Si les polémiques ne sont pas près de s’éteindre à l’endroit de la 9e législature de l’histoire de l’Algérie, plusieurs analystes tentent tant bien que mal de cerner les nouvelles donnes qui vont engager l’avenir du pays pour les cinq ans à venir.

Par Hamid Bellagha
Des supputations des uns aux assurances des autres, l’hémicycle Zighoud-Youcef ne sera plus comme avant, même si les forces en puissance ne pourront plus faire les gros bras sans alliance au préalable.
Mais force est de constater que le sort réservé à la gent féminine a de quoi inquiéter en ce qui concerne les femmes dans l’espace politique et parlementaire. De 120 femmes sur les 407 élus au suffrage de 2017, la présence de la femme est tombée à 20, soit 6 fois moins, l’espace d’un nouveau vote. Si la loi préconisant, ou imposant, la parité existe toujours, elle est biaisée par la nouveauté du vote nominal. Ce qui a conduit les « machos des partis dits conservateurs et/ou islamistes à voter selon le volume de testostérone affichée », selon la boutade d’un analyste. Cela n’aura sûrement pas d’incidence directe sur les tendances des futurs votes à l’APN, mais le regard de ceux qui voyaient en l’Algérie le sixième pays respectant les parités entre les deux sexes, et le premier dans le monde dit arabe, sera sûrement revu à une baisse d’estime et de déception. C’est vrai qu’il n’y a eu que 23 % des électeurs qui se sont déplacés vers les centres de vote, mais cette minorité aura fait 100 % de votants.
Une abstention féconde
Cette performance absolue d’abstention n’aura eu qu’un seul « mérite », celui de battre le précédent record, le référendum sur la révision constitutionnelle du 1er novembre dernier, 23,72%. Une abstention pénalisante pour leurs initiateurs et féconde pour ceux qui étaient tapis dans l’ombre, ravis de tant d’absence.
Le Front de libération nationale (FLN) s’en sort en raflant 105 sièges. Fortement chicané par le Hirak et boudé par le locataire d’El Mouradia, ce parti savoure aujourd’hui son heure de revanche. Le vieux front est toujours là, et même s’il ne détient pas une confortable majorité, il faudra compter avec lui pour le jeu des alliances. Et à ce propos, le RND, qui a remporté 57 sièges, sera à n’en pas douter son compère idéal face au Mouvement de la société pour la Paix (MSP) qui serait tenté de jouer le trouble-fête avec ses 64 sièges.

Independence Day
Les indépendants qui ont raflé 78 sièges, plus du double de leur score lors des élections de 2017, 28 sièges, sont classés dorénavant deuxième puissance politique du pays, mais avec la condition de se constituer en groupe cohérent. L’autre surprise (surprise ?) est revenue au Front El Moustakbel. Le parti de Belaïd, qui remporte 48 sièges, fait désormais partie des formations montantes et des courants politiques les plus représentés à la chambre basse du parlement. Ces élections auront fait des heureux suite à l’abstention record, mais aussi des malheureux qui risquent de rendre leur tablier politique, à l’instar du Front de la justice et du développement (FJD) de Abdallah Djaballah, avec un recul historique, en décrochant deux sièges. Sans doute que les soutiens de Djaballah, lassés par sa politique faite d’abstention, de soutien sourd ou de dérobade, ont préféré lorgner vers des horizons plus dégagés et plus participationnistes comme chez El Bina d’Abdelkader Bengrina, présent à l’Hémicycle avec 40 sièges.
De l’autre côté, Jil Jadid, s’en sort avec un seul siège remporté et une immense déception d’avoir manqué l’ambition de représenter le courant démocratique libéral. Enfin, il ne faut pas oublier non plus la très forte désaffection de la communauté algérienne à l’étranger, qui s’est distinguée cette fois avec un taux d’abstention record, à la limite du boycott total. Un très fort signal politique de la diaspora et un effet miroir de la défiance populaire dans le pays.