Dans la capitale allemande, où seront réunis, aujourd’hui, les principaux acteurs de la crise en Libye, la paix sera incontestablement l’enjeu principal.

La situation sur le terrain libyen reste toujours précaire et le cessez-le feu en vigueur toujours fragile. Le chef du Gouvernement libyen d’union nationale, Fayez Al-Sarraj, ainsi que le maréchal Khalifa Haftar devraient tous les deux être présents à ce rendez-vous en Allemagne. Les deux protagonistes seront mis face à leurs responsabilités quant à l’avenir de leur pays. Une trêve est entrée en vigueur il y a une semaine, neuf mois après le lancement d’une offensive des troupes de Haftar vers la capitale, menaçant sérieusement la capitale Tripoli. Cette rencontre prévue à Berlin arrive moins d’une semaine après celle de Moscou, organisée sous l’égide de la Russie et de la Turquie. Les deux protagonistes de la crise libyenne étaient présents, mais ne se sont pas vus. Un accord de cessez-le-feu a été signé par Fayez Al-Sarraj et refusé par le maréchal Haftar, faisant prolonger une situation d’anxiété générale. Les acteurs indirects de la crise libyenne, qui influencent subrepticement l’Est ou l’Ouest, seront également amenés à faire preuve d’ouverture et d’implication. Une déflagration en Libye n’est à l’avantage d’aucune partie. Ce rendez-vous de Berlin se tient sur fond de crainte d’un véritablement éclatement en Libye. Avec le risque toujours menaçant d’une partition du pays. L’un des acteurs en question, la Turquie, a récemment autorisé l’envoi de militaires en Libye, en soutien aux forces du Gouvernement d’union nationale. Il y a aujourd’hui une double urgence, politico-militaire et économique en Libye. Le militaire avec, d’un côté, Al-Sarraj et les Turcs et, de l’autre, Haftar et ses nombreux soutiens internationaux. Sur le plan économique, la Turquie voudrait s’installer comme un acteur d’importance après l’accord de délimitation maritime conclu fin novembre à Istanbul par Ankara et Tripoli. Un accord qui semble avoir suscité l’agacement de pays comme l’Egypte et la Grèce. Cet accord permettrait à la Turquie d’avoir des revendications sur certains gisements gaziers très importants et ainsi « perturber » le projet de gazoduc East Med, porté par d’autres pays de la région.
Alger, acteur inévitable
Un des éléments remarqués durant ce énième pic de tension en terre libyenne est le retour de l’Algérie comme acteur diplomatique de premier plan. Le ballet diplomatique qu’a connu la capitale algérienne ces derniers semaines, avec comme sujet brûlant la Libye, n’aura pas échappé aux observateurs. La position géographique de l’Algérie et ses atouts dans la gestion de l’épineux dossier libyen sont, à l’évidence, des avantages que les acteurs en présence ne sauraient ne pas prendre en considération. La position de principe de l’Algérie, celle du refus de l’intervention étrangère et de l’encouragement du dialogue entre les frères libyens, semble convaincre le plus grand nombre. Il est clair que le pari de la guerre est l’option la plus désastreuse pour la Libye et ses voisins. La diplomatie algérienne, qui enregistre un retour remarqué, aura une occasion à Berlin de peser de tout son poids pour influer tout accord futur. Il devrait désormais être exclu de laisser l’avenir d’un voisin aussi important se décider sans poser ses propres règles.
La question libyenne constitue, il est vrai, une question de sécurité nationale pour l’Algérie. A Berlin, les protagonistes seront contraints de trouver un terrain d’entente, celui garantissant d’abord une cessation des hostilités.
Une voie qui engagerait notamment les acteurs en présence dans un processus de paix. En attendant un accord, qui pourrait remettre ce pays d’Afrique du Nord sur la voie de la stabilité, il revient aux différents acteurs de trouver un consensus qui garantirait l’intégrité du pays. Il est évident qu’un échec de la Conférence de Berlin pourrait bien compliquer une situation qui tend déjà à devenir intenable.