Au moment où le processus électoral en Libye franchit une étape importante avec la clôture des candidatures présidentielles, c’est la démission soudaine de l’émissaire de l’ONU dans ce pays qui est enregistrée, à un mois du scrutin prévu le 24 décembre prochain. De quoi susciter des interrogations et légitimer des appréhensions quant à l’achèvement de ce processus devant doter le pays d’une institution présidentielle légitime.

PAR NAZIM BRAHIM
En effet, l’émissaire de l’ONU pour la Libye, le Slovaque Jan Kubis, a démissionné de ses fonctions, ce 23 novembre, moins d’un an après sa prise de fonctions en janvier dernier, une démission qui intervient à un moment crucial de la feuille de route menée sous les auspices de l’ONU, afin de tourner la page de l’instabilité et de la guerre entre Libyens.
Pour l’heure, aucune explication n’a été donnée suite à ce nouvel épisode dans le processus de règlement de la crise libyenne, ni de la part des voix libyennes chargées d’encadrer ladite consultation ni du côté onusien.
Des sources diplomatiques évoquent, cependant, la dernière réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, durant laquelle il y aurait eu des « divergences » quant à l’opportunité de « reconfigurer la direction de la mission politique onusienne en Libye », où plusieurs membres du Conseil réclamant que le poste d’émissaire soit redéployé de Genève à Tripoli. Les mêmes sources soulignent que M. Kubis était « réticent au transfert de son poste.
Après un bras de fer à rebondissements, en septembre, pendant trois semaines entre Moscou, qui a brandi plusieurs fois la menace d’utiliser son veto, et Londres, auteur de la résolution prolongeant la mission, le Conseil de sécurité s’était résolu, le 30 septembre, à une extension s’achevant fin janvier, rappellent les mêmes sources diplomatiques.
A l’origine, la Manul aurait dû être reconduite pour un an de manière quasi-automatique avec un affichage d’unité internationale à l’approche d’un scrutin présidentiel visant à tourner la page d’une dizaine d’années de guerre.
Brouille dans le processus électoral libyen ou coup de froid passager qui ne serait pas étranger de l’intensité qui altérerait l’agenda tracé ? Les prochaines semaines apporteront les réponses quant à l’impact réel de cette surprenante démission de l’émissaire onusien.
Pourtant, le processus semblait, du moins jusqu’à hier, avancer dans la sérénité notamment avec la clôture de la phase de dépôt de candidatures en dépit des interrogations nées de celles du fils de Kadhafi et du maréchal Haftar, accompagnées par diverses interprétations quant aux motivations de ces deux personnes à concourir dans cette présidentielle, marquée par des interférences étrangères.
La Haute-commission électorale (HNEC) libyenne a indiqué que 98 candidats, dont 2 femmes, ont soumis un dossier pour l’élection présidentielle, parmi lesquels figurent également l’ancien ministre de l’Intérieur, Fathi Bachagha, et le chef du gouvernement intérimaire, Abdelhamid Dbeibah.
«La plateforme d’inscription des candidats a reçu les dossiers de 98 candidats et candidates ayant rempli les conditions et fourni les documents requis pour l’élection du chef de l’Etat», a déclaré Imad al-Sayeh, directeur de la HNEC.
«La liste définitive des candidats sera publiée sous 12 jours, une fois que les vérifications, recours et appels auront été complétés», a précisé M. al-Sayeh lors d’une conférence de presse à Tripoli.
Pour l’élection du chef d’Etat -premier scrutin au suffrage universel en Libye-, le dépôt des candidatures s’est déroulé exclusivement dans trois bureaux de la Haute-commission électorale, à Tripoli (ouest), Benghazi (est) et Sebha (sud). Plus de 2,83 millions de Libyens sur environ 7 millions d’habitants se sont inscrits pour voter. «Plus de 1,7 million d’électeurs ont retiré leur carte», a dit M. al-Sayeh.
Avant la démission de Kubis, deux sessions sur l’évolution de la situation politique en Libye étaient à l’ordre du jour du Conseil de sécurité de l’ONU. La première séance, prévue hier (mardi) était consacrée à l’audition de l’exposé du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda. Lors de la deuxième séance programmé aujourd’hui (mercredi), il est prévu que l’émissaire de l’ONU, également chef de la mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul), Jan Kubis, présente devant les membres du Conseil de sécurité de l’ONU son briefing sur la situation en Libye et les derniers efforts et démarches déployés en vue de la tenue de ce rendez-vous présidentiel.
Quid de cet agenda après la démission de M. Kubis ? Les choses sont appelées vraisemblablement à s’accélérer dans les prochains jours.