Beaucoup connaissent Taoufik Makhloufi ,mais ne savent pas qui était l’homme qui a découvert son talent. Ali Redjimi, son premier entraîneur, est décédé dimanche à tout juste à 53 ans après avoir été touché par le coronavirus. Une triste nouvelle pour la famille de l’athlétisme algérien et pour Taoufik Makhloufi en particulier dont la relation avec le défunt était très fusionnelle.

Après la joie et le titre de vice-champion du monde du 1500m décroché lors des derniers Mondiaux d’athlétisme à Doha (Qatar), Makhloufi connaît une passe compliquée sur le plan émotionnelle. En effet, dans la nuit de dimanche à lundi il a appris le décès de son tout premier entraîneur en athlétisme : Ali Redjimi en l’occurrence.
Ce dernier, présent à toutes les cérémonies en l’honneur de son protégé, a été emporté par la Covid-19. On parle d’un homme ayant énormément compté dans la carrière de Makhloufi qui voyait en lui « un second père ». Ainsi, le demi-fondiste n’a jamais caché son admiration pour son entraîneur qui l’a découvert très jeune quand il était venu à Alger pour se faire de la place chez le MC Alger. C’est là-bas que tout avait commencé pour le natif de Souk Ahras.

Toujours présent
Certes, par la suite, ambition et manque de moyens en Algérie obligent, il est parti s’entraîner sous la coupe du coach somalien Souleymane Djama Aden pour les Jeux Olympiques 2012 à Londres où il avait décroché la médaille d’or sur 1500m. Mais, après ce coup d’éclat, Makhloufi avait décidé de collaborer de nouveau avec Ali Redjimi. «Je suis retourné chez Redjimi car j’estime qu’il recèle de grandes compétences en matière d’entraînement», avait-il lâché en 2013 dans une déclaration pleine de reconnaissance et d’estime.
Certes, la collaboration entre les deux hommes était restée en stand-by à partir de mars 2015. Makhloufi a rejoint le groupe de Philippe Dupont qui lui a permis de décrocher les deux médailles d’argent sur 800m et 1500m aux Olympiades 2016 de Rio de Janeiro (Brésil). Mais la relation filiale a toujours existé entre le vice-champion du Monde de 1500m à Doha (2019) et son formateur qui l’encadrait pour suivre son programme de préparation chaque fois qu’il était en Algérie.

Il le voyait médaillé à Tokyo
Le regretté Redjimi était le premier à savoir que le petit Taoufik sur 1500m avait quelque chose de spécial. Il avait fait en sorte qu’il rejoigne la section athlétisme du Mouloudia (Groupement Sportif des Pétroliers plus tard) et lancer sa formidable carrière. « Il avait une énergie incroyable. Il avait cinq qualités majeures : vitesse, force, persévérance, souplesse et explosivité », s’est souvenu Redjimi récemment dans une interview accordée au site d’information sportive « La Gazette du Fennec » après la médaille d’argent de Makhloufi aux Championnats du Monde qataris l’an dernier. Dans l’idéal, Makhloufi ne pensait sans doute pas perdre son mentor de manière aussi prématurée et dramatique. Mais la pandémie a eu raison du rapport fusionnel qui a toujours existé entre lui et son formateur. Présent en Algérie depuis le 27 juillet dernier, après avoir été rapatrié d’Afrique du Sud où il était bloqué depuis le mois de mars écoulé, le Champion d’Afrique 2012 du 80m à Porto-Novo était au chevet de la famille du défunt. Ce dernier était convaincu qu’ « avec une bonne préparation, Taoufik peut décrocher une nouvelle médaille aux JO de Tokyo. Attendez-le. Je dis à Taoufik que tout le peuple t’attendra à Tokyo.» Des mots auxquels Makhloufi pensera certainement lorsqu’il s’alignera au départ de chaque course désormais. Peut-être qu’il lui dédiera un nouveau podium en guise d’ultimes hommage et remerciement. n