Le salon « Algeria 2.0 » s’est réinventé cette année en cette période de crise sanitaire liée au Covid-19 par l’outil que ses initiateurs et organisateurs cherchent depuis des années à développer et à généraliser : Internet et les possibilités d’innovation et de développement technologique et de management qu’il offre au monde de l’entreprise pour le libérer des pratiques managériales du passé.

Par Nordine Azzouz
Hormis la partie inaugurale à laquelle ont pris part trois ministres du gouvernement Djerad en relation avec le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC), l’édition 2021 s’est déclinée en évènement alternatif réunissant dans des stands virtuels plusieurs opérateurs du digital et des TIC en Algérie et dans la diaspora.
Ces chefs d’entreprise ont, selon le programme affiché, débattu et échangé autour de thèmes tels que «l’Intelligence Artificielle (IA), la mobilité et l’accessibilité dans les villes, la conception des systèmes embarqués, le numérique dans la transition énergétique, la cybersécurité, le Big Data» et autres tels les médias sociaux pour traduire dans la partie accessible au grand public la façon dont les institutionnels et les entreprises appréhendent le marché des technologies du web dans notre pays.
Leur constat est que l’Algérie dans son ensemble accuse un gap important à numériser son système de gestion et ses pratiques administratives et économiques à presque tous les niveaux, retardant l’avènement d’un environnement favorable à l’essor des jeunes pousses ou des startups, dont beaucoup proposent aujourd’hui leurs services à l’international en attendant que la demande nationale se manifeste enfin. L’intervention du ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de l’économie de la connaissance et des startups était d’un témoignage à la fois amusant et inquiétant.
Les startups qui vont au contact de beaucoup de nos entreprises «ont l’air de voyager dans le temps ou d’entrer dans un musée», a déclaré Yacine El-Mahdi Oualid sur la foi, a-t-il expliqué, des récits qui lui sont faits par de jeunes développeurs de solutions de gestion ou à partir des remontées d’informations vers son département. «Les pratiques de gestion dans de très nombreuses entreprises sont aujourd’hui dépassées et nos startups ont du mal à proposer des solutions dans un marché de l’Intelligence artificielle inexistant dans notre pays», a-t-il ajouté. «La résistance au numérique est enracinée dans beaucoup de secteurs», a-t-il poursuivi, préconisant un «changement de mentalités» chez les managers avant le «changement de paradigmes» auquel s’attelle le gouvernement, selon ce jeune ministre. «La transformation numérique n’est plus une option, c’est une obligation et une arme contre la bureaucratie», a-t-il soutenu, en écho aux conclusions des dernières assises nationales sur l’économie de la connaissance et des startups (29 et 30 mars 2021) et à la demande du chef du Conseil économique, social et environnemental (CNESE), Reda Tir, «aux responsables des administrations et des entreprises économiques d’assumer leurs responsabilités dans le cadre de la mise en œuvre sur le terrain des recommandations des experts et d’éviter tout ce qui est préjudiciable au processus».

«Une famille du numérique se constitue»
Car, il y a un désir de transformation et «2021 sera l’année de la numérisation», a attesté Yacine El-Mahdi Ouali en insistant sur un «cadre réglementaire encourageant pour les startups», car ce sont elles qui négocieront le virage numérique que l’Algérie attend. Aux mécanismes et aux avantages existants, tels le fonds d’investissement, le lancement d’un accélérateur de start-up, le ministre a affirmé que son département est «disposé à lever des fonds pour aider au développement des projets porteurs».
Le ministre de la Poste et des Télécommunications, Brahim Boumzar, qui a appelé à ne pas minimiser l’effort accompli au plus fort de la pandémie pour faciliter «partout dans le pays» l’utilisation des technologies du web et le recours au télétravail, n’a pas occulté la nécessité d’investir davantage dans l’infrastructure. Il a insisté sur l’exigence de la connexion du monde de l’université et de la recherche avec celui de l’entreprise. ««Il y a des projets brillants, mais ils ne trouvent pas d’entreprises pour les concrétiser sur le terrain. Il s’agit de pousser cette catégorie d’Algériens à s’intéresser à la recherche dans les universités et à développer le risque d’entreprendre», a-t-il prôné.
Pour le ministre de la Numérisation et des Statistiques, une «famille du numérique se constitue» en Algérie en dépit des «résistances et des difficultés». Hocine Cherhabil a dit lui aussi que la volonté de l’Etat et du gouvernement est de «passer à la numérisation». Son ministère travaille sur un «schéma directeur annuel pour la numérisation», a-t-il indiqué. Il s’agit de créer les «mécanismes susceptibles de garantir une coopération et des relations fonctionnelles solides entre toutes les parties prenantes parmi les entreprises, les sociétés économiques» et les compétences, pour aboutir en premier lieu à la mise en place d’un système d’information «en temps réel» avant d’aller vers une stratégie nationale de mutation numérique. M. Cherhabil a précisé que son département œuvrait à établir une relation d’interactivité avec les autres ministères du gouvernement «via des points focaux» pour s’informer de «l’utilisation des technologies et des outils numériques» et de «l’encourager» pour que «cela devienne un réflexe», a-t-il encore assuré.
Karim Embarek, le DG de Xmedia and Events, organisateur du salon en partenariat avec le Groupement algérien des acteurs du numérique (GAAN), résume le tableau : «Nous sommes loin de la mutation numérique que nous voulons et au rythme que nous souhaitons. Il y a énormément de difficultés et d’entraves sur le parcours des opérateurs du secteur, mais ils forment une communauté de compétences suffisamment talentueuse et inventive pour s’imposer. Il existe aujourd’hui une volonté politique pour les encourager et les soutenir», car «l’enjeu n’est pas seulement économique, mais stratégique» pour le pays.