Il n’est pas seulement le coach du numéro 1 mondial, il est devenu son meilleur avocat. Quand il s’exprime dans la presse, Goran Ivanisevic ne manque pas une occasion de monter en première ligne pour défendre Novak Djokovic. Et depuis le 18e titre en Grand Chelem de son protégé, le 9e à l’Open d’Australie, voici un peu plus d’une semaine, le Croate se sent pousser des ailes et n’est pas avare en superlatifs. Dans un entretien accordé lundi au média serbe Sportklub (diffusé dans plusieurs pays des Balkans), il a encore fait l’éloge des ressources de son joueur face à l’adversité à Melbourne.
Ivanisevic, qui a commencé à travailler avec Djokovic à l’été 2019 à Wimbledon, a vécu cette quinzaine australienne d’une manière particulièrement intense. « En tant que coach et fan de Djokovic, ce titre est le plus savoureux de tous. Novak choisirait probablement Roland-Garros 2016 ou son premier Wimbledon, mais pour moi, après une année au cours de laquelle les médias lui ont tiré dessus à tout va… ça fait vraiment du bien. En plus, ce titre pourrait bien être extrêmement important en prenant du recul (sur la course au record du nombre de titres en Grand Chelem NDLR) », considère-t-il.

POURQUOI ON LE TRAITE COMME ÇA ?
Revenant sur les différentes polémiques au coeur desquelles s’est retrouvé le numéro 1 mondial, de l’Adria Tour à sa blessure en cours de quinzaine à Melbourne en passant par sa disqualification à l’US Open, Ivanisevic s’est insurgé contre les procès dont a été victime selon lui Djokovic. « L’année dernière, c’était comme si je regardais ‘Massacre à la Tronçonneuse’ (rires). Pourquoi on le traite comme ça ? Probablement à cause de ses origines. Les gens des Balkans sont toujours regardés différemment ; Novak n’a pas peur de dire ce qu’il pense non plus et de se battre pour des causes dans lesquelles il croit. A l’US Open, c’était comme si tout le monde était content que ce genre de conneries lui arrive. En Australie, il a défendu ses collègues joueurs et c’était encore : ‘Tapons sur Djokovic parce que c’est le seul à s’exprimer quand tout le monde reste silencieux’. »
Mais le plus pénible pour Ivanisevic fut le doute instauré autour de la blessure du «Djoker» aux abdominaux. Le Croate n’a pu s’empêcher de relever à nouveau une sorte de deux poids, deux mesures par rapport à ses rivaux Rafael Nadal et Roger Federer. Et d’insister dans la foulée sur les qualités faramineuses de son champion : « Je ne sais pas comment il a fait pour gérer tout ça. La blessure est apparue au 3e tour, ce n’est pas comme si le tournoi approchait de sa fin ; non, il devait gagner quatre fois encore pour aller au bout, et pas contre des inconnus. Raonic, Zverev, Karatsev n’a pas atteint les demi-finales par accident, et enfin Medvedev, qui était le meilleur ces trois derniers mois. C’est juste fantastique. Novak est juste plus fort que tout le monde, et c’est dur à admettre pour les gens. Son esprit est si fort, il croit à ses exercices mentaux et avec ses méthodes de relaxation, il a été capable de réduire au minimum de ce qui était physiquement possible la douleur, avec l’aide des anti-inflammatoires également. »

UNE REPRISE À MIAMI… OU SUR TERRE BATTUE
Et maintenant, quel est le programme ? Comme annoncé par Djokovic lui-même après son énième triomphe australien, l’heure est au repos pour que sa déchirure cicatrise bien. Le reverra-t-on avant la saison sur terre battue ? Rien n’est moins sûr. « Ça dépend de la façon dont la blessure évolue, mais il n’y a pas besoin de se précipiter. Le seul tournoi qu’il pourrait éventuellement jouer avant serait Miami. Je pense que sa prochaine IRM est dans deux semaines, nous verrons bien. Je préférerais le voir à 100 % prêt pour la saison sur terre battue, pour essayer d’aller chercher le titre à Roland-Garros », estime Ivanisevic. Dans cette optique, le Serbe et son équipe comptent bien mettre tous les atouts de leur côté. Et le coach croate l’assure, en cas de nouveau duel en finale contre Nadal, Djokovic sera prêt cette fois. « Honnêtement, je ne pense pas que Novak pourrait rejouer aussi mal, même s’il le voulait. Nadal est favori, il n’y a aucun doute, mais les favoris ne gagnent pas toujours. Novak devra être à son meilleur niveau physiquement, il doit se sentir assez puissant pour rester sur le court aussi longtemps qu’il le faudra. La dernière fois, il ne semblait pas prêt à rester sur le court 15 heures s’il l’avait fallu pour battre Nadal. Il raccourcissait les points avec des amorties et d’autres mauvais choix. » Vacciné par son excès de confiance il y a quelques mois, Ivanisevic a donc mis un peu d’eau dans son vin. Ce qui ne l’empêche pas de croire que son poulain a bel et bien repris la main. Assez pour faire définitivement pencher la balance de son côté dans quelques mois ? Le Croate l’espère bien.