La nouvelle séquence politique, ouverte par l’expiration des délais de dépôt des dossiers de candidature auprès du Conseil constitutionnel, qui déclare officiellement avoir reçu deux dossiers, ne garantit pas pour autant le déroulement de l’élection présidentielle rejetée par l’ensemble de la population. L’annulation quasiment acquise du scrutin traduit ainsi la poursuite du bras de fer entre le pouvoir politique et le mouvement populaire, mais avec de nouveaux éléments. Cette évolution ne manquera pas, cependant, d’imposer vraisemblablement au mouvement populaire d’avoir une autre posture que celle qu’il a eue jusque-là. L’annulation du scrutin présidentiel constitue incontestablement une des victoires, après tant d’autres, du Hirak qui ne voulait pas d’un vote organisé par les institutions du régime ni sous l’encadrement juridique en vigueur. La séquence qui s’ouvre désormais avec l’ajournement du rendez-vous du 4 juillet invite, a priori, le mouvement citoyen à changer de la posture, d’attendre des offres du pouvoir politique et d’en juger le contenu et les intentions. Car, à présent que la voie constitutionnelle a mené vers une impasse, l’heure est plus que jamais à la politique, ce qui forcera le Hirak à se positionner autrement. Il s’agira pour lui d’être dans l’opération et l’action en s’ouvrant des perspectives d’organisation, car au-delà de la mobilisation visiblement acquise et inscrite dans la durée, le mouvement aura besoin d’outils politiques de nature à lui permettre d’avancer sur son chemin et de peser sur les étapes à venir. L’idée d’une «feuille de route consensuelle, qui traduit les aspirations du Mouvement populaire, ainsi que l’organisation d’une conférence nationale de la société civile ouverte et inclusive » est déjà lancée par des acteurs de la société civile qui accompagne le Hirak depuis le 22 février. Les initiateurs ont tenu à cet effet, avant-hier, une seconde rencontre de concertation entre les dynamiques du « collectif de la société civile pour une transition démocratique, la Confédération algérienne des syndicats et le Forum pour le changement». En plus de l’atout que pourrait constituer cette feuille de route de sortie de crise, les animateurs du Hirak gagneraient à ouvrir des pistes de coordination et de points de convergence avec les partis politiques qui ne cessent d’accompagner et d’appuyer le mouvement depuis son lancement. En matière de propositions, les partis politiques n’ont pas manqué de formuler des initiatives de sortie de crise qui mériteraient davantage de lecture et de décortication. « La solution la plus efficace à mes yeux est de rassembler les articulations constitutionnelles des articles 7 et 8 avec l’interprétation qu’elles permettent, en considérant le mouvement populaire comme un référendum, et certains articles de procédure permettant un transfert constitutionnel du pouvoir », avait suggéré l’ex-ministre des Affaires étrangères Ahmed Taleb Ibrahimi. Pour sa part, le RCD propose « une courte transition de rupture » qui commence par la dissolution des deux Chambres du Parlement et du Conseil constitutionnel, ainsi que la démission du chef d’Etat et du gouvernement. Le FFS, quant à lui, propose la tenue « dans des délais raisonnables » d’une conférence nationale de concertation et de dialogue qui devrait regrouper les forces favorables au changement démocratique dans le pays. La conférence permettra, selon le FFS, d’élaborer « un pacte politique consensuel qui définira les contours du processus de transition démocratique». Pour Ali Benflis, il s’agit de réunir les conditions d’un « dialogue politique pour sortir de l’impasse actuelle, marquée par une divergence profonde entre le processus conduit dans le cadre strict, intégral et exclusif de l’article 102 et les demandes légitimes de la révolution démocratique pacifique en marche». Ahmed Benbitour propose, lui, une période de transition de 8 à 12 mois pour préparer « les conditions nécessaires pour une élection présidentielle transparente et crédible ». Pour le MSP, la solution devrait passer par la démission du président du Conseil constitutionnel pour que le chef de l’Etat puisse nommer « une personnalité consensuelle » adoubée par le mouvement populaire. Ajoutant que le chef de l’Etat sera, lui, aussi remplacé par « une autre personnalité civile approuvée par le Hirak et qui veillera à former un gouvernement de consensus ».<