliards de dollars à fin 2022. Pour l’an prochain, le gouvernement table sur un excédent commercial de 17,7 milliards de dollars et un excédent de 11,3 milliards de dollars sur la balance des paiements, ce qui permettra à l’Algérie de porter le solde global de ses réserves de change 59,7 milliards de dollars à fin 2023. Cependant, le retour à l’équilibre des comptes extérieurs contraste avec le seuil de rentabilité financière du budget qui, elle, dépend d’un prix de baril supérieur à 149 dollars. Avec son projet de budget pour 2023, le gouvernement veut, certes, protéger les Algériens d’une inflation et d’une érosion du pouvoir d’achat pour le moins inédites, mais laisse filer le déficit budgétaire qui devrait culminer à plus de 4000 milliards de dinars à fin 2023.

Quid du financement du déficit ?
Le gouvernement a levé le voile sur un budget dépensier pour 2023, mais qui tient compte de l’amélioration de la situation macroéconomique du pays et de ses revenus. Les dépenses globales de l’Etat devraient, en effet, atteindre 13.786 milliards de dinars en 2023, contre des dépenses de 9.858,4 milliards de dinars au titre de l’actuel exercice. En valeur, les dépenses de l’Etat augmenteront ainsi substantiellement en 2023 par rapport à 2022. Au chapitre des recettes, celles-ci connaitront également un net rebond l’an prochain et culmineront à 7.901 milliards de dinars, contre 5.683,22 milliards de dinars cette année. Les recettes de la fiscalité ordinaire devraient caracoler à plus de 6.500 milliards de dinars, tandis que les revenus de la fiscalité ordinaire grimperaient à plus de 3.200 milliards de dinars. Ces deux variables dégageront un déficit de plus de 4000 milliards de dinars, ce qui fait dire aux experts du FMI que l’équilibre budgétaire de l’Algérie est tributaire d’un prix de pétrole supérieur à 149 dollars le baril. Pour le gouvernement, il s’agit d’un budget protecteur malgré le déficit qu’il dégage, lequel peut être couvert, comme à l’accoutumée, par la mobilisation des réserves de la banque centrale ainsi que par le recours à la dette interne. C’est-à-dire que même si le déficit budgétaire continue à être important, la priorité du gouvernement étant la protection du pouvoir d’achat des Algériens et le retour de la croissance. Le retour à l’équilibre des comptes extérieurs, dont les déficits de ces dernières années ont eu un effet corrosif sur le stock en devises, offre une certaine marge de manœuvre au gouvernement qui semble vouloir casser la tirelire afin d’accroitre l’investissement budgétaire et soutenir le pouvoir de vivre des petites et moyennes bourses. Cependant, l’Exécutif investit également dans l’amélioration de l’offre interne de biens et services afin de réduire davantage les importations et de dégager des volumes à l’export. Cela aiderait à rétablir durablement la viabilité de la balance des paiements car dépendant jusqu’ici de la bonne rentabilité du baril de Brent. Cela signifie que des efforts doivent être consentis davantage dans la diversification de l’offre interne en biens et services ainsi que dans les sources en devises afin de renforcer la résilience de l’économie face aux chocs externes. n