En marge de la Foire de la production nationale qui s’est achevée hier, les organisateurs du Salon Expofinance 2017 ont tenu un panel dédié au crédit-bail ou leasing, considéré selon les experts et représentants d’établissements financiers comme outil de financement des entreprises qui n’ont pas accès au crédit bancaire, faute de trésorerie conséquente et de garanties suffisantes.

« Le leasing peut devenir un instrument de financement principalement des PME », estime de prime abord Rachid Belaïd, délégué général de l’ABEF, et modérateur du panel. Il a signalé qu’il y a de plus en plus d’engouement des entreprises pour le leasing et que grâce aux campagnes d’information sur le leasing par les sociétés de financement auprès des entreprises, ces dernières ont saisi les avantages de ce produit, le pourcentage très élevé, notamment de financement.
Nafa Abrous, président de Maghreb Leasing Algérie (MLA), estime pour sa part que les perspectives dans le leasing pour 2018 s’annoncent prometteuses. Le volume de ce marché, selon lui, a progressé durant cette année. Le président du MLA, qui a financé pour 72 milliards de dinars en 12 ans, a précisé que jusqu’à septembre 2017, le volume du marché de leasing est estimé à 39 milliards de dinars et espère clôturer l’année à
50 milliards de dinars, alors qu’on tablait initialement sur 60 milliards de dinars. Il est en hausse par rapport à 2016, où le marché n’a mobilisé que 40 milliards de dinars. En 2015, il était de 45 milliards de dinars. Pour lui, si le volume du leasing a baissé en 2016, c’est en raison du manque de disponibilité de certains équipements et matériels sur le marché. Surtout avec la réduction des importations décidée par les pouvoirs publics. C’est également en raison du recul des projets publics qui dominent la croissance économique, impactant les entreprises de réalisation notamment. Mais pour 2018, estime le président du MLA, si toutes les sociétés de financement et les banques convergent vers le même but, à savoir soutenir l’outil de la production nationale, cette année, même si elle s’annonce difficile, sera bancable. « Sur cette fin d’année, nous escomptons atteindre 50 milliards de dinars, cela nous fera une progression, quoi que timide, par rapport aux objectifs initiaux, à savoir 60 milliards de dinars », indique encore le représentant de Maghreb Leasing Algeria qui assure, en revanche, que son entreprise réalise depuis deux ans une progression à deux chiffres, le financement de véhicules ne représentant que 9%, la majeure partie des financements étant dédiés à « l’outil de production », selon Nafa Abrous. Il a également indiqué, à l’occasion de cet atelier, organisé par l’Association des banques et des établissements financiers (Abef), que si ce marché a évolué, c’est parce que les entreprises de financement se dirigent de plus en plus vers l’accompagnement de l’outil de la production. «On compte sur le marché 13 sociétés de leasing et 7 directions de leasing dans des banques publiques et privées. La pérennité de ces sociétés dépend justement de leur financement de l’outil de production. Il s’agit d’accompagner les PME-PMI, les grosses entreprises, les TPE, les professions libérales, dans toutes leurs étapes de développement», explique-t-il. Car pour se développer, ces entreprises ont besoin d’autres modes de financement pour renouveler leurs matériels, leurs équipements… Il fait savoir que le financement de l’outil de production stipule une diversité dans les services que le leasing peut prendre en charge. «Il peut intervenir dans tous les domaines du moment que la demande existe. Notre groupe l’a fait. On ne s’est pas contenté de financer des véhicules mais aussi des sociétés de réalisation, médicales, agroalimentaires… Cela nous a permis d’augmenter notre chiffre d’affaires cette année à
12 milliards de dinars et d’ouvrir sept agences sur le territoire national en dépit de la crise financière», a-t-il fait encore savoir. Il ne manquera pas de rappeler les avantages du leasing, notamment à l’endroit des PME qui manquent souvent de garanties nécessaires et sont sous-capitalisées. « Souvent les clients nous disent que nous pratiquons des tarifs plus élevés que les entreprises de prêt traditionnel », ajoute Nafa Abrous, « alors que nous, nous ne prêtons pas de l’argent, mais des biens ou des outils de production », explique-t-il, ajoutant qu’en intégrant toute l’optimisation fiscale que permet la loi algérienne en matière de leasing, les établissements de leasing peuvent proposer des tarifs équivalents, voire moindres, que ceux des établissements bancaires. «Au niveau du dispositif fiscal, l’Algérie a une grande longueur d’avance par rapport à des pays voisins. En effet, nous jouissons d’un dispositif fiscal très avantageux », soutient Nafa Abrous qui déplore que malgré cet avantage, le leasing ne soit pas assez développé en Algérie.
L’une des raisons de ce retard, selon le responsable de MLA, serait le manque de vulgarisation de ce qui peut constituer une alternative au financement par crédit bancaire, même si des efforts sont faits en ce sens par les acteurs du leasing avec le soutien de l’Association professionnelle des banques et des établissements financiers (Abef). L’autre raison de ce retard serait culturelle, affirme M. Abrous. «En Algérie, les citoyens veulent investir pour leurs fonds propres, ils veulent être propriétaires », observe-t-il. Le leasing leur offre plus de souplesse et un court délai de réponse pour toute demande de financement. « Sur notre activité, nous ne sommes pas en concurrence avec les banques classiques, nous sommes complémentaires », explique Nafa Abrous. Pour sa part, l’expert Vincent Lunel, rappelle les origines du leasing qui remonterait jusqu’à il y a 1400 ans avec l’avènement de l’islam, sous forme de crédit-bail, conforme à la charia. « C’est seulement en 1996, que fut créée la première entreprise de crédit-bail en Algérie », rappelle l’expert, alors que ce concept s’est fortement développé aux Etats-Unis dans les années 1950.
« A l’époque, il s’agissait d’une technique assez révolutionnaire.
ça permettait aux entreprises qui n’avaient pas accès aux financements classiques faute d’apport ou de garantie suffisants, d’acquérir un outil de production et un moyen pour les entreprises de préserver leur trésorerie », explique Vincent Lunel qui rappelle que le principe du crédit-bail, ou leasing, est que le client puisse jouir d’un bien loué puis l’acquiert au terme du bail ou le restitue s’il ne lève pas l’option d’achat.