Ceux qui prédisaient la mort politique du FLN en sont pour leurs frais. Ceux qui escomptaient la disparition du RND aussi. Et même si le fait original reste l’absence du FLN, pour la première fois, dans au moins 23 wilayas, il reste que le vieux parti n’a pas dit son dernier mot.

Par Hamid Bellagha
Le raz-de-marée islamo-indépendant aussi a été remis aux calendes grecques, même si les «jeunes» sans étiquette vont recevoir des sollicitations d’alliance puisque aucun parti n’a décroché la majorité, craint par certains et espéré par d’autres.
Les résultats préliminaires ont dévoilé l’éruption de six grands blocs parlementaires : Front de libération nationale (FLN), Mouvement de la Société pour la paix (HMS), Rassemblement pour la démocratie (RND), El Moustaqbal, les indépendants et El Bina.
Le FLN se place donc en tête avec une centaine de sièges et d’excellents résultats à Djelfa, Alger et Béjaïa, alors qu’il a perdu plusieurs bastions, laissant sur le carreau 50 sièges par rapport aux législatures de 2017.
Le Hamas est arrivé deuxième avec environ 70 sièges, progressant dans un certain nombre de circonscriptions et profitant de la baisse du taux de participation, il double sa mise par rapport au dernier mandat législatif.
Le RND a maintenu sa part dans la chambre basse puisqu’il a dépassé le plafond des 50 sièges, ce qui le qualifie pour participer à la majorité présidentielle qui devrait se former.
Au même niveau, les listes libres totalisent 50 sièges, soit le plus grand bloc d’indépendants depuis la création de l’Assemblée populaire nationale.
Le parti de Belaïd n’est pas resté les bras croisés puisqu’il a obtenu de bons résultats dans un grand nombre de wilayas. Les premières estimations indiquent qu’il a dépassé le plafond des 40 sièges, de même que le parti de Bengrina, son compère à la dernière présidentielle.

Des rapports de force à définir
Mais avant de passer à autre chose, il faut savoir que les résultats indiqués sont basés sur les premières estimations, puisque les résultats officiels n’ont été divulgués qu’en fin de journée hier. Bien que les gros bras de l’APN arrivent en tête, ces élections ont montré leur fragilité électorale et prédisent, peut-être, une rentrée dans les rangs pour les futurs challenges électoraux.
Et pendant ce temps, Charfi fait durer le plaisir et laisse la porte ouverte à toutes les supputations, du moins concernant le fameux taux de participation, car, quatre jours après les élections législatives du 12 juin, marquées par un fort taux d’abstention, l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) n’a livré les résultats qu’hier vers 18h, malgré les tendances qui se dégagent citées plus haut.
Et comme mentionné, l’offensive des listes indépendantes et des islamistes, qui devait redessiner les rapports de force sur les travées de l’hémicycle Zighoud-Youcef, a été ajournée. C’est donc un semblant de statu quo qui s’impose, même si l’alliance au sein de l’APN glorifiant le régime de Bouteflika n’a plus tous les atouts en main
Les islamistes qui ont reconduit pratiquement les mêmes scores que lors de la précédente législature, avec néanmoins une avancée pour le MSP, et comme toujours, ne présentent aucunement un bloc compact et confirment la «guerre» entre les partis islamistes. Ce vote aura aussi permis de révéler le grand perdant de cette mouvance, le Front pour la justice et le développement (FJD) du charismatique Abdellah Djaballah. Sans doute le plus ancien des prédicateurs et «politiciens» salafistes, Abdellah Djaballah risque de ne pas se relever de cet «affront» et devra sans doute quitter la scène politique, même si on lui prédit un baroud d’honneur pour dénoncer les «irrégularités» du scrutin. La même chansonnette poussée par des partis qui n’attirent plus grand monde.
Où sont les femmes ?
Les partis dits démocratiques ayant boudé les urnes par un mauvais calcul politique n’auront plus que les yeux pour pleurer, car avec une main devant et une autre derrière, le FFS, le PT, et le RCD, absents de l’APN, auront même cédé leurs fauteuils, comme c’est le cas pour le FFS et le RCD dans des wilayas mythiques comme Tizi-Ouzou et Béjaïa ; la nature ayant horreur du vide.
Côté gente féminine, c’est un véritable «féminicide» qui a été mené contre les femmes, notamment par les listes des indépendants, alors que la nouvelle loi électorale réclame une parité hommes-femmes dans la création des listes. Malgré cela, seulement moins de 10 % des élus sont des élues. Mais le vote nominatif, et misogyne, est passé par là, «offrant» à Tizi-Ouzou, comme à Constantine, par exemple, une seule place pour la femme. C’est le nombre le plus bas depuis vingt ans, une régression des genres donc.
En attendant les chiffres officiels, qui ne sauraient différer conséquemment de ceux temporaires, le jeu des alliances devrait être le sport favori des élus à cette neuvième joute électorale législative. Les indépendants seront sûrement en appel et destinataires de plusieurs déclarations d’affection de la part des vieux loups des travées de la chambre basse, car après le bizutage en règle, commenceront des opérations de séduction pour former des alliances.