Les Editions du Champ Libre organisent, lundi 28 mai à partir de 22 h, à l’emblématique Café Riche, une rencontre à l’enseigne de «Leïlat cha’bi » qui prendra, pour une part, appui sur l’ouvrage «Les Compagnons de Sidi Guessouma.

Contribution à l’histoire du cha’bi», du professeur Abdelmadjid Merdaci, dont j’avais assuré la publication. En qualité d’éditrice, j’avais initié, en collaboration avec une association culturelle locale, une série de manifestations – « Houna Qassantina » – qui visait à ouvrir, à Constantine, un espace d’échanges dont l’expérience a largement validé la nécessité et, de ce point de vue, «Leïlat Cha’bi » s’inscrit, d’une certaine manière, dans la continuité de ces initiatives.
«Les compagnons de Sidi Guessouma. Contribution à l’histoire du cha’bi» a fait l’objet de présentation à Aghribs et Boujima (Tizi Ouzou), Mila, Jijel, et de rencontres dédicaces aux librairies du Tiers Monde, Chaïb-Dzaïr, Point Virgule, et au stand de notre maison d’édition au Salon international du livre. Il a, sur toutes ces tribunes, suscité curiosité et débats tant il battait en brèche quelques idées reçues sur le cha’bi, son identité, son histoire.
Presse écrite, radio et télévision s’y sont aussi intéressés et ont invité l’auteur à débattre sur ce sujet et ses recherches sociologiques sur le phénomène de cette musique algérienne.
L’éditrice ne pouvait trouver que des motifs de satisfaction devant l’accueil réservé à l’ouvrage mais, dans le même temps, se posait l’incontournable question de sa présentation dans son propre terreau, à Constantine, même et plus particulièrement aux musiciens et mélomanes du cha’bi de la ville.
La certitude était qu’il ne pouvait et qu’il ne devait faire l’objet d’une convenue séance de dédicaces en librairie et somme toute ce sont les réactions, les interpellations enregistrées lors des rencontres publiques, particulièrement à Alger, qui allaient servir d’aiguillon. Pour dire les choses simplement, se pouvait-il qu’il y ait du cha’bi à Constantine définitivement chevillée aux splendeurs du malouf.
Le constat malheureux, mais excitant que j’en ai tiré était que le déficit de travaux, de connaissances, notamment en ces domaines singuliers du patrimoine musical national, était couvert par la puissance des clichés, l’ordre des prescriptions et des préséances.
J’avais conclu à l’obligation de rendre le cha’bi visible puisqu’apparemment les festivals qui lui furent consacrés n’y ont pas réellement pourvu et qu’au mieux on continuait de consentir aux rites des figures totémiques même si je dois bien reconnaître qu’élevée dans le cocon des musiques citadines de la médina, mon immersion dans le cha’bi à Constantine avait d’abord procédé de l’engagement professionnel d’éditrice. Je dois rendre un hommage sincère à tous ces musiciens dont je ne connaissais, pour l’essentiel, que les noms qui m’avaient accueillie chaleureusement, répondu à mes questions, souvent naïves, confié leurs expériences, faisant de moi la lectrice de romans douloureusement en attente d’être écrits.
C’est le regretté Nadir Bouda – disparu il y a tout juste un an – qui rapportait leur interpellation, alors qu’ils se rendaient à un mariage en faisant de la vitesse, par un policier de la circulation. Comprenant qu’il s’agissait d’un groupe de musiciens cha’bi, il prit l’adresse de la fête pour les rejoindre à la fin de son service. Il s’agissait du regretté Ahmed Ydjer qui allait prendre une place de choix au fondouq Sidi Guessouma et dans le cœur des mélomanes de la ville. Toutes ces histoires étaient des histoires algériennes, dignes d’être rapportées et d’enchanter, de nouveau, les espaces publics. C’est d’abord ce sentiment qui m’a conduit à imaginer «Leïlat Cha’bi» dont les contours et les objectifs allaient, peu à peu, se préciser.
Les nuits du Ramadhan m’ont ainsi paru les mieux indiquées pour des rencontres fraternelles, festives, musicales où l’émotion comme le mandole auraient droit de cité. Et puis, rendre visible, aux yeux du plus grand nombre et du plus éloigné des mélomanes, un cha’bi enraciné à Constantine, avec ses figures de style, ses territoires, ses histoires en somme.
Tel est, en tout cas, le challenge de cette nuit du cha’bi appelée à convoquer les mémoires des acteurs, mais aussi le sens d’une histoire algérienne dont le cha’bi aura été l’un des marqueurs de l’esprit de résistance.
Ce n’est pas non plus de la suffisance que de signaler cette «Leïlat Cha’bi», qui n’est ni un festival soumis à compétition ni une manifestation de gratifications, mais constitue sans doute une première du genre où musiciens et mélomanes se retrouvent autour d’une passion en partage.

* Editrice