Les Nations unies viennent de publier un rapport élaboré par le bureau Maghreb et la commission économique pour l’Afrique de cette institution portant sur l’impact de la Covid-19 sur l’économie nationale. Le document de 54 pages inclut des prévisions sur l’évolution de l’économie nationale en 2020 et 2021. Il tend à identifier les défis qui attendent l’Algérie dans ses efforts de faire rebondir son économie en 2021 après qu’elle ait été très affectée en 2020 par les conséquences de la crise sanitaire.

Le rapport énumère des propositions pour diversifier l’économie nationale, surmonter les vulnérabilités économiques, en particulier budgétaires, financières et les précarités sociales.
A la faveur d’un modèle macro-économique, élaboré par les auteurs du document, qui établit le lien entre le déficit commercial, la baisse des investissements publics, le prix du pétrole et le taux de croissance du pays, le rapport conclut que le taux de croissance de l’économie nationale sera de -4,8% en 2020, pas loin de la projection du FMI : -5,2%. Le rebond de la croissance, selon le FMI, sera de 6,2% en 2021. La croissance nette sera à peine de 1% lorsqu’elle est rapportée à la croissance démographique (la croissance réelle par habitant), nuance l’analyse.
Le rapport estime, en outre, que la balance commerciale risque de se dégrader au fur et à mesure que le dinar se déprécie. Il montre que les déficits jumeaux de la balance commerciale et du budget pourraient épuiser les réserves de change. Autrement dit, selon ce texte, les réserves de change pourraient s’épuiser complètement entre 2021 et 2022. Avec un déficit estimatif de 16% de la balance commerciale et un déficit budgétaire de 7% en 2020, les réserves de change sont soumises à de fortes pressions, souligne le texte. Ce qui montre l’urgence de réduire la facture des importations ainsi que le déficit du budget si on veut préserver ces réserves en devises et éviter un recours contraint au Fonds monétaire international. Il faut, selon le FMI, un baril à 157 dollars pour équilibrer le budget de l’Etat en 2020 (le document se base sur les chiffres de l’année 2020 contenues dans la loi de finances de cet exercice). Concernant l’inflation estimée à 3,5% par le FMI en 2020, le rapport observe que le panier de la ménagère qui sert de base pour calculer la hausse des prix date de 2011. Il n’est pas actualisé et donc ne reflète pas les changements de consommation des ménages. Ce qui pourrait sous-estimer, alerte le document, le taux réel d’inflation. Concernant l’impact sur l’emploi, le rapport estime le taux de chômage en 2020 à 15% en Algérie, conséquence de la pandémie, contre 11,5% en 2019 selon les chiffres de l’ONS. Le texte relève que ce sont les femmes et les jeunes qui sont les plus touchés par les effets de la Covid-19 sur l’emploi : une bonne proportion de ces catégories de la population est employée dans des emplois précaires en particulier dans le secteur informel et les secteurs les plus touchés par la crise tels que l’hôtellerie, la restauration. Concernant les propositions pour renforcer l’économie nationale et ses capacités à rebondir après la Covid, en finir avec les vulnérabilités économiques et sociales de l’économie algérienne, le rapport insiste sur l’urgence de la réforme fiscale en vue en particulier de couvrir le financement des mesures destinées à soutenir les entreprises touchées par la crise Covid-19 et l’emploi. Cela va de l’élargissement de l’assiette fiscale, l’amélioration du recouvrement et de la collecte des impôts, une baisse de certains impôts pour augmenter les ressources fiscales, la généralisation du prélèvement à la source, la numérisation des services des impôts, le renforcement en moyens humains des structures décentralisées, l’introduction de la télé-déclaration. Le rapport souligne également que la réforme du secteur bancaire est nécessaire à la redynamisation de l’économie nationale et à son rebond en 2021-2022. Les changements devront porter sur la gouvernance des banques publiques, les progrès dans la bancarisation, l’inclusion financière, la modernisation des moyens de paiements notamment l’introduction du mobil banking, la digitalisation des services bancaires. Les banques publiques au lieu d’être des instruments de politiques publiques et de fonctionner selon des pratiques administratives devraient jouer un rôle moteur de financement des entreprises notamment dynamiques en les accompagnant dans leur développement ainsi que des jeunes hommes et femmes porteurs de projets de start-up et en particulier ceux susceptibles d’exporter leurs idées et leurs produits. Les banques privées devraient également s’impliquer davantage dans le financement des entreprises de production, laisse entendre le document. K. R.