“All I want is this. I just want to find 11 780 votes, which is more than one we have. Because we won the state [of Georgia]
(Donald Trump, audio-enregistrement du 2 janvier 2021).

“Respectfully, President Trump: What you’re saying is not true. The truth will come out”
(Brad Raffensperger, audio-enregistrement
du 2 janvier 2021).

Par Arezki Ighemat*
Le 2 janvier 2021, le Président Trump a appelé au téléphone Brad Raffensperger, le Secrétaire d’Etat aux élections de l’Etat de Géorgie, pour lui demander de falsifier les chiffres des suffrages qui avaient été officiellement certifiés et confirmés successivement par les tribunaux de l’Etat et la Cour Suprême et qui ont déclaré Joe Biden gagnant de l’élection dans l’Etat de Géorgie. Dans cet échange — que Raffensperger a pris la précaution d’enregistrer puis d’envoyer au «Washington Post» le lendemain — étaient présents : Mark Meadows, le «Chief-of-Staff» de la Maison Blanche (un des plus grands Républicains supporters de Trump), Peter Navarro, le Secrétaire au Commerce, John Lott Jr. du Département de Justice, John Eastman, professeur de Droit et avocat, Rudy Giuliani, Cleta Mitchell, et Kurt Hilbert, avocats représentant Trump, Jordan Fuchs, Assistant Secrétaire d’Etat de l’Etat de Géorgie, Ryan Germany, avocat de l’Etat de Géorgie auprès de Brad Raffensperger. Auparavant, Trump a essayé de prouver—sans preuve à l’appui—qu’il a remporté l’élection dans l’Etat de Géorgie. Après plusieurs plaintes et poursuites judiciaires contre cet Etat pour «fraudes électorales» supposées, Trump a obtenu que les suffrages soient recomptés plusieurs fois, non seulement électroniquement, mais aussi manuellement. A la suite de trois recomptages, les autorités Géorgiennes chargées de l’élection, les tribunaux et la Cour Suprême ont conclu que l’élection s’est déroulée sans fraudes et que Joe Biden a été le gagnant. En dépit de toutes ces certifications et confirmations, Trump a continué et continue encore aujourd’hui de clamer qu’il a été victorieux dans cet Etat et que si les résultats lui sont défavorables, c’est parce que l’élection est «rigged» (truquée). A la manière d’un homme traqué et brimé, Trump tentera, dans l’échange téléphonique du 2 janvier, de convaincre ses interlocuteurs, notamment le Secrétaire d’Etat Brad Raffensperger, de «rectifier/falsifier» les résultats. Ce que Trump ne savait pas, c’est que cet entretien a été enregistré sur cassette par Raffensperger et que ce dernier a envoyé une copie de l’enregistrement au fameux journal «The Washington Post» le lendemain. Le présent article se propose donc de synthétiser en deux parties cet échange d’une durée d’une heure : la première portera sur la prétention de Trump d’avoir gagné l’élection dans la Géorgie et les arguments qu’il a avancés pour justifier sa prétention et la deuxième partie sera consacrée aux accusations et menaces proférées par Trump contre les autorités de l’Etat de Géorgie.

La prétention de Trump d’avoir gagné l’élection et les griefs invoqués contre l’Etat de Géorgie
Une des principales assertions de Trump au cours de l’échange—assertion qui sera répétée plusieurs fois pendant l’entretien—est d’affirmer, sans preuves à l’appui—qu’il a gagné l’élection du 3 novembre 2020 dans l’Etat de Géorgie : «I think it’s pretty clear that we won. We won very substantially in Georgia» (Je pense qu’il est tout à fait clair que nous avons avons gagné. Nous avons gagné substantiellement dans l’Etat de Géorgie). Trump indique ensuite les raisons qui ont pu faire, selon lui, qu’il a perdu en faveur de son concurrent démocrate Joe Biden. L’un des arguments utilisés par Trump pour expliquer sa perte est que de nombreuses signatures—quelques 200 000 selon lui—ont été falsifiées. Ce que Trump n’indiquera pas c’est comment ces signatures ont pu être falsifiées. Le second argument avancé par Trump pour expliquer son échec—qu’il appelle par ailleurs et paradoxalement une réussite—est qu’une partie de la population—quelques 50 000 selon lui—sont allés voter mais on leur a dit qu’ils ne pouvaient pas voter parce qu’on a déjà voté à leur place : «Thousands and thousands who went to the voting place on November 3 [2020] were told they couldn’t vote…because a ballot had been put on their name» (Des milliers et des milliers sont allés voter dans leurs lieux respectifs de vote, mais on leur a dit qu’ils ne pouvaient pas voter car des bulletins ont été placés en leur nom). Trump dira aussi que quelques 4 502 personnes ont voté alors que leurs noms ne figuraient pas sur la liste officielle des électeurs. Il invoque aussi le chiffre de 18 325 votants dont l’adresse ne figurait pas sur les listes électorales officielles. L’autre argument avancé par Donald Trump pour justifier les allégations de fraudes est que de nombreux votants (environ 4 925) ne sont pas des résidents de l’Etat de Géorgie mais qu’ils sont venus d’autres Etats pour voter pour Joe Biden. Trump semble dire ici que ces votants non Géorgiens ont été envoyés par l’équipe de Joe Biden pour favoriser ce dernier et faire échouer Trump. Mais, bien sûr, il ne donnera aucune preuve à l’appui de cette allégation. Encore un autre argument invoqué par Trump pour faire croire que des fraudes ont été commises dans l’élection Géorgienne est le vote prétendu de personnes décédées : «So dead people voted and I think the number is close to 5 000 people» (Ainsi, des personnes décédées ont voté et je pense que le nombre est proche de 5 000 personnes). Comme si cela n’était pas suffisant, Trump invoquera un autre argument toujours pour faire croire à la monstruosité des fraudes : «De nombreux bulletins de vote ont été brûlés ou déchiquetés et des modifications ont été apportées aux machines de vote électronique installées par la Compagnie «Dominion Voting Systems». Trump dira à ce propos : «And they supposedly shredded, I think they said 300 pounds out of 3 000 ballots” (Et ils [c’est-à-dire les autorités de l’Etat de Géorgie] ont déchiré apparemment environ 300 livres [mesure de poids] équivalant à 3 000 bulletins de vote). A la suite de toute cette argumentation, Mark Meadows, le «Chief-of-Staff» de la Maison Blanche, est intervenu pour demander à Raffensperger, le Secrétaire d’Etat Géorgien, si «on pouvait trouver un moyen de coopération et de compromis pour réexaminer les résultats de l’élection». La réponse de Raffensperger sera cinglante : «President Trump, nous avons reçu plusieurs complaintes en justice et nous avons répondu à ces complaintes par le biais des tribunaux». Raffensperger d’ajouter : «We don’t agree that you have won» (nous ne sommes pas d’accord [Monsieur le Président] pour dire que vous avez gagné). Concernant, en particulier, la plainte de Trump se rapportant à la manipulation prétendue des machines électorales électroniques de la Cie Dominion, Raffensperger dira» «We did a hand retally, a 100% retally of the ballots and compared them to what the machines said and came up with virtually the same result» (Nous avons fait un comptage manuel, un comptage à 100% des bulletins de vote et nous les avons comparés aux résultats affichés par les machines et nous avons conclu que les deux résultats sont virtuellement identiques). Pour tenter de justifier ses plaintes, et dire, faussement, qu’il a gagné l’élection dans l’Etat de Géorgie, Trump dira que la «preuve qu’on a gagné» est indiquée par le nombre de gens qui viennent à mes rallies». Pour Trump, donc, les gens qui viennent aux rallies sont ceux-là mêmes qui ont voté pour lui, ce qui, bien sûr, n’est pas du tout la même chose. Ayant utilisé tous les arguments évoqués plus haut pour «démontrer» que l’élection dans l’Etat de Géorgie a été frauduleuse, Trump passera aux recommandations, voir aux accusations et incriminations. Il dira à Raffensperger : «There is nothing wrong with saying that you’ve recalculated” (il n’y a rien d’anormal à déclarer que vous avez recalculé les votes). A quoi Raffensperger répondit, sans hésitation : «Monsieur le Président, le défi que vous avez est que les données que vous avez sont fausses». A propos des personnes décédées qui ont supposément voté, Raffensperger dira que le nombre réel de ces personnes n’est que de 2 personnes». A ce moment de l’échange, Cleta Mitchell, l’avocate de Donald Trump intervient pour demander à Mr. Raffensperger que les résultats soient communiqués à la Maison Blanche. Pour justifier ses revendications selon lesquelles à Fulton County (un des comtés de l’Etat de Géorgie), ils ont déchiqueté les bulletins, Trump se basera sur la rumeur, pas les faits : «Do you think it ‘s possible that they shredded ballots in Fulton County ? Because that’s what the rumor is. And also Dominion took out machines» (Pensez-vous qu’il soit possible que des bulletins aient été déchiquetés à Fulton County ? Parce que c’est cela que la rumeur dit. Par ailleurs, la Cie Dominion a retiré des machines). Et cela, en dépit du fait que Ryan Germany, l’avocat du Secrétaire d’Etat Raffensperger ait démenti cette information concernant le retrait des machines électriques Dominion dans le comté de Fulton County. Trump demandera alors à Ryan Germany : «But have they moved the inner parts of the machines and replaced them with other parts? (Mais, ont-ils [c’est-à-dire la Cie Dominion] retirer des parties internes des machines et les ont-ils remplacées par d’autres parties ?). A quoi Ryan Germany répond sèchement : «No, Mr. President». Ne trouvant plus d’arguments solides contre cette réponse, Trump se réfèrera à nouveau à la rumeur pour essayer de défendre son point de vue : «We hear they’re shredded thousands and thousands of ballots and now what they’re saying , «ok», we’re just cleaning the office» (Nous avons «entendu» dire qu’ils ont déchiqueté des milliers et des milliers de bulletins de vote et aujourd’hui ils disent tout simplement : ok, nous sommes simplement en train de nettoyer nos bureaux). A ce point de la discussion, Trump dira à Raffensperger : «Vous devez vous assurer d’avoir des résultats d’élection exacts». A quoi Raffensperger répond on ne peut plus affirmativement : «Nous croyons que nous avons une élection des plus exactes». Comme il veut toujours avoir le dernier mot—une stratégie de communication qu’il utilise intensément, notamment en répétant plusieurs fois la même chose—Trump répondra : «Non, vous n’avez pas des résultats d’élection exacts…Vous êtes loin de la réalité par des milliers de votes».

Accusations, menaces mais aussi flatteries envers les autorités de l’Etat de Géorgie
Après toutes ces plaintes et toute cette argumentation, Trump entame une série d’accusations et menaces à l’égard des autorités de l’Etat de Géorgie. Il commence par insinuer que Raffensperger est un enfant est qui ne réalise pas l’importance des fraudes invoquées par Trump et son équipe : «You’d have to be a child to think anything other than that. Just a child» (Vous devriez être un enfant pour penser à quelque chose d’autre que ce que sont les fraudes auxquelles je fais allusion). Ensuite, il dit à Raffensperger : «And they’re going around playing you and laughing at you behind your back” (Et ils sont en train de se jouer de vous et de se moquer de vous derrière votre dos). Il poursuit : «Brad [Raffensperger], que vous le sachiez ou non, ils sont en train de se moquer de vous et vous avez la charge d’un Etat qui est républicain et vous devez faire en sorte à rendre impossible à un Républicain de gagner en raison de la tricherie, parce qu’ils ont triché comme personne auparavant». Trump essaie donc, non seulement de ridiculiser Raffensperger, mais l’accuse d’être anti-Républicain [alors que Raffensperger est un Républicain convaincu]. Trump ne s’arrête pas là. Il poursuit ses menaces en disant: «It is more illegal for you than it is for them because, you know what they did and you’re not reporting it. That’s a criminal, that’s a criminal offense” (Cela est plus illégal pour vous que pour eux parce que, vous êtes au courant de ce qu’ils ont fait et vous ne l’avez pas rapporté. Cela est un déli criminel). Il poursuit en disant : «Cela est un grand risque pour vous et pour Ryan [Germany], votre avocat». Trump ira même plus loin dans ses menaces : «And you can’t let it happen and you are letting it happen. You know, I mean, I’m notifying you that you’re letting it happen” (Et vous avez laissé cela se produire. Vous savez, je veux dire, je suis en train de vous notifier que vous avez laissé les choses se faire». Trump avouera finalement ce qu’il veut que Raffensperger fasse : «So look, all I want to do is this. I just want to find 11 780 votes” (Ecoute, tout ce que je veux c’est ceci. Je veux que l’on trouve 11 780 votes). Il faut rappeler que ces 11 780 [exactement 11 779] votes constituent la marge par laquelle Joe Biden a gagné l’élection de Géorgie. Trump termine en disant : «I need 11 780. Give me a break” (J’ai besoin de 11 780 votes. C’est tout). A côté de toutes ces menaces, Trump utilise aussi la flatterie. Il dit, par exemple à Ryan Germany : «But I am sure you’re a good lawyer” (Mais je suis sûr que vous êtes un bon avocat). Toujours allant dans le même sens du poil : «You have a nice last name» (Vous avez un joli nom de famille [c’est-à-dire, Germany], pensant certainement à l’Allemagne). Trump se tourne à nouveau aux menaces contre Raffensperger : «Et je pense que vous devez dire que vous allez réexaminer tout cela, mais que vous allez le réexaminer avec des gens qui veulent trouver des solutions, pas avec des gens qui ne veulent pas de solutions». Raffensperger répondra fermement à cette instruction : «Mr. Le Président, vous avez vos hommes qui soumettent l’information et nous avons les nôtres. Ensuite, tout cela débouche dans les tribunaux qui font alors une détermination. Nous devons nous en tenir à nos chiffres. Nous pensons que nos chiffres sont exacts». Trump se fera encore plus clair quant à ce qu’il veut que Raffensperger fasse pour lui : «Why wouldn’t you say, hey, in fact, President Trump is right about that, then he wins the state of Georgia. Just that one incident alone, without going through hundreds of thousands of dropped ballots” (Pourquoi ne diriez-vous pas, hey, en réalité, le Président Trump a raison au sujet de cela, par conséquent il a gagné l’Etat de Géorgie. Cette déclaration, à elle seule, sans avoir à revenir sur les centaines de milliers de bulletins de vote, [serait suffisante]). Trump demande, on ne peut plus clairement à Raffensperger, de déclarer que Trump a gagné l’élection en Géorgie. Il poursuit, selon sa rhétorique contradictoire, en disant : «Vos chiffres sont exacts. Mais vos chiffres ne sont pas exacts. Ils sont faux». Il dira encore : «Look, ultimately, I win, okay» (Ecoute, ultimement, j’ai gagné, okay !). Trump utilise aussi une stratégie qu’il chérit «l’attaque tous azimuts». Il tourne, par exemple, son attention vers le gouverneur de l’Etat de Géorgie, Brian Kemp (Républicain) qu’il qualifie de «schmuck» (stupide, idiot), déclarant qu’il l’a aidé à être élu mais qu’il promet qu’il ne serait pas élu à nouveau. A ce stade de la discussion, Kurt Hilbert, avocat de la firme Hilbert Law Firm, représentant Trump, propose que les autorités électorales et les avocats de la Maison Blanche s’assoient à une table et règlent le problème par «compromis» : «That’s what we ask you to do, sit down with us in a compromise and setlements proceedings and actuallay go through the registered voter IDs and registrations…That’s sufficient to change the results entirely in itself» (C’est ce que nous proposons : que vous vous asseyiez avec nous dans une réunion de compromis et de règlement pour revoir les bulletins de votes…Ceci est suffisant pour changer les résultats entièrement par ce processus). A quoi Ryan Germany répond : «Votre chiffre n’est pas exact. Et nous pouvons vous montrer pourquoi ce chiffre n’est pas exact. Et si cela vous satisfait, nous serions heureux de nous asseoir avec vos avocats». Trump poursuit ses menaces en disant : «Vous devez nous donner certaines informations que vous considérez confidentielles. Vous ne pouvez pas, selon la loi, donner des résultats électoraux erronés. Et c’est ce que vous avez fait». Il s’adresse alors à Raffensperger : «You know that we won the election”. Trump renforce encore davantage ses menaces: “Je vous le dis, Brad [Raffensperger], cela va avoir un impact gigantesque sur l’élection [sénatoriale] de mardi [2 janvier 2021] si vous ne résolvez pas ce problème rapidement». A ce niveau de l’échange, Mark Meadows, le «Chief-of-Staff» de Trump intervient pour dire : «Mr. Le Président, il semble que les deux parties soient d’accord pour revoir ces résultats dans les 24/48h qui suivent et permettre l’accès aux données du Secrétaire d’Etat de Géorgie [Raffensperger] pour, soit valider, soit invalider les complaintes que nous avons exprimées». La réaction de Ryan Germany, l’avocat de l’Etat de Géorgie, se fit immédiatement : «Ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai dit qu’on peut se réunir avec vos avocats pour vous montrer que vos chiffres sont faux, faux, faux, faux, faux». Dans un essai de résumer la discussion, Mark Meadows dira : «Si je comprends bien, ce que vous dites est que nous ne pourrons pas accéder aux données de votre registre électoral ? Vous voulez donc seulement redire que notre requête en justice est fausse ?». Ce qui fit réagir immédiatement Ryan Germany : «Je ne pense pas que nous pouvons vous autoriser à accéder aux données qui sont protégées par la loi». Trump intervient alors pour dire : «Mais vous avez autorisé une élection frauduleuse ?». Ryan Germany répondra à Trump, disant sèchement : «Non, Monsieur». Kurt Hilbert, l’avocat représentant Trump, suggèrera alors à Ryan Germany : «Is it possible that the Secretary of State [Raffensperger] could deputize the lawyers for the president so that we could access that information and private information without you [Raffensperger] having any kind of violation?” (Serait-il possible que le Secrétaire d’Etat Raffensperger délègue les avocats du président de sorte qu’ils puissent accéder à cette information ainsi qu’à l’information privée sans qu’il [Raffensperger] ne commette aucune violation ?). L’échange se termine par l’intervention de Mark Meadows qui propose que Ryan Germany (l’avocat de Raffensperger) et Kurt Mitchell (l’avocat de Trump) se réunissent pour discuter de la question de l’accès à l’information sur les résultats de l’élection.

Conclusion
L’échange téléphonique du 2 janvier 2021 entre Trump et son équipe d’une part et les autorités de l’Etat de Géorgie d’autre part, montre, on ne peut plus clairement, que Trump demande aux autorités Géorgiennes de «falsifier» les résultats de l’élection du 3 novembre 2020 ayant eu lieu dans l’Etat de Géorgie et après laquelle Joe Biden a été déclaré gagnant par une marge de quelques 11 779 voix. Ce type de demande, on le sait, se fait souvent dans ce qu’on appelle communément les «Banana Republics «d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine, mais cela se passe aux Etats-Unis—le pays considéré comme la plus grande démocratie du monde ou encore «The Shining City on the Hill, selon la phrase de John Wintrop [1587-1649] : «la Cité illuminée sur la Colline», phrase reprise par plusieurs présidents républicains, notamment Ronald Reagan). Ce type d’intervention du gouvernement dans les élections visant à modifier leurs résultats, tourne en fait les Etats-Unis en République Bananière et en ce que j’ai appelé une «corruptocatie», c’est-à-dire une démocratie infectée par le virus de la corruption et de l’illégalité. Trump, bien sûr, n’en est pas à sa première action de corruption. Pendant les quatre années de son mandat—qui se termine le 20 janvier prochain—il n’a pas cessé d’interférer dans les affaires des autres institutions, notamment le Congrès et la Justice. Pour cela, il a été «impeached» et accusé d’abus de pouvoir et obstruction à la justice et plusieurs enquêtes judiciaires et du FBI ont été introduites contre lui. Aucune de ces punitions n’ont pu le détrôner jusqu’à ce jour. Au contraire, il a continué à transgresser les lois des Etats-Unis et à convertir la «Shining City on the Hill» en un «rogue state» (Etat voyou ou hors-la-loi).
Le pire n’est cependant pas encore arrivé, selon de nombreux observateurs politiques. Car, même s’il lui reste deux semaines pour quitter le pouvoir, les experts pensent que Trump n’a pas encore dit son dernier mot et qu’il est capable de «choses pires» dans ce laps de temps très court qui lui reste, notamment de déclencher une insurrection à l’intérieur ou un conflit avec l’extérieur, notamment avec l’Iran, en coordination avec Israel. Car il a le «Nuclear Code» entre les mains. En attendant, il mène la politique de la «scorched earth» (de la terre brûlée) car il pense toujours qu’on lui a «volé» l’élection du 3 novembre 2020. Les dernières semaines de son règne sont celles qui font le plus peur aux experts américains et internationaux qui s’attendent à ce que Trump se batte jusqu’au bout comme un lion traqué pour s’agripper au pouvoir.

  • Ph.D en économie Master of Francophone Literature (Purdue University, USA)