C’est aujourd’hui que sera prononcé le verdict dans le procès de l’activiste et ancien journaliste de l’ENTV, Fodil Boumala, une semaine après que le procureur de la République près le tribunal de Dar El Beïda ait requis contre lui un an de prison ferme et une amende de 100 000 DA.
Le verdict est d’autant plus attendu qu’il constitue plus qu’avant un des marqueurs de la chronique politico-judiciaire en ce sens que le concerné représente une des figures du mouvement populaire. Mais aussi au vu de la récurrence de la demande des mesures d’apaisement de la part du pouvoir, notamment à travers la libération des détenus d’opinion. Une revendication qui demeure à l’ordre du jour et qui renvoie systématiquement aux noms de Boumala et Tabbou, notamment après la libération du moudjahid Lakhdar Bouregaâ.
Le verdict dans l’affaire de Boumala sera très significatif quel que soit le prononcé. A l’évidence, une libération de l’activiste politique serait synonyme de signe d’apaisement de nature à ouvrir une brèche dans la perspective de résoudre cette équation des détenus d’opinion qui continue d’envenimer les rapports entre le pouvoir politique et le mouvement populaire.
Mais si l’emprisonnement de M. Boumala venait à être prolongé, cela signifierait que la problématique des détenus d’opinion prendrait des allures plus complexes. D’autant plus que les dernières manifestations de rue, notamment celle du 54e vendredi, ont été marquées par la forte présence de la question des détenus et les décisions de la justice dans ce registre.
Placé, pour rappel, le 19 septembre dernier sous mandat de dépôt pour «atteinte à l’intégrité du territoire national », son dossier n’a été transféré à la section correctionnelle du même tribunal que le 13 janvier dernier. Pour donner lieu à un procès « original » qui a vu l’accusé mener une auto-plaidoirie fortement appréciée par l’opinion publique notamment par les partisans du mouvement populaire qui ont admiré que Boumala a défendu becs et ongles ses convictions politiques.
Réfutant les accusations d’atteinte à l’unité nationale, Fodil Boumala s’est interrogé s’il était « un séparatiste », répondant au juge par la négative. « Je n’ai jamais cessé d’appeler à l’unité dans toutes mes publications. Je suis attaché à cette terre et à ce pays», a-t-il asséné. Mieux encore, le journaliste a mis à profit la tribune que lui offrait le Parquet de Dar El Beïda pour tirer à boulets rouges contre les pratiques du régime jusqu’à évoquer ce qu’il avait subi de la part des Bouteflika. «Ils veulent une république sans peuple, des partis sans pluralisme, un système judiciaire sans justice et une presse sans liberté… », a-t-il dit sous les applaudissements des personnes ayant assisté à l’audience.
Par ailleurs le requis du Procureur contre l’ancien journaliste de l’ENTV, à savoir un an de
prison ferme et une amende de 100 000 DA, a été considéré par des observateurs comme un prélude à un verdict heureux pour Boumala. Une interprétation qui repose sur les cas d’élargissements d’autres détenus à l’image de Bouregaâ, de quelques militants de RAJ et de la cheffe du Parti des travailleurs.
Cependant, le cas de Boumala et celui de Tabbou, dont le jugement est attendu mercredi prochain, continuent à être appréhendés sous un angle plus politique que judiciaire.
D’où la curiosité qui les accompagnent. Et le sens que prendra, dès aujourd’hui, le verdict du procès de Boumala. <