Nouveau détenteur du record du monde du 100 mètres nage libre après sa victoire finale disputée dans le bassin de Rome, l’ado Roumain David Popovici avait déjà, à 10 ans, «l’intelligence et le talent», se souvient Adrian Radulescu, son entraîneur de toujours.

Quel souvenir gardez-vous de votre première rencontre avec David Popovici ?
Adrian Radulescu : David est venu dans notre club quand il avait neuf ans. Ce n’était pas le plus facile à entraîner, il recherchait surtout à s’amuser, à sauter son tour, comme tous les gamins. Mais il avait quelque chose de spécial, il était très compétitif.

Avez-vous immédiatement vu son potentiel ?
Pas vraiment. On avait beaucoup de nageurs avec du talent. Certains étaient concentrés sur l’entraînement, d’autres sur le fun. Ça a pris du temps pour voir qu’il pourrait se concentrer sur l’entraînement et progresser. Il devait avoir 10 ou 11 ans quand il a compris ce que c’était.

À quel moment avez-vous réalisé qu’il pouvait faire quelque chose de grand dans la natation ?
On était en stage, il devait avoir dix ans, on a organisé une compétition avec des nageurs du même âge. Vingt-cinq mètres à nager et le dernier était éliminé. Deux garçons étaient meilleurs que lui, on a commencé le jeu. Chaque fois, David finissait avant-dernier. Devant, ils voulaient prouver qu’ils étaient bons et ils se sont fatigués. En finale, le dernier n’avait plus d’énergie et David a gagné. Donc à 10 ans, il avait déjà l’intelligence et le talent.

Qu’est-ce qui le rend spécial ?
Il est prêt à écouter. Mais il a besoin d’informations, d’arguments. Ça signifie qu’avec le temps, il a acquis beaucoup de connaissances sur la natation. Il était prêt à comprendre la natation dès le début. Il est prêt aussi à faire les sacrifices nécessaires à n’importe quel athlète professionnel. Prévoir les sorties, les vacances, sa famille, en ayant toujours le programme des compétitions en tête. Quand il sort, il est toujours le premier à rentrer, il est le genre à demander au gars qui organise d’avancer l’heure de la soirée pour rester un peu plus. Et aussi, il se fixe des objectifs personnels, mais il pense aussi aux autres, à plus grand. Il n’est pas seulement question de gagner des médailles mais de devenir une source d’inspiration pour les autres nageurs.

À seulement 17 ans…
Oui, c’est incroyable que ça arrive si tôt.

Comment-avez-vous adapté la technique à sa morphologie si fine ?
David a un sens aigu de l’eau. C’est une discussion que nous avons eu avec l’analyste vidéo: la question n’est pas la force qu’on peut générer mais la façon de la mettre dans la vitesse qu’on développe. Donc, oui, il est très fin, mais il a assez de force pour nager à de plus grandes vitesses. S’il était plus fort, je ne sais pas s’il pourrait nager plus vite. Probablement. Mais sa technique et la manière dont il sent l’eau devraient être adaptées. Il aura 18 ans en septembre, son corps va grandir, évoluer vers celui d’homme. C’est un défi de trouver le bon moyen, pour arriver au bon équilibre entre force et efficacité. On verra dans les cinq ou six années à venir.

Il parle souvent de la confiance qu’il a en son staff. Comment définiriez-vous votre relation ?
Ce n’est pas toujours la même. Parfois, le pédagogue doit être en face, parfois derrière, parfois à ses côtés. Parfois, je dois écouter davantage ce qu’il dit, ce qu’il pense. Parfois c’est l’inverse, c’est à lui d’écouter mes idées. Ce n’est pas une démarche autocratique, plutôt une relation d’entraînement amicale. Il faut aussi accepter de ne pas avoir toujours raison. C’est important pour la confiance de l’athlète. L’honnêteté est fondamentale pour la confiance.

Etiez-vous conscient que sa vie allait changer après son doublé 100-200 m aux Mondiaux de Budapest ?
C’est effectivement un énorme boost dans sa popularité. Tout le monde dans la rue le reconnaît. Et il y a des moments très émouvants, comme mardi, quand nous sommes arrivés. Il y avait des ouvriers qui travaillaient sur le toit au-dessus de la tribune. Un moment, tout le monde s’est tu et un des gars a dit: «C’est David! C’est David! S’il vous plaît, gagnez la médaille. On veut être là quand vous la gagnerez.» C’était des Roumains. Ce genre de rencontres, c’est le plus important.