Par Nadir Kadi
Invité hier du Forum du journal El Hiwar, Soufiane Djilali, le président de Jil Djadid, a largement consacré son intervention à « expliquer » la position de son parti quant aux prochaines élections législatives du 12 juin. Le premier responsable du parti, qui a fait le choix de présenter ses candidats à la députation, a ainsi fait savoir que cette « participation au processus politique » a suscité l’hostilité « d’opposants empêtrés dans leurs propres contradictions » : « Des partis politiques, des militants ou des personnalités qui participaient à l’ancien régime de Bouteflika critiquent, aujourd’hui, le processus électoral, le dialogue et qualifient de traîtres ceux qui veulent une issue politique juste ». Je pose la question, ajoute ainsi Soufiane Djilali, « est-ce que l’ancien régime était une démocratie avec liberté d’expression et Etat de droit ? Et aujourd’hui, après le Hirak, sommes-nous en dictature ? Ils doivent répondre pourquoi ils ont participé hier à toutes les opérations politiques et aujourd’hui ils critiquent la moindre opération politique ».
Défendant en ce sens le parcours, les choix et prises de position de Jil Jadid, demandant en substance de « juger une action politique sur le long temps », Soufiane Djilali a rappelé à plusieurs reprises que « le 22 février 2019 nous étions dans la rue avec nos frères, nous avons poursuivi les manifestations durant près d’une année (…) mais pour plusieurs raisons nous avons par la suite choisi la route du dialogue et du retour au champ politique pour essayer de construire une troisième voie ». Un changement d’orientation motivé par les actions de la nouvelle administration : « Nous comprenons qu’une grande partie de la population refuse les processus politiques issus dans son esprit d’une extension de l’ancien régime (…) mais c’est une erreur d’analyse. » Le responsable tient pour preuve, et à titre d’exemple, la multiplication des actions en justice contre les anciennes figures du système Bouteflika : « En Tunisie, après sa révolution, il n’y a eu que peu de jugements d’anciens responsables. En Algérie, les anciens responsables sont aujourd’hui en prison par dizaines et peut-être par centaines (…) Des politiques, des ministres, des walis, d’anciens hauts gradés de l’armée, des hommes d’affaires… comment peut-on dire qu’il n’y a pas eu de révolution en Algérie ? »
Ainsi, et en ce qui concerne « l’évolution » du Hirak, Soufiane Djilali a réitéré, hier, sa critique en affirmant que certains groupes de manifestants deviennent « dangereux » pour le pays : « Par notre opposition que je qualifierais de radicale face à l’ancien régime, nous avions des contacts avec tous les milieux d’opposition de l’époque (…) Même ceux qui militaient à l’étranger et qui, aujourd’hui, veulent monopoliser le Hirak ». En effet, et bien que l’on regrette qu’il ne donne jamais de noms, Soufiane Djilali a mis en garde, hier, contre les dérapages ou d’éventuelles provocations durant les manifestations : « Nous avons constaté que certains milieux ont des pratiques qui nous ont préoccupées, des manoeuvres, des plans, des buts inavoués (…) Nous sommes sûrs que le but de certain milieux du Hirak est de pousser les citoyens à l’affrontement et aux provocations contre les forces de sécurité, de cette manière ils pourront appeler à la protection des droits de l’homme, la sauvegarde de la démocratie auprès de certains milieux à l’étranger (…) Je sais que ce que je dis est grave, mais ce n’est pas de l’analyse, ce sont des informations ».
Responsable politique qui est également revenu sur le dernier communiqué du ministère de la Défense nationale, relatif à la mise en échec d’un projet d’attentat contre les manifestations par des membres du mouvement dit du MAK. Soufiane Jilali explique en réponse à une question d’un journaliste : « Il y a des partis qui tentent de tirer le Hirak vers une orientation dangereuse (…) C’est une sorte d’alliance entre deux courants objectivement contradictoires, une droite extrémiste identitaire et un courant qui veut ramener l’Algérie aux années de braises ». Ajoutant en ce sens que le MAK « a essayé de tirer sa force de la région de la Kabylie » sur la base des erreurs de gestion de l’ancien régime, Soufiane Djilali nuance toutefois la portée de la nuisance en affirmant que « ces groupes sont une extrême minorité, mais font beaucoup de bruit ».