Depuis l’investiture du Président Abdelmadjid Tebboune, le développement des start-ups et des PME constitue deux leviers de la diversification économique et du développement devant permettre la transition économique vers une économie mieux articulée

Par Mohamed Nazim Bessaih, expert, banquier
Cette catégorie d’acteurs économiques figure parmi les actions prioritaires de la feuille de route du chef de l’Etat. Ceci étant, le système bancaire et financier actuel propose une offre de produits inadaptés ou incomplets aux besoins de ces entreprises, et ce, au vu de la conjoncture économique actuelle avec des gros ordonnateurs qui sollicitent de plus en plus de délais de paiement au vu des tensions de liquidités, au point que le problème de financement est devenu l’un des premiers freins au développement des start-ups et des PME en Algérie. En tenant compte des orientations macro-économiques des pouvoirs publics notamment pour agir sur la balance des paiements dans une logique d’import substitution et d’encourager les investissements en optimisant la chaîne de valeur interne comme l’agro-industrie avec des processus de transformation de l’agriculteur au produit fini packagé, nous pouvons aussi cibler le secteur de la logistique, aussi un secteur à fort potentiel de croissance. Citons l’exemple des nouvelles technologies (télécom et digital). Aujourd’hui, elles représentent 4 % du PIB sachant que la moyenne régionale est de 8% alors que l’Algérie a un potentiel d’atteindre 10% du PIB. L’Algérie, pays de 44 millions d’habitants, le 1er IDH de l’Afrique continentale avec une ressource humaine bien formée et innovatrice, et aussi la 4e économie d’Afrique par le PIB avec un marché intérieur de consommation assez profond, couplé à une très bonne compétitivité des facteurs (coût énergétique /RH, etc.) et un positionnement géopolitique et géographique, offrant de très bonnes alternatives à l’export, notamment sur le continent africain paradoxalement, elle enregistre un nombre très insuffisant de vraies PME, voire de start-ups créatrices de valeur, alors qu’elle a besoin impérativement de développer sagement l’entreprise pour être dans une logique d’intégration et donc sortir du tout-import, voire devenir une plateforme export.
Le développement et l’implication de ces entreprises dans la quête d’une croissance économique élevée potentiellement à deux chiffres avec la création d’un grand nombre d’emplois à travers un développement et une intégration importante de valeur avec des PME, voire start-ups, aura comme impact une amélioration des offres produits et services destinés à la population, voire même à l’export dans un pays qui a vraiment besoin de diversifier ses ressources en devises.
L’accompagnement de cette ambition ne peut s’articuler qu’autour de produits et solutions bancaires adaptées.
Un des leviers majeurs reste le factoring comme je l’ai exprimé dans plusieurs conférences et rencontres sur la réforme du système bancaire. Il relève que l’objectif de 1 million de PME (petites et moyennes entreprises) a été atteint, fin 2017, 1 022 611. Mais la population globale des PME est à 97% constituée de TPE (moins de 10 salariés). Le nombre de start-ups dans cette catégorie de PME est insignifiant. La petite entreprise représente 2,53% et la moyenne entreprise 0,31%. Cela nous permet de conclure que le secteur de la PME est bon qualitativement, mais faible quantitativement. Ces PME (personnes morales) activent principalement dans les services 52,52%, le BTPH 30,34%, les industries manufacturières 15,52%. Il en ressort implicitement de ces chiffres que les PME, voire les start-ups, n’ont pas la taille critique pour bénéficier d’accompagnement financier adéquat.
Le tissu PME, voire start-up, algérien reste très dépendant de la commande publique et n’offre pas les critères de bancabilité et accès au financement au vu de leur faible structure capitalistique, il y a lieu de faire évoluer le secteur vers la croissance par le marché et de l’écosystème. L’expert explique qu’il ne peut y avoir de développement de l’écosystème de start-up et PME sans les instruments de financement adéquats en citant la formule de financement approprié pour ces sociétés, notamment le factoring.
Ce dernier est une technique de gestion financière pour laquelle une société financière (le factor) gère dans le cadre d’un contrat (contrat de factoring) le poste client d’une entreprise en finançant ses factures clients généralement à hauteur de 90%, en recouvrant ses créances nettes de réserve, en garantissant les créances. En clair, avec cette solution, la start-up ou la PME évite le risque de ne pas être payée par les clients et donc d’avoir des difficultés financières entre la période où la société effectue une prestation et la période où le bénéficiaire paie réellement le service (retards dans le paiement), mais aussi la cession à une société de factor fera que la créance sort du bilan de ladite PME ou start-up, ce qui permutera à une PME ou une start-up de pouvoir continuer à prendre d’autres commandes et s’approvisionner sans le poids des anciennes créances encore impayées. Le factoring est une solution de financement à court terme prévue par la commande de commerce algérien via les articles 543 bis 14, 15,16, 17 et 18 du Décret exécutif n° 95 331 du 25 octobre 2020, relatif aux conditions d’habilitation des sociétés pratiquant le factoring. Le factor exerçant à titre de professionnel sous forme de société commerciale spécialisée, assimilable à une société financière, régie par la législation et la réglementation applicables aux sociétés commerciales. En termes plus simples, il s’agit de parachever la législation sur le factoring pour rendre applicable et praticable cette formule de financement via les banques commerciales présentes. Il est à signaler que depuis 1995, nous constatons la non-émergence des sociétés de factoring, alors que la réglementation algérienne prévoit cette technique de financement. L’expert recommande de faire évoluer la législation actuelle, notamment la loi monnaie et crédit, en intégrant le factoring avec des règlements y afférant pour permettre aux banques de s’approprier ce mode de financement sous forme de filiales ou de produits internes du guichet bancaire, tels que pratiqué dans d’autres pays. En attendant de faire émerger cette activité bancaire au profit des PME et start-up et de manière générale au bénéfice bénéfique à tout l’écosystème de l’ordonnateur et dernier sous-traitant, le spécialiste relève que dans de nombreux pays, le factoring, le rachat et vente de créances sont pratiqués. Il a ajouté que ces solutions permettront d’accompagner le développement des PME, en particulier, des start-up, malgré la faiblesse des niveaux de leurs fonds propres (montant du capital initial très modeste de cette typologique d’entreprise) par cette solution déconsolidante naturalise pas d’impact sur le ratio d’endettement ni le post-créance. Aussi nous pouvons noter que le factoring peut ne pas être en contradiction avec les exigences des produits islamiques et peut être assimilé à un produit charia complexe au vu de la structure de prise de risque avec un achat pur et simple de créance rémunéré via un paiement d’une commission et non pas d’un intérêt au sens universel. Un autre avantage aussi, le factor prend en charge le recouvrement des créances souvent avec des procédures complexes qui nécessitent de l’expertise, ce qui permet à l’entreprise de gagner du temps et de se concentrer sur son développement. Aussi, comme le veut la pratique, une opération de factoring peut être couverte par une police d’assurance couverte par une assurance-crédit type Cagex en garantie de couverture pour la banque ou la société de factor. Sur le plan de la régulation de définir par arrêté le montant de l’actif net tel que prévu par le décret exécutif n° 95 331 du 25 octobre 2020, notamment son article 07. Aussi voir la possibilité de transférer l’agrément des sociétés de factoring au Conseil de la Monnaie et du Crédit ou à la Banque d’Algérie comme pour les établissements financiers de leasing et /ou département leasing des banques. n