PAR INES DALI
L’illusion de la stabilité de la situation épidémique en Algérie est perceptible depuis quelques semaines. C’est la raison pour laquelle les spécialistes parlent plutôt de relative stabilité, cette dernière pouvant à tout moment basculer en raison de la circulation des variants du coronavirus, notamment le variant Delta (dit indien) qui fait parler de lui à travers la planète.
Ce dernier, qui s’est propagé dans au moins 85 pays dont l’Algérie, inquiète partout dans le monde. Les mises en garde contre ce variant, dont la transmissibilité est bien plus importante que les autres variants de Covid-19, sont quasi-quotidiennes, cela d’autant qu’il a contraint des pays qui ont largement avancé dans la vaccination à revenir sur la décision de la levée des restrictions due à la pandémie.
«Le nouveau variant du Covid-19 détecté en Inde au mois d’avril 2021 est désormais présent dans au moins 85 pays», a indiqué samedi l’Organisation mondiale de la santé (OMS). ««Delta est le plus transmissible des variants», a assuré l’OMS, tout en mettant en garde contre un éventuel rebond de la pandémie car «le variant Delta est en pole pour devenir le variant dominant à l’échelle mondiale».
Les autorités sanitaires en Algérie devraient désormais composer avec cette nouvelle donne, et ce, même si de nombreux spécialistes ont déjà attiré l’attention sur la dangerosité du variant Delta qui circule dans le pays, cela d’autant qu’il touche la catégorie des jeunes, alors que la souche initiale de Covid-19 touche plus généralement les personnes âgées et les malades chroniques.
«Le variant Delta est un variant mortel, en particulier chez les sujets à risque mais aussi chez les sujets plus jeunes», a averti le professeur Mohamed Belhocine, responsable de la cellule d’investigations et des enquêtes épidémiologiques. «Le nouveau coronavirus a connu de nombreuses mutations et s’est manifesté sous différentes formes. La vague actuelle de Covid-19 est bien plus contagieuse et touche plus fréquemment les jeunes», a affirmé Dr Djamel Fourar, directeur de la prévention au ministère de la Santé et porte-parole du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus.
Péril sur le déconfinement
Les assouplissements et le déconfinement progressif opérés en Algérie pourraient bien pâtir de la propagation du variant Delta si celle-ci commençait à prendre des proportions importantes, lorsqu’on voit comment des pays qui ont levé les restrictions ont dû les remettre en application avec la vague de ce variant. Les exemples sont nombreux. Le Royaume-Uni, qui a pourtant atteint un taux de vaccination de 80%, n’a pas encore décidé s’il irait vers la levée totale des restrictions prévue pour le 19 juillet, après avoir déploré une forte hausse des cas de variant Delta dont plupart proviennent des plus jeunes qui n’ont pas encore reçu de vaccin. Au Portugal, ce variant qui a provoqué un rebond des contagions ces dernières semaines, est devenu prédominant et pour y faire face, le pays a décidé de resserrer les restrictions dans les municipalités les plus touchées, comme Lisbonne où les horaires et la capacité d’accueil des restaurants et des commerces ont de nouveau été réduits, selon les agences de presse. La capitale australienne s’est vu imposer, depuis samedi, un reconfinement total pour deux semaines, après avoir été confrontée à une flambée de nouveaux cas de coronavirus causée par le variant Delta, selon les mêmes sources.
Vaccination et variant Delta
Les spécialistes de la santé préconisent la vaccination pour se protéger contre ce variant mortel qui est en train de prendre des proportions alarmantes dans le monde. Ils expliquent que même lorsqu’une personne est atteinte par le Delta, la vaccination lui épargne de développer une forme grave de la maladie de Covid-19.
Ce qui est absolument certain, selon le Pr Belhocine, c’est que «les décès provoqués par le variant Delta surviennent en très grande majorité, pour ne pas dire presque exclusivement, chez les sujets non vaccinés. Ce qui veut dire que la vaccination protège contre les décès dus à la maladie, y compris lorsqu’on est atteint par le nouveau variant Delta».
Un autre professeur a assuré que les personnes qui se font vacciner développent des formes bénignes de la maladie de Covid-19, appelant les Algériens à ne pas hésiter à se faire vacciner à chaque fois qu’ils en ont l’occasion, et soulignant que ce n’est pas le type de vaccin qu’il importe de regarder car tous les anticoronavirus importés par l’Algérie sont efficaces.
A ce propos, le Dr Djamel Fourar a assuré, hier, que «tous les vaccins dont l’Algérie a fait l’acquisition sont efficaces», ajoutant qu’«aucun risque sur la santé publique n’a été enregistré depuis le lancement de la campagne de vaccination en janvier dernier». C’est ainsi qu’il a indiqué que «les espaces publics de vaccination connaissent une affluence (…) même si certains citoyens ont encore des appréhensions en raison des rumeurs et autres mensonges qui circulent sur les vaccins», a-t-il dit, en marge de la cérémonie de lancement de la campagne de vaccination au profit des travailleurs de la Caisse nationale de sécurité sociales des travailleurs non-salariés (CASNOS) au centre familial de Ben Aknoun (Alger). De nombreux spécialistes, nationaux et étrangers ont assuré, à maintes reprises, que dans le calcul bénéfices-risques des vaccins, les bénéfices l’emportent largement sur les risques. Ils ont, également, soutenu que les effets secondaires des anti-Covid-19 ne sont pas très différents de ceux des autres vaccins.
Le membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie a souligné que les vaccins «sont disponibles en quantités suffisantes», rappelant la dernière quantité de un million de doses d’anti-Covid-19 réceptionnée par l’Algérie samedi dernier. <