L’instance nationale de médiation et de dialogue, qui mène des consultations soutenues ces derniers temps, en rencontrant deux chefs de partis par jour, en sus des représentants de la société civile et autres, estime avoir mené de façon convenable sa mission jusqu’à présent.

Ainsi, elle a eu à écouter de nombreux jeunes du Hirak populaire, des représentants d’organisations estudiantines, de la société civile et autres personnes venues de différentes wilayas du pays, ainsi qu’une dizaine de chefs de partis politiques, dont Abdelaziz Belaïd du Front El Moustaqbal, Ali Benflis de Talaïe Hourriyet, Soufiane Djilali de Jil Jadid, Noureddine Bahbouh de l’UFDS, Tahar Benbaïbèche de Fadjr Jadid et Mohamed Saïd du PLJ.
«La démarche consensuelle, jusqu’à présent, après avoir récolté, entre autres, les avis d’une dizaine de partis, il en ressort que la solution de sortie de crise pour le pays est d’aller à l’élection présidentielle dans des plus brefs délais, mais sans le gouvernement Bedoui», selon un membre de l’Instance. Celui-ci a insisté que le panel que coordonne Karim Younès n’est qu’un organe d’écoute et non un organe qui est venu avec une feuille de route préalable. «Nous écoutons tous les partenaires, les vis-à-vis de la société civile, des partis politiques et personnalités et nous essayons de tracer la feuille de route consensuelle entre eux. Nous restituons leurs propositions seulement. Nous estimons que nous sommes maintenant en quasi fin de parcours et les visions de tous ceux avec lesquels le panel a eu des consultations convergent vers une élection présidentielle qui devra se tenir dans les plus brefs délais, selon eux», a ajouté le membre de l’Instance.

Vers l’abandon de la charte d’éthique du futur président
Il expliquera les positions des partis rencontrés par le fait que «les acteurs politiques ont pris conscience des dangers qui pèsent sur le pays si on devait emprunter la voie de l’assemblée constituante ou de la transition… Personne parmi ceux avec qui nous avons eu des consultations ne s’est prononcé pour la transition qui se trouve être mortelle pour le pays, car elle le met dans une situation de logique imprévisible, aventureuse et incontrôlable. Et je réitère qu’aucun vis-à-vis, aucun partenaire social ou politique n’a soutenu l’option de la transition», a soutenu notre interlocuteur.
Il fera savoir que parmi les partis politiques, il se trouve qu’il y en a qui estiment que parmi les mesures d’apaisement mises en avant précédemment, il n’est pas besoin de garder la charte d’éthique que devrait signer le futur président et qui l’engagerait à entreprendre des réformes sur pas mal de plans. «Il se peut que cette charte soit gardée comme une cerise sur le gâteau seulement, car d’après ce qu’ont déclaré les partis, le futur président qui sera élu démocratiquement aura un contrat avec le peuple. Outre la révision de la Constitution, ce qui est certain, libre à lui de s’engager dans son programme à entreprendre les réformes nécessaires pour libérer les champs politique, associatif, syndical et moraliser la vie publique. Le problème, c’est que ce pays est miné par la corruption, et on ne peut rien construire sur une base socioéconomique minée par la corruption et c’est, donc, aux candidats de convaincre à travers leurs programmes. Le peuple saura choisir et faire la différence entre les uns et les autres», souligne-t-on.

Regagner la confiance du peuple
Pour le moment, le problème fondamental qui se pose ce sont «les modalités, les garanties qu’il faut assurer pour que le scrutin soit le plus transparent possible. C’est à dire qu’il faut engager rapidement la révision les listes électorales. Mais cette opération ne saurait se réaliser avec le gouvernement Bedoui, tant la compromission de ce dernier dans le cinquième mandat est plus qu’avérée. Le départ du Premier ministre, Noureddine Bedoui, est devenu plus qu’une nécessité réclamée par toux ceux avec lesquels l’Instance de médiation s’est entretenue car, selon eux, c’est lui qui constitue une véritable entrave à certaines réalisations, en plus du fait que son départ sera à même de rétablir la confiance du peuple. Plus tôt, il partira et plus tôt l’instance de préparation, d’organisation et de contrôle des élections pourra être mise en place, et plus tôt le scrutin présidentiel aura lieu», estime-t-on encore au niveau du panel.
Pour tous, il y a consensus sur le fait que «la priorité, c’est l’hypothétique autorité garante de la transparence de l’élection» qui, de toute évidence, aura du mal à voir le jour avec M. Bedoui en place surtout que «le gouvernement» semble jouir du soutien de l’institution militaire si l’on se réfère au discours de son chef d’état-major prononcé lundi dernier à Oran. Mais au niveau du panel, l’interprétation est autre. «Gaïd Salah n’a pas forcément soutenu le gouvernement Bedoui. Il est dans son rôle d’institution qui préserve la stabilité du pays et laisse faire les acteurs politiques. En revanche, il a soutenu franchement le panel», a relevé notre interlocuteur. Selon toute vraisemblance, M. Bedoui qu’on dit l’artisan des 6 millions de signatures de parrainage au profit du l’ex-président candidat à l’élection annulée du 18 avril dernier est devenu «persona non grata dans le paysage politique actuel». En somme, nous dit-on, son départ est la «condition sine qua non pour regagner la confiance du peuple et pouvoir organiser l’élection présidentielle».

Poursuivre la médiation même avec ceux qui prônent la transition
Par ailleurs, l’Instance de dialogue maintient qu’elle souhaite poursuivre son rôle de médiation avec tous les partis politiques – exception faite de ceux de l’ex-Alliance présidentielle -, y compris ceux qui appellent à une constituante, à une transition ou à un présidium, démarche totalement rejetée par le vice-ministre de la Défense nationale dans son discours de lundi dernier. A ce titre, on apprend que tous les partis de l’opposition, même ceux qui ne s’inscrivent pas dans la solution prônée par le pouvoir, ont été destinataires d’une invitation de la part du panel qui souhaite arriver à une démarche consensuelle. «L’Instance de médiation et de dialogue (…) n’a pas la prétention de s’approprier le monopole du dialogue», a déclaré à ce propos Karim Younès dans un entretien accordé à un confrère. «Toute initiative qui peut contribuer à la solution de sortie de crise et à l’édification d’un Etat juste et démocratique, tel que souhaité par notre peuple, est la bienvenue. Nous ne sommes pas en concurrence, mais j’espère en complémentarité», a-t-il précisé.