Comme attendu, Jil Jadid a acté sa participation aux législatives de juin prochain. Le choix n’a pas fait mystère depuis l’entame du processus électoral. Son président, Soufiane Djilali, s’est présenté hier à Zéralda devant la presse, au lendemain de la validation de la position par le conseil national du parti, pas uniquement pour rendre publique l’option, mais pour la défendre et expliquer ses motivations.

Par Nadir Kadi
En plus de son plaidoyer et son adhésion au renouvellement des Assemblées élues, le conférencier a critiqué le choix de «la chaise vide» pour lequel ont opté l’ensemble des partis du courant démocratique, appréhendant, par conséquent, que ce scrutin consacre la victoire des islamistes ainsi que «le retour des réseaux des années Bouteflika qui sont aux aguets».
S’agissant du choix de Jil Jadid, M. Djilali a indiqué que la décision a été prise par le Conseil national du parti «après une discussion de cinq heures», estimant qu’il s’agit «d’assumer la responsabilité de porter l’étendard de l’opposition originelle, celle des premiers jours du Hirak». Déclarant qu’il aurait souhaité participer à une «sorte de coalition» des partis du courant démocratique, il a ajouté que Jil Jadid est devenu le représentant principal du courant démocratique qui cherche le changement, qui vient du cœur du peuple, du cœur du Hirak (…)». Le conférencier dira également que son parti se lance dans le jeu électoral «pour défendre le plan de la démocratie et de la modernité de l’Algérie, pour défendre notre projet avec détermination et en toute liberté». C’est ainsi qu’il décrit cette participation comme la suite logique du mouvement populaire de 2019.
«Depuis des mois, au lieu de sortir tous les vendredis pour lancer des slogans (…) nous nous sommes déplacés à l’intérieur du pays (…) Nous avons la conviction que la seule solution est d’aller aux élections», a-t-il dit.
Le premier responsable de Jil Jadid lance également un appel politique aux manifestants du Hirak. «Les listes seront composées d’une majorité de cadres et militants de Jil Jadid, mais nous les ouvrons également aux citoyens, en particulier ceux qui étaient dans le Hirak et croient aux positions de Jil Jadid (…) L’esprit du Hirak doit se retrouver à l’intérieur des institutions», a-t-il soutenu.
Quant aux autres critères retenus par le parti, il s’agit, explique Soufiane Djilali, de proposer des listes paritaires et en grande partie réservées aux jeunes, précisant que «la moitié des candidats seront des femmes. «J’annonce que nous avons réuni plus de 25 000 signatures dans plus de 30 wilayas et nous continuerons jusqu’au 22 avril (…) Il y aura au moins 50 listes», explique le responsable politique en faisant également savoir que des militants auraient rencontré des difficultés et des pressions lors de la collecte des parrainages. M. Djilali a taclé les «partis qui ont refusé de participer», sans toutefois les nommer, et en déclarant respecter leur décision tout en mettant en avant ce qu’il considère comme une incohérence dans leur démarche. «Alors qu’ils participaient aux élections sous Bouteflika, et défendaient l’ancien Président de façon directe ou indirecte (…) aujourd’hui, ils sont dans une opposition radicale. Comme si nous étions en démocratie avec Bouteflika et maintenant en dictature», a-t-il attaqué. Et poussant la logique de cette réflexion, «leur boycott signifierait que le Hirak a apporté la dictature ?», s’est-il interrogé. «Nous ne sommes pas dans le cadre d’un pays démocratique, nous n’avons pas encore de justice indépendante et nous ne sommes pas encore un Etat de droit. Mais tout cela, en plus de la liberté d’expression, sont des outils qu’il nous faut fabriquer, ils ne viendront pas d’eux-mêmes», soutient-il, en rappelant à dessein et à plusieurs reprises, hier, que son parti avait boycotté les élections de 2017. «La situation a aujourd’hui changé. Après le départ de l’ancien système, nous devions saisir l’opportunité d’entrer dans le dialogue avec tout le monde», a recommandé le chef de Jil Jadid, qui estime qu’un «changement fondamental s’est produit au cours des six premiers mois de 2019 (…)».
Relevant que son parti se positionne dans une sorte de troisième voie, Soufiane Djilali dira, par la même occasion, que le mouvement populaire Hirak a lui aussi changé. «Mois après mois, nous avons vu comment les choses ont évolué. Ils ont commencé à éliminer toutes les figures politiques d’opposition d’avant le 22 février et ils ont ouvert la voie à des personnes dont certaines sont établies à l’étranger», fait-il remarquer. n