Par Khaled Remouche
Le Think Tank français Institut Montaigne vient, dans une «note-plaidoyer» pour un soutien financier européen au redressement économique des trois pays du Maghreb, Algérie, Tunisie, Maroc – très affectés par les effets de la crise sanitaire et qui risquent en cas de dégradation plus importante de la situation de leurs économies menacer le vieux continent, immigration, problèmes de sécurité, implantation de puissances «hostiles» – établir un état des lieux de l’économie nationale qui souligne son extrême fragilité. L’auteur du texte, Hakim El Karoui, estime de ce fait que les marges de manoeuvre pourraient être très limitées et les réserves de change de l’Algérie s’épuiser en 2022. «Les marges de manoeuvre devraient se restreindre rapidement. Les réserves de change représentent 188 milliards de dollars en 2013 avant le contre-choc de 2014. Elles représentent 45 milliards de dollars fin 2020. En l’absence d’une remontée sensible des cours du pétrole, elles pourraient être totalement épuisées en 2022». A la source de ce risque très élevé de fonte des réserves de change, le rapport pointe du doigt les réponses insuffisantes aux déficits du compte courant et du déficit budgétaire. Ce dernier solde négatif est considéré comme le plus important par rapport à ceux des deux autres pays du Maghreb.

Economie faiblement diversifiée
Plus précis, le document intitulé «la stabilité du Maghreb, un impératif pour l’Europe» cite les freins à un redressement des comptes extérieurs du pays. «L’efficacité des mesures conjoncturelles est limitée par les handicaps structurels de l’économie algérienne. Le climat des affaires demeure médiocre, ce qui fait l’un des pays les moins attractifs pour les IDE (dont le stock peine à atteindre 15% du PIB). La sécurité juridique des entreprises étrangères est perçue comme faible (nombre de problèmes de paiement enregistrés par les entreprises étrangères) et l’attractivité de l’investissement est limitée par le poids de l’administration. L’économie algérienne est faiblement diversifiée, concentrée sur les activités d’extraction. Le chômage chez les jeunes est élevé. Enfin, le système bancaire ne finance qu’imparfaitement l’économie et la moitié des encours bancaires concerne le secteur public. Le document, en ce sens, souligne que les mesures structurantes peinent à se concrétiser notamment en matière d’investissements publics. L’Algérie dans cette conjoncture reste vulnérable aux chocs extérieurs. Autrement dit, «la position extérieure de l’Algérie conduit à une dépendance : la dépendance aux flux sortants des hydrocarbures (95% des exportations globales), source de fragilité, d’autant que les flux entrants (investissements directs étrangers, tourisme) sont faibles. Le climat des affaires, au plus bas (selon le Doing Business), un contrôle des changes strict, expliquent en grande partie cette faiblesse des flux entrants».
Le prix d’équilibre du budget (prix du baril de pétrole pour équilibrer le budget) est le plus élevé par rapport aux pays exportateurs de pétrole de la région. Par ailleurs, le document note qu’à l’instar du Maroc et de la Tunisie, la situation sociale reste préoccupante en Algérie. La crise sanitaire a aggravé les inégalités. La progression du chômage s’est accélérée : 1,7 million de chômeurs en 1994, 2,1 millions en 2019. Plus de 190. 000 ménages, soit environ 1,6 million de personnes, vivent en dessous du seuil de pauvreté alimentaire (183 euros par an). Le taux de chômage des jeunes dépasse les 30%. Cette situation aurait été pire sans le système de transferts sociaux. «Les transferts sociaux ont représenté 1 800 milliards de dinars en 2020, soit 12 milliards de dollars, 8% du PIB. Ces montants sont supérieurs aux autres pays de la région. Ce système de transferts sociaux, considéré comme le pilier de la stabilité politique et sociale du pays, doit trouver d’autres sources de financement, avance l’auteur du rapport. Ce dernier considère que l’économie nationale est toujours fondée sur un système de redistribution de la rente dans un schéma de dirigisme étatique, où le secteur public représente 30% de la valeur ajoutée totale du pays. Ce système de redistribution via en particulier les transferts sociaux est conditionné par un prix du baril élevé. «Ainsi avec l’Iran, le prix théorique du prix d’équilibre du budget de l’Algérie est le plus élevé, 140 dollars le baril pour l’Algérie, 80 dollars pour l’Arabie Saoudite, 70 dollars pour les Emirats arabes unis et 40 dollars pour le Qatar pour un prix moyen du baril de 40 dollars en 2020». La position de l’Algérie historiquement hostile aux financements extérieurs, en particulier au recours jusqu’à présent au FMI, restreint les marges de manoeuvre du gouvernement. En cas de changement de politique économique, l’Algérie, selon le rapport, n’aura pas de difficultés à se financer sur les marchés extérieurs : son faible taux d’endettement et ses ressources en hydrocarbures garantissent sa qualité de signature.