L’Institut Pasteur d’Algérie (IPA) a annoncé la détection, pour la première fois, de six cas du variant indien (B.1.617) dans la wilaya de Tipasa qui viennent s’ajouter aux variants britannique et nigérian détectés auparavant. «Ce variant détecté en Algérie est de sous-type 2, qui comporte des différences par rapport au mutant hybride circulant actuellement en Inde (absence de la mutation E484K). Il est classé par l’OMS comme ‘’variant à suivre’’, après les variants dits ‘’préoccupants’’, à savoir les variants britannique, sud-Africain et brésilien», selon l’IPA.

PAR INES DALI
Cette annonce de l’introduction du variant indien sur le sol algérien, outre l’inquiétude qu’elle suscite, laisse perplexe et soulève une question qui s’est imposée dans tous les esprits, à savoir comment ce variant a-t-il pu faire son entrée en Algérie alors que les frontières sont censées être fermées ? Il s’avère que finalement, le variant a été détecté chez «un Indien qui est entré en Algérie en provenance de Doha», a fait savoir hier le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, ajoutant que le jour même de la découverte de ce cas, une enquête a été lancée et tous les sujets contacts ont été séquencés par l’Institut Pasteur.
A propos des autres cas diagnostiqués porteurs du variant indien, le directeur général de l’IPA, Fawzi Derrar, a indiqué qu’il s’agit de cinq autres personnes d’origine indienne travaillant dans le secteur du bâtiment dans la wilaya de Tipasa. Dès la découverte du premier cas, les autorités concernées ont mené de suite une enquête épidémiologique qui a permis de diagnostiquer cinq autres cas dans la même zone, a précisé Dr Derrar, avant de rassurer que le foyer où a été détecté le variant indien a été très vite isolé pour éviter la propagation du virus. Il a également rassuré que les vaccins utilisés actuellement sont efficaces contre tous les types de variants. L’arrivée du variant indien par voie aérienne démontre donc que les frontières ne sont pas aussi fermées que cela et que des travailleurs étrangers arrivent tout de même en Algérie. Ce qui alimente les débats actuellement, c’est pourquoi alors les Algériens ne sont pas tous autorisés à rentrer dans le pays, les restrictions imposées ne permettant pas le rapatriement de tous ceux qui le désirent, un grand nombre étant coincé à l’étranger, ou même ceux résidant à l’étranger et voulant rentrer voir leur famille, assister à un enterrement ou passer simplement quelques jours. Cela pour les entrées. Mais même pour la sortie du territoire, l’opération n’est pas aussi aisée que cela et il faut une autorisation spéciale.
Le maintien des frontières fermées est une mesure prise pour empêcher autant que faire se peut l’entrée et la propagation de milliers de cas Covid-19 venus d’autres pays, sachant ce qui s’y passe et que dans certains d’entre eux la situation épidémiologique est hors de contrôle, comme l’ont exprimé les spécialistes. Mais maintenant qu’il a été annoncé et prouvé que le variant indien est entré «par avion», les Algériens se demandent pourquoi les frontières resteront-elles fermées puisque leur fermeture n’a pas empêché les variants de se retrouver dans le pays. L’entrée de ce nouveau variant en Algérie a été l’occasion de relancer le débat sur l’utilité de maintenir les frontières fermées ou de les ouvrir dans cette conjoncture dominée par la pandémie de Covid-19. De nombreux Algériens se sont exprimés, déplorant qu’au moment où des concitoyens sont bloqués en Algérie et à l’étranger, les travailleurs étrangers continuent à entrer sur le territoire national. Nombre d’entre eux disent ne pas comprendre cet état de fait du moment qu’officiellement on parle encore de «pas d’ouverture des frontières». Il est donc normal qu’en apprenant que le variant indien soit entrée par voie aérienne, les Algériens veulent comprendre comment cela a-t-il été possible puisque dans la perception générale les frontières sont fermées. Et puis, qu’en est-il du protocole et du contrôle sanitaires aux frontières ?

Pour un contrôle sanitaire «strict» aux frontières
«Les frontières étant fermées, cela sous-entend qu’il y a normalement un contrôle sanitaire strict à l’entrée», nous a déclaré le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique, estimant que «le contrôle est plus facile lorsque les entrées se font à travers les aéroports». Alors où est la faille ? «Normalement, ceux qui sont autorisés à voyager sont soumis à un contrôle strict et on ne comprend pas pourquoi ni comment des personnes sont passées à travers ce contrôle sanitaire et ce maillage censés filtrer au niveau des frontières. Je pense qu’il y a eu une défaillance à ce niveau-là», a répondu notre interlocuteur.
Normalement, la situation épidémique alarmante que connait l’Inde aurait dû inciter à une plus grande vigilance et à un contrôle plus strict des ressortissants venus de ce pays et la réaction aurait dû être immédiate, de l’avis du Dr Merabet, qui déplore qu’en en soit arrivé à six cas de variant indien actuellement. «Ce sont les six cas identifiés actuellement, mais il est quasi-certain qu’il y en a d’autres dans la nature et qu’on découvrira d’autres cas les jours et les semaines à venir», a-t-il regretté. Pour lui, il faut «faire des tests antigéniques et confiner les personnes qui arrivent dans le pays pendant une semaine ou dix jours pour s’assurer qu’elles n’ont pas de symptômes de Covid-19 ou ses variants», suggère le président du SNPSP.
Outre le variant indien qui vient de faire son apparition, l’Algérie compte un total de 180 cas du variant britannique avec la découverte de 37 nouveaux cas depuis le 25 février 2021.
«Dans le cadre des activités de séquençage relatives à la surveillance des variants du virus SARS-CoV-2, menées par l’IPA, il a été procédé, à la détection de 37 nouveaux cas du variant britannique (B.1.1.7) à travers certaines wilayas du pays», a annoncé lundi l’IPA dans un communiqué. Ces nouveaux cas du variant britannique sont répartis à raison de 23 cas à Alger, 5 à Blida, 3 à Bejaia et à M’sila, et 1 cas à Constantine, Médéa et Mila. Aucun nouveau cas du variant nigérian n’a été détecté.