Il y a deux mois, le Cercle algérien de réflexion sur l’entreprise (Care) et le Centre des jeunes dirigeants algériens (CJD) rendaient public un plaidoyer pour «la sauvegarde de l’entreprise algérienne» et un appel à des mesures de soutien urgent du tissu entrepreneurial et économique national. Ces deux collectifs viennent d’actualiser cet exposé en l’accompagnant de nouvelles recommandations placées sous le titre
«l’Entreprise et le citoyen face au Covid-19, comment adresser l’urgence immédiate», alors que la crise économique qui étouffe le pays est rendue plus aiguë par les conséquences de la pandémie du Coronavirus.

Le souci principal, explique Care, est de s’assurer que le tissu économique algérien «puisse traverser sans trop de dégâts la phase critique actuelle» et qu’il puisse «être en mesure, une fois la crise sanitaire surmontée, de redémarrer au plus vite et d’être en phase avec les réformes structurelles inévitables». L’objectif, ajoute la même source, est de «s’assurer que les ménages ne se retrouvent pas sans ressources», que les travailleurs «reçoivent un revenu qu’ils soient en quarantaine ou temporairement mis au chômage», de «veiller également à ce que les entreprises disposent de suffisamment de liquidités (pour payer leurs employés et leurs fournisseurs), notamment les petites et jeunes entreprises pour leur éviter la faillite. Et de «soutenir le système financier afin d’éviter que la crise sanitaire ne devienne une crise financière».
«L’Etat devra intégrer le fait que tout ce qu’il consentira aux entreprises est un investissement pour éviter l’effondrement du système économique. Au sein de Care nous sommes profondément convaincus que sans une intervention gouvernementale massive et rapide, les coûts économiques et sociaux seront énormes et insupportables tant pour l’entreprise que pour le pays», explique le Cercle de réflexion, qui précise que l’ensemble des nouvelles recommandations sont empruntées à l’OCDE suivant la logique qu’«aux mêmes maux, il convient d’appliquer les mêmes remèdes».
Le document publié contient quatre grandes recommandations qu’il est utile de restituer, ici, de manière exhaustive ou presque. La première d’entre elles se rapporte aux services financiers tels les banques, les assurances et autres établissement en relation avec le secteur. Elle porte de manière générique sur la réduction du taux d’intérêt directeur de la Banque d’Algérie de 3,5% à 2%. Il s’agira, explique Care, de réduire les coûts effectifs des crédits en cours et ceux contractés depuis le 1er janvier 2020. Le think tank préconise également le report des échéances bancaires ainsi que celles des sociétés de leasing, d’au moins six (6) mois, sans pénalités, et supprimer les intérêts de la période.
Le Cercle conseille de mettre à la disposition des entreprises un accompagnement en liquidités jusqu’à 3 mois de chiffre d’affaires, pour le financement de l’exploitation afin de permettre une reprise rapide de leurs activités. Il appelle à la mise en place d’un mécanisme de crédits garantis par l’Etat à l’instar de ce qui s’est fait un peu partout dans le monde ainsi qu’à la reconduction automatique des polices d’assurance pour les entreprises assorties d’un soutien direct de l’Etat à ces dernières à hauteur de 80% de la prime. Il recommande, enfin, de suspendre pour 6 mois au moins toute saisie d’actifs des entreprises par les Banques et autres créanciers pour cause de défauts de paiements. Dans ce volet, Care souhaite que les banques commerciales soient instruites via la Banque d’Algérie «à l’effet d’introduire des programmes de soutien d’urgence à toutes les entreprises qui le demandent.
Charges sociales et fiscales, protection du salariat et appel à la numérisation
La deuxième recommandation est relative aux charges sociales et fiscales. Elle est exprimée pour «supprimer pour un minimum de 6 mois les cotisations de sécurité sociale des employeurs et des indépendants ainsi que les autres charges sociales, pour «suspendre pour deux semestres les actions judiciaires des services fiscaux et parafiscaux (Cnas-Casnos) envers les entreprises». Elle porte également sur l’exonération «sur deux années au moins, sans pénalités et automatiquement la dette sociale des entreprises en difficulté» ainsi que sur l’accélération du «remboursement des excédents de TVA en amont» et de «simplifier les procédures de demande de remboursement de TVA résultant de créances irrécouvrables, et précomptes de TVA exonérés». Care appelle également à l’ajustement des «acomptes d’impôts sur la base d’une révision de l’obligation fiscale attendue du contribuable», ainsi qu’au report «à 2021 de tous les contrôles fiscaux programmés». Il prône également de «profiter de cette pause au niveau des services fiscaux pour accélérer la numérisation de l’administration fiscale», d’«encourager les entreprises du secteur informel à se formaliser si elles souhaitent faire appel aux dispositifs de soutien mis en place par l’Etat» et d’envisager un «processus d’amnistie fiscale pour cette catégorie d’entreprises».
En complément de son plaidoyer pour la sauvegarde de l’entreprise algérienne, Care appelle à «l’accélération du paiement par l’Etat de toutes les factures dues aux entreprises». Il appelle à l’obligation pour les grandes entreprises «à régler toutes les factures dues aux PME/PMI et TPE. Au-delà d’une échéance de 60 jours». Il juge important de «rembourser les employeurs s’ils accordent des congés de maladie payés aux travailleurs mis en quarantaine.
La troisième recommandation du Cercle de réflexion sur l’entreprise se rapporte à la «protection des travailleurs et des citoyens». Il s’agit d’étendre la couverture par l’Etat au travers de la Cnac de la période de «congé obligatoire» ou de «chômage technique», d’«éviter les mises au chômage technique par une contribution directe aux entreprises pour prendre en charge par l’Etat 80% de la rémunération du salarié mis en congé-payé anticipé». Care conseille également d’étendre «la couverture des congés de maladie payés aux travailleurs indépendants», d’«adapter la réglementation pour garantir aux travailleurs mis en quarantaine un congé de maladie payé» et de «prolonger automatiquement la durée des congés de maladie expirant durant la période de quarantaine». Il est question d’accorder «à la frange de la population la plus fragile un revenu de solidarité», y compris aux chômeurs et aux travailleurs du secteur informel.
La quatrième et dernière recommandation est un appel à une «numérisation immédiate de l’économe» en activant le M-Paiement, en encourageant le télétravail au sein de l’administration ainsi que dans le secteur public et privé ainsi qu’en favorisant le e-Learning et rendre admissible les formations à distance. Il s’agit aussi de permettre le e-fonctionnement des organes de gestion des entreprises tels que les assemblées générales, les conseils d’administration, etc. Et de permettre l’augmentation de la limite de crédits temps pour les usagers de la téléphonie mobile.<