L’élection législative du 4 mai prochain s’est transposée sur les réseaux sociaux. Devenus des incontournables depuis plusieurs années, ces outils, plus particulièrement Facebook, sont utilisés par les candidats à la députation pour la communication et le marketing électoral.

Les futurs députés «vendent» leur candidature au public avant l’heure, autrement dit avant même le lancement officiel de la campagne électorale. Mais pas seulement : avant même de confirmer l’acceptation de leur dossier de candidatures. Premier constat : même si l’on ignore, jusqu’à l’heure actuelle, qui sont les postulants à la députation retenus sur les listes électorales de leurs partis respectifs, on constate que tous les députés sortants souhaitant rempiler sont présents sur Facebook.
Il en est ainsi des parlementaires du Rassemblement national démocratique (RND), à l’instar de Chihab Seddik, actuellement député du RND d’Alger, de Mohamed Guidji, député de M’sila, Omar Alilat de Béjaia, Belgacem Chabane de Tizi Ouzou. Il en est de même pour les parlementaires du FLN, à l’image de Mohamed Djemaï, député de Tébessa, Ali Melakhssou, député de Batna, Lies Saâdi d’Alger, Djamel Bouras de l’immigration, Yamina Meftali de Tizi Ouzou. Les députés du FFS ne dérogent pas à la règle, où le président du groupe parlementaire est omniprésent sur sa page Facebook à travers laquelle il rend publiques ses interventions et celles de son groupe parlementaire. Mais il n’est pas le seul. Un candidat FFS à la députation dans la wilaya de Aïn Defla appelle déjà les citoyens à aller voter pour son parti. Mohamed Hadj Djillani, puisque c’est de lui qu’il s’agit, ancien syndicaliste dans le secteur de la santé, a publié un appel qu’il a intitulé «Nvoti FFS» (Je vote FFS) dans l’objectif «de préserver les acquis sociaux, pour qu’on ne touche pas au régime des retraites, pour plus de justice sociale et pour une répartition équitable des richesses». Les petits partis qui présentent aussi des candidats à la députation sont présents à travers la Toile. C’est le cas du Front national algérien (FNA) de Moussa Touati et du parti El Moustaqbel de Bélaïd Abdelaziz.

Plusieurs comptes pour Moussa Touati
Il y a un usage inégal de Facebook par les candidats à la députation. Et chacun y va de sa propre formule. C’est ainsi que Moussa Touati se distingue par exemple du fait qu’il a plusieurs comptes Facebook. Et dans l’un de ses comptes, il appelle carrément à voter en faveur du FNA. Dans un message illustré à travers une photo sur laquelle apparait Moussa Touati assis, un jeune brandit la carte de vote pour dire «votez en faveur du FNA, c’est le meilleur». Dans la même photo apparaît aussi une jeune fille qui tient tout aussi une carte de vote en adressant un message : «Fais entendre ta voix. Vote en faveur du FNA le 4 mai prochain». Plus loin sur la même page Facebook, Moussa Touati a scanné un appel qu’il a lancé en faveur de la participation illustré par sa photo et dans lequel on peut lire : «Peuple algérien, révolte-toi contre le système du clientélisme qui prime sur la loi, contre les promesses jamais tenues, contre l’exploitation des deniers publics à des fins personnelles» avant d’interroger : «Jusqu’à quand cette situation ?». M. Touati enchaîne avec un verset coranique dans lequel il est dit que «Dieu ne peut changer la situation des gens que s’ils la changent eux-mêmes». Et au président du FNA de poursuivre : «Il est temps d’opérer un changement en sortant de l’attentisme et de l’‘‘hésitationnisme’’, en imposant notre existence et en faisant de notre voix une force de changement». Et à Touati d’annoncer sa candidature à la députation en expliquant qu’il est «candidat devant Dieu, ensuite devant le peuple algérien». S’en suit une série d’engagements pris par le candidat, puis un appel à la participation massive aux élections «pour empêcher la fraude» avant de finir par un «tous avec Moussa Touati pour le changement par amour de la patrie».

Les islamistes en masse
Si les partis majoritaires (FLN, RND) et ceux d’obédience démocratique (FFS, RCD et PT) semblent faire un usage modéré des réseaux sociaux, il en est autrement s’agissant des formations islamistes. Les islamistes sont les plus actifs sur Facebook, à plus forte raison à l’approche des législatives. À telle enseigne que le président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Abderezak Makri, a fait une transmission en direct via Facebook de sa récente conférence de presse conjointe avec Abdelmadjid Menasra du Front du changement pour annoncer leur union.
Le patron du MSP, qui est un grand consommateur de Facebook, puisqu’à l’instar de Moussa Touati, détient plusieurs comptes, et communique régulièrement sur ses activités et positions. Aussi parmi les islamistes les plus férus des réseaux sociaux figurent notamment Nacer Hamdadouche du MSP, Lakhdar Benkhelaf, Hassen Aribi, Bélarbi Abdelkader et Youcef Khebaba du Front de la justice et du développement (FJD). C’est ainsi qu’à titre d’exemple, Youcef Khebaba figure parmi les députés qui s’expriment régulièrement sur les questions de l’heure sur son compte. A titre d’exemple, il a commenté le 20 février dernier le déficit de la balance commerciale de janvier, la veille, il s’était exprimé sur la rencontre annuelle arabe pour la reconstruction de Gaza en Turquie et le 16 février, il a évoqué les impératifs d’une alliance de l’opposition. Questionnés sur la consommation accrue de cet outil du Web, des députés islamistes ont indiqué que «nous sommes obligés de mener notre propre campagne électorale car on n’est pas constamment sollicités par les médias». «Si nous avions une chaîne parlementaire qui nous permettrait de nous exprimer, on se serait adressés à elle. Mais il se trouve que nous avons des positions et nous faisons des choses dont personne n’est au courant», note-t-il avant de préciser que «la meilleure manière pour nous de dire aux citoyens que nous sommes en train de faire des choses pour lui est de rendre publiques nos activités sur Facebook». Un député du MSP d’Alger nous a expliqué que «nous devons absolument nous rendre visibles à l’approche des législatives pour que les citoyens de nos wilayas respectives sachent qui travaille et qui ne travaille pas. Cela nous permettra de gagner des points par rapport aux candidats des autres partis qui, généralement, n’ont pas besoin de l’adhésion populaire à leur projet pour être élus députés».

Le PT n’est pas en reste, mais préfère le contact direct
Les députés du Parti des travailleurs, dont le mandat expire, sont aussi très présents sur les réseaux sociaux. Parmi les plus actifs sur cet outil de communication, on peut citer Smail Kouadria de la wilaya de Guelma, Youcef Tazibt de Tizi Ouzou, Rachid Khane de Chlef, Djeloul Djoudi de Sétif, Rahima Benbessa d’Alger. Nadia Chouitem, députée du parti de la wilaya de Tizi Ouzou, explique cette présence par le fait que «Facebook est un moyen de communication» tout en faisant remarquer qu’«on n’a pas de problèmes à rencontrer les citoyens».
«Au Parti des travailleurs, on privilégie le contact direct avec le citoyen», lance-t-elle. Pourquoi ? « Parce que le débat politique, c’est de s’exprimer mais aussi d’écouter», note-t-elle tout en précisant que «le contact direct avec le citoyens nous permet de l’écouter, de lui expliquer les choses et de le convaincre de la véracité de notre démarche.
Pour nous au PT, c’est fondamental dans notre action politique». «Facebook est un moyen de communication supplémentaire, mais ne permet pas le contact direct avec le citoyen et on ne sait pas ce que le citoyen pense. C’est une communication à sens unique», note-t-elle avant d’insister sur le fait que «Facebook aide à l’information, mais on ne sait pas s’il a un impact ; si les citoyens comprennent et perçoivent les messages ?». «Donc pour nous, ce n’est pas le meilleur moyen de communication», relève-t-elle. Aussi, et tout en estimant qu’il y a ceux «qui misent beaucoup sur les réseaux sociaux, au PT, on privilégie le contact avec le citoyen». «On ne mise pas sur Facebook pour faire notre campagne, c’est un plus mais qui ne peut en aucune façon remplacer le travail de terrain», insiste-t-elle.