La production américaine de pétrole ne connaît désormais aucun répit. Hier, le groupe Baker Hughes a indiqué, dans ses dernières données sur le nombre de plateformes en activité, que celui-ci a augmenté de 3 puits durant la semaine du 8 au 15 février, passant de 354 à 357. Le nombre de plateformes pétrolières en exploitation est un signe on ne peut plus clair que la production américaine de Brut augmente sans relâche et pourrait s’accroître davantage dans les mois à venir, les prix actuels du pétrole pouvant être un facteur favorisant cette hausse.

Le plus gros consommateur mondial de Brut devient désormais premier producteur avec près de  12 millions de barils par jour, un record inégalé, que même l’Arabie saoudite et la Russie peinent à atteindre. «Les États-Unis ont atteint l’indépendance énergétique, ce qui permet à Washington de poursuivre sa politique (de sanctions) face à des régimes» de pays producteurs de Brut dont ils avaient besoin auparavant pour éviter de faire flamber les prix, ont commenté les analystes de Bank of America Merrill Lynch.
Le rapport hebdomadaire sur l’état des stocks américains et de la production, publié mercredi, montre que l’offre des Etats-Unis est restée à un niveau record, le pays ayant extrait en moyenne 11,9 mbj la semaine dernière.
Les importations de Brut des États-Unis sont tombées à leur plus bas niveau depuis 1997, descendant à 6,21 millions de barils par jour (mbj) la semaine dernière contre 7,15 mbj une semaine auparavant. Les exportations américaines se sont, quant à elles, un peu tassées, passant de 2,87 mbj à 2,36 mbj.
La hausse de l’offre américaine contraindrait l’Opep à redoubler d’effort pour pouvoir rééquilibrer un marché miné par l’abondance de l’offre et le recul de la croissance mondiale. La semaine dernière, le ministre de l’Energie, M. Mustapha Guitouni, vice-président de l’Opep, n’a pas exclu l’éventualité d’une seconde baisse de la production des membres de l’Opep et ses alliés à l’occasion de leur réunion qui se tiendrait en avril.
«Depuis notre dernière décision de décembre 2018, les prix se stabilisent. Ils se situent dans une fourchette allant entre 60 et 64 dollars le baril. L’Opep est souveraine, et pourrait décider d’une nouvelle coupe dans sa production», a-t-il déclaré la semaine dernière, en marge d’une réunion de la Commission africaine de l’énergie nucléaire (Afcone). Sans l’ombre d’un doute, si cette nouvelle réduction venait à être validée, bien qu’elle soit dure à faire admettre à tous les membres de l’Opep, elle sera dédiée à contrecarrer une production américaine qui augmente considérablement et qui risque plus que jamais de contrebalancer l’effort de l’Opep et de ses partenaires non-Opep.
L’influente Bank of America a écrit la semaine dernière, dans un rapport sur les crises qui attendent l’Opep à moyen terme, qu’aux États-Unis «on s’attend à ce que le schiste ajoute des barils sur le marché, de sorte que l’Opep sera forcée de maintenir des restrictions de l’offre afin d’éviter que les prix ne s’effondrent». C’est dire que la bataille de l’Opep et de ses alliés pour l’absorption des excédents de l’offre et le soutien des prix n’est pas gagnée, mais promet d’être rude à l’avenir avec cette perspective d’une production américaine qui ne faiblirait point.
Le marché risque par conséquent de connaître une longue période de volatilité et les cours pourraient évoluer dans une fourchette très serrée. La hausse de la semaine dernière est à mettre sur le compte de facteurs conjoncturels, dont la crise au Venezuela, les interruptions de la production en Libye et au Nigeria et la baisse de la production saoudienne.