Participera ou boycottera-t-il le scrutin législatif anticipé du 12 juin prochain ? C’est la question qui agite depuis plusieurs semaines le Front des forces socialistes (FFS). La pression s’accentue ainsi de plus en plus sur la direction du FFS à mesure qu’approche la tenue, prévue pour samedi 3 avril, de la session extraordinaire du Conseil national du parti qui doit trancher la question.

PAR NAZIM B.
Surtout que des parties, entre militants de bases et autres voix hostiles à la direction, multiplient les déclarations de désapprobation au scénario de la participation du parti à cette échéance. Pourtant, à bien y regarder, il ne peut pas s’agir d’une option qui changera le cours du vieux parti de l’opposition, qu’il décide de participer ou de boycotter.
Il n’est pas inutile de rappeler, ici, que le vieux parti de l’opposition avait vécu une pression similaire en 2012 à l’approche des législatives quand des voix internes et d’autres parmi ses anciens cadres avaient mené une campagne de dénigrement contre le choix de la participation décidé en conseil national avec l’appui et l’avis d’autorité de Hocine Ait Ahmed.
Il se trouve curieusement que des dirigeants qui ont pesé pour le choix de la participation en 2012 et en 2017 ne veulent plus entendre de la reconduction de la même démarche, créant plutôt un climat de tension dans les structures du parti.
La situation a fait réagir Hakim Belahcel, membre de l’Instance présidentielle, qui est monté au créneau à travers un post sur Facebook où il dénonce «un acharnement des professionnels de l’extravagance» contre le FFS.
«Notre parti subit depuis quelques jours, une campagne de lynchage médiatique particulièrement persistante et scandaleuse. Elle est généreusement relayée et amplifiée par les “artificiers” des réseaux sociaux qui excellent dans l’art ténébreux, du montage des élucubrations et des rumeurs fallacieuses et tendancieuses», a fait d’emblée remarquer M. Belahcel.
«Naturellement, déstabilisées et désarçonnées par le regain de sérénité et de lucidité au sein du FFS, des forces nébuleuses reviennent à la charge pour contraindre notre parti à rompre avec sa liberté de penser et son autonomie de décider», a-t-il ajouté. Dans sa réaction, le responsable du FFS a tenu à la souveraineté de la décision au sein du parti.
«À l’approche de la session extraordinaire de notre conseil national, haute instance de délibération et de contrôle au niveau du FFS, réhabilitée par le fonctionnement normal et statutaire du parti, après une longue période de mise à l’écart, des voix s’élèvent et des plumes se déchaînent pour remettre en cause son pouvoir légitime et consacré de prendre des décisions politiques et organiques déterminantes pour l’avenir du parti et de la patrie», a-t-il écrit.
«À tous ces usurpateurs du principe de la libre pensée au détriment de la déontologie journalistique et à tous ces pyromanes qui font feu de tout bois, nous réaffirmons notre attachement à l’indépendance du FFS et aux prérogatives de nos instances internes légitimes», a-t-il ajouté.
Pour M. Belahcel, «aucune voix, aucune ligne éditoriale et aucun groupe subtilement organisé ne pourront subtiliser notre conseil national de son droit légal et légitime de trancher librement sur les options politiques et organiques du FFS».
A l’évidence, si les voix de la contestation n’ont pas manqué dans la maison du FFS, même du temps de feu Ait Ahmed, la récurrence et l’intensité qu’elles prennent dans ce contexte semblent s’appuyer sur la crise organique qu’il a vécu en 2018 et dont les répliques se font toujours sentir.
Ce «malaise organique», renforcé par des luttes intestines qui s’accumulent entre les dirigeants, semble vraisemblablement empêcher le parti d’appréhender ces échéances dans la sérénité. Pourtant les points et les problématiques qui devront dominer les débats autour de ces élections législatives ne manquent pas notamment dans le contexte politique actuel, mais aussi des forces en présence en vue du scrutin du 12 juin prochain.
Un parti politique de l’opposition peut-il se suffire de désapprouver les politiques officielles en dehors des institutions ou doit-il faire du Parlement sa tribune de contestation ? Siéger dans les institutions de l’Etat est-il contraire à la demande de changement populaire ? Les velléités de renouveler la classe politique et le paysage parlementaire ne visent-elles pas à mettre en rase campagne les formations traditionnelles ? La participation massive des islamistes à l’échéance de juin prochain n’est-elle pas annonciatrice d’une représentation parlementaire à forte domination islamiste ? Autant de questions qui méritent d’être posées dans ce contexte préélectoral.
Pour Samir Bouakouir, conseiller du premier secrétaire du parti, «la décision que le FFS prendra à propos des législatives déterminera plus que jamais son avenir».
«Ou bien, il s’imposera comme le creuset d’une grande force nationale, patriotique et de gauche ou alors il se dissoudra définitivement dans ce bouilli idéologique culturalo-régional, soigneusement préparé depuis quelques années dans des officines adeptes des ‘’révolutions de palais’’ et pompeusement désignées par certains médias, traditionnellement hostiles au FFS et à son fondateur historique, par ‘’’pôle démocratique’’». n