Le FMI a achevé hier ses consultations avec les autorités algériennes. Au terme de sa mission, le constat est que les indicateurs macro-économiques du pays, ainsi que la croissance, se sont améliorés. Cette embellie annonce des perspectives favorables qui restent cependant tributaires de la capacité de l’Exécutif à juguler une inflation accélérée et à poursuivre les réformes nécessaires à la diversification de l’outil économique national et à son indépendance vis-à-vis des aléas du marché pétro-gazier.

Par Hakim Ould Mohamed
Le Fonds monétaire international (FMI) vient de finir ses consultations avec les autorités algériennes au titre de l’article 4 de ses statuts. Globalement, la chef de mission-FMI pour l’Algérie, Geneviève Verdier, juge que l’Algérie connait une amélioration de ses indicateurs macroéconomiques et de sa croissance, au sortir d’une crise sanitaire qui aura fragilisé de nombreuses économies, mais cette amélioration est due essentiellement à la remontée des cours du brut et des recettes qui ont atténué les pressions sur les finances publiques.
«Les perspectives à court terme de l’économie algérienne sont favorables, mais sont largement tributaires des prix des hydrocarbures. Le solde des transactions courantes devrait être excédentaire en 2023, grâce aux recettes élevées des hydrocarbures qui devraient contrebalancer la reprise des importations. La croissance devrait s’accélérer en 2023 et l’inflation devrait ralentir, mais rester au-dessus de 8% en moyenne sur fond d’assouplissement de la politique budgétaire», conclut la mission du FMI en déplacement à Alger. La dépendance des cours du brut et de la rentabilité du baril «fait peser d’importants risques à court terme», estime la chef de mission du Fonds monétaire international. «Nous voyons des risques à court terme», souligne-t-elle faisant allusion, d’abord, aux pressions inflationnistes qui demeurent importantes et qui risquent de saper la croissance et de fragiliser davantage les couches défavorisées de la société». Selon Genévrière Verdier, des actions sont nécessaires en termes de politique monétaire, en plus des actions menées par la Banque d’Algérie, afin de réduire les pressions inflationnistes. Le second risque est lié à la dépendance de l’économie algérienne et du budget des hydrocarbures. L’experte du FMI, dépêchée à Alger au titre de l’article 4 des statuts du Fonds, a mis en évidence le rôle de la politique budgétaire pour réduire la dépendance aux hydrocarbures, renforcer la résilience de l’économie et la mettre à l’abri des aléas du marché pétrolier. Elle n’a pas manqué d’appeler, à la même occasion, avec insistance, à des rééquilibrages budgétaires et à des réformes structurelles. Globalement, «la hausse des prix du pétrole a aidé à renforcer les indicateurs économiques et la croissance», estime Genévrière Verdier, mettant en exergue, en guise d’exemples, le retour à la situation d’excédents, la hausse des réserves, à 53,5 milliards de dinars à fin septembre dernier, la reprise et la poursuite de la croissance, laquelle devrait clôturer l’année à 3,2%, contre 2,1% en 2021.

Une inflation importante
Cependant, l’inflation continue à être importante, caracolant à 9,4%, « le niveau le plus élevé depuis 25 ans », a-t-elle noté. « Les perspectives sont favorables, mais tributaires des prix du pétrole », a-t-elle encore soutenu, précisant que cette « persistance de la dépendance du pétrole fait peser des risques importants compte tenu de la forte volatilité des marchés ». De ce fait, la diversification de l’économie est une voie de secours inévitable. Tout comme le resserrement de la politique monétaire, estime-t-elle, considérant, sur sa lancée, que la réforme de la loi sur la monnaie et le crédit « est une opportunité pour renforcer la dépendance de la banque centrale ». Dans la foulée, Verdier Geneviève a tenu à saluer, au nom de la mission du FMI en Algérie, l’arrivée à échéance de la politique monétaire basée sur la monétisation des déficits à l’issue de laquelle le secteur bancaire « est resté résilient, mais nécessite des réformes ». « La reprise de l’économie se poursuit, nous la saluons. La remontée des cours de l’énergie a contribué à améliorer cette croissance et la situation des finances publiques extérieures, mais des réajustements budgétaires et des réformes structurelles sont nécessaires pour réduire la dépendance de l’économie et du budget des hydrocarbures », recommande la chef de mission du FMI qui vient de conclure son séjour en Algérie au titre de l’article 4 des statuts du Fonds.

Les efforts en matière de diversification salués
« L’Algérie est un pays à forte dépendance des hydrocarbures, mais nous constatons des efforts en matière de diversification. Il y a une volonté que nous saluons ; l’augmentation de la valeur ajoutée dans les exportations hors hydrocarbures et la nouvelle loi sur l’investissement sont d’importants développements en la matière », soutient Verdier Geneviève qui, fidèle aux recommandations du FMI, suggère des mesures budgétaires à moyen terme afin de stabiliser la dette interne et prioriser les dépenses ainsi que des réformes structurelles pour améliorer le climat des affaires. « Dans cet environnement incertain, une politique budgétaire qui facilite la résilience est tout à fait possible », juge-t-elle. Interrogé à propos du budget de l’an prochain qui mobilise des dépenses de plus de 13.700 milliards de dinars, actuellement en discussion au niveau de l’Assemblée, la chef de mission du FMI dit comprendre parfaitement les objectifs du gouvernement en matière de développement, de croissance et de soutien social, mais un tel niveau de dépenses « fait peser des risques sur la stabilité macroéconomique ».

Un système bancaire résilient
«Nous avons discuté avec les autorités algériennes des arbitrages entre les dépenses et leurs financements. Nous pensons qu’il est important de prioriser la dépenses et les canaliser vers le renforcement et la résilience de l’économie, mais aussi de freiner les pressions inflationnistes et de rétablir les marges de manœuvre», a-t-elle suggéré. Sur l’inflation, l’experte de l’institution de Bretton Woods salue les mesures prises par la banque centrale, dont la gestion de la liquidité et le maintien du taux de change du dinar à son niveau d’équilibre, «mais la politique monétaire est restée accommodante».
La mission du FMI considère, par ailleurs, que le système bancaire a résisté aux chocs répétés de ces dernières années, mais sa santé financière mérite l’attention. Le resserrement des liens entre les bilans de l’État, des entreprises publiques et des banques publiques pourrait faire peser des risques sur la stabilité financière et la viabilité de la dette. Ceci requiert de vastes réformes du secteur financier afin de renforcer la gouvernance et les modèles économiques des banques publiques, améliorer les capacités de surveillance, catalyser la provision de prêts au secteur privé et favoriser l’inclusion financière. Trois points à retenir du constat du FMI par rapport à l’évolution de l’économie algérienne : certes, les perspectives à court terme se sont sensiblement améliorées, essentiellement en raison de la hausse des prix des hydrocarbures, mais l’accélération de l’inflation et la vulnérabilité à la volatilité des prix des hydrocarbures constituent des défis majeurs qui devraient être relevés pour préserver la stabilité macroéconomique. Le FMI, par la voix de sa chef de mission dépêchée à Alger, estime qu’un rééquilibrage budgétaire est nécessaire pour préserver la soutenabilité des finances publiques à moyen terme. Tout comme l’impératif d’un resserrement de la politique monétaire pour juguler l’inflation. Le FMI suggère également la poursuite des réformes structurelles pour faciliter la transition vers un modèle de croissance plus stable et diversifié et encouragerait la création d’emplois.
Notons que la mission du a rencontré M. Taleb, gouverneur de la Banque d’Algérie, M. Kessali, ministre des Finances, M. Arkab, ministre de l’Energie et des Mines, M. Henni, ministre de l’Agriculture et du Développement rural, M. Rakhroukh, ministre des Travaux publics, de l’Hydraulique et des Infrastructures de base, M. Rezig, ministre du Commerce, et M. Zeghdar, ministre de l’Industrie. L’équipe s’est également entretenue avec d’autres hauts responsables du gouvernement et de la banque centrale, des membres de la commission parlementaire des finances et du budget et des représentants des secteurs économique et financier. <