Les entreprises subissent de plein fouet la crise sanitaire avec une perte sèche de 50% sur leur chiffre d’affaires

Par Hakim Ould Mohamed
Les entreprises algériennes ont perdu en moyenne 50% de leurs chiffres d’affaires (CA) en 2020 en raison des conséquences de la pandémie de la Covid-19. Une enquête présentée, ce week-end, par le Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread), a mis sous les feux de la rampe des conséquences plutôt désastreuses du choc pandémique sur l’économie et les entreprises particulièrement, dont certaines ont assuré avoir perdu en moyenne 50% de leurs chiffres d’affaires par rapport à 2019. L’impact n’a pas été de la même violence sur l’ensemble des secteurs d’activité, puisque, selon l’enquête du Cread, présentée par son chercheur Mohamed Kadi, les services et les industries manufacturières ont été les plus impactés par la crise.
Intervenant à l’occasion d’une journée d’étude sur l’impact socio-économique de la pandémie de la Covid-19 en Algérie, Mohamed Kadi a souligné que les entreprises du secteur du transport de marchandises ont connu «paradoxalement» une perte de 90 % de leurs chiffres d’affaires en 2020, suivi des services et de l’industrie agroalimentaire. C’est dire que la pandémie a ébranlé un grand nombre de secteurs économiques et plusieurs entreprises risquent de ne pas se relever de sitôt. Plus explicite, l’enquête du Cread précise que suite au confinement imposé pour lutter contre la propagation de la pandémie l’an dernier, 93% des entreprises interrogées ont noté des difficultés à commercialiser leurs produits, alors que 63% d’entre elles ont dû opter pour un arrêt total de l’activité à cause du confinement ou l’absence de clients. De plus, 11% des entreprises interrogées affirment avoir été impactées par le confinement du personnel et le manque de transport alors que 8% d’entre elles ont relevé des problèmes de financement et l’augmentation de leurs créances durant cette période. Selon le chercheur au sein du Cread, 56% du personnel n’a pas pu rejoindre son lieu de travail en 2020 à cause de la crise sanitaire. La pandémie a créé une onde de choc précipitant de nombreuses entreprises dans les difficultés financières, dans la faillite et la mise en chômage de leurs effectifs.
Le BTP subit un choc violent
Un impact ressenti de façon plus importante dans les secteurs des services et celui du BTP, souligne le Cread. Signes d’un choc plutôt violent sur les entreprises, les opérateurs économiques ont indiqué, à 21%, qu’ils envisagent une reprise de l’activité, 12% la réduction de leur effectif, 10% présagent une tension sur la trésorerie, 11% envisagent la fermeture de leur entreprise et 10% prévoient le report de leurs investissements. Des statistiques qui viennent corroborer les bilans macabres de certaines organisations patronales, à l’image de l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA), qui dit avoir recensé 5 700 entreprises fermées et 150 000 emplois perdus à fin avril 2021 en raison du choc pandémique. Cette situation dans laquelle se débattent les entreprises en difficulté risque de retarder le retour de la croissance, alors que la mobilisation des ressources financières pour l’investissement et les entreprises devient de plus en plus difficile, de l’avis même du Premier ministre, Abdelaziz Djerad. Ce pourquoi, le chercheur du Cread, Mohamed Kadi, a plaidé en faveur du report des charges sociales et fiscales, la proposition d’un crédit exceptionnel aux entreprises avec un taux bonifié et la couverture de la fluctuation du dinar afin d’aider les entreprises affectées par la pandémie à se relever. Bien évidemment, cet impact du choc pandémique sur les entreprises n’a pas été sans conséquences sur le marché de l’emploi. Selon Oualid Merouani, Maître de recherche au Cread, les catégories professionnelles des apprentis et des professions indépendantes ont été les plus touchées par la perte de leurs emplois à cause de la pandémie de la Covid-19 en Algérie. Chiffres à l’appui, Oualid Merouani a indiqué que 20% des apprentis, 14 % d’indépendants, 7% de salariés et 6% employeurs sondés ont perdu leur emploi depuis le début de la pandémie.

Les ménages et les employés, victimes collatérales
Comme c’est le cas dans les statistiques sur le chômage en Algérie, «les femmes et les jeunes connaissent plus de risque de perdre leur emploi», alors que les hommes ont plus de risque de voir leurs revenus baisser. Par secteur, l’hôtellerie-restauration et le commerce ont été plus vulnérables à voir leurs revenus diminuer ou le perdre. L’onde de choc provoquée par la pandémie a fragilisé sur son passage la trésorerie des ménages, puisque, selon les résultats de l’enquête menée par les chercheurs du Cread, 35% des ménages sondés ont puisé dans leur épargne. Oualid Merouani a recommandé, à cet effet, «la prise en compte des attentes et préférences de la population pour toute implémentation de politiques sociales, le renforcement du système de protection sociale et le ciblage de la population la plus vulnérable, notamment les jeunes et les femmes». Jusqu’ici, les mesures fiscales et monétaires mises en place aussi bien par la DGI et la Banque centrale ont joué les amortisseurs, mais le niveau des faillites des entreprises risque d’être conséquent si de nouvelles mesures ne sont pas prises, se rapportant essentiellement à la facilitation de l’accès aux crédits d’investissements et la baisse de la pression fiscale qui pèse sur les entreprises, à l’heure où leurs trésoreries ont du mal à faire face à la hausse des charges sociales et les coûts de production.
Les baisses successives de la valeur de la monnaie nationale n’ont fait qu’aggraver la situation de certaines PME, à travers la hausse des matières premières à l’importation, laquelle s’est traduite par une hausse des coûts de la production. Répercuter cette hausse sur les produits mis en vente était un exercice risqué pour les entreprises compte tenu de la baisse drastique de la consommation des ménages courant 2020. Cette situation dans laquelle se débattent les entreprises depuis maintenant plus d’une année appelle à des mesures ambitieuses à la hauteur des conséquences générées par le choc pandémique. Faute de quoi le retour de la croissance risque d’être remis aux calendes grecques.