Quand et auprès de qui acheter le vaccin anti-Covid-19 après que plusieurs laboratoires eurent affirmé avoir mis au point un antidote efficace à 95% est une question pour laquelle des pistes commencent à se dégager même si, pour l’heure, elles manquent de précisions, car il s’agit pour l’Algérie de ne pas se précipiter et de faire le bon choix.
S’exprimant sur une échéance, le membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, Elias Ag Bey Akhamoukh, a indiqué que «le premier arrivage du vaccin contre le nouveau coronavirus en Algérie est attendu pour le premier trimestre de l’année prochaine». En attendant, la liste des laboratoires dont le vaccin dépasse ou atteint une efficacité entre 90 et 95% s’allonge rapidement. Ils sont au moins quatre laboratoires à l’avoir annoncé, à savoir Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZenaca-Oxford et Spoutnik V. Des pays ont déjà passé commande, notamment les Européens et les Etats-Unis, pour vacciner leurs populations dès que le vaccin sera commercialisé.
L’Algérie qui n’a pas encore pris de décision auprès de quel laboratoire elle compte acquérir l’anti-coronavirus poursuit ses consultations et contacts, que ce soit avec les pays fabricants par le biais de leurs représentations diplomatiques ou directement avec les laboratoires fabricants qui sont présents à travers des filiales dans le pays, comme c’est le cas pour Pfizer, AstraZeneca, ou encore Sanofi. Mais il semble que la liste rétrécit et des pistes se dégagent au vu des avancées de certains laboratoires dans leurs recherches par rapport à d’autres et des conditions de conditionnement et de stockage exigés pour la conservation des vaccins.
«L’Algérie est bien placée, elle est en train d’observer et ne veut pas se presser pour faire son choix. Elle a fait des vœux d’intention et s’est intéressée à tous les travaux en cours sur lesquels elle s’informe régulièrement, comme en témoignent les rencontres du ministre de la Santé avec les laboratoires AstraZeneca, Pfizer et Sanofi, ainsi que les ambassadeurs de Chine et de Russie», a déclaré le Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique. Pour lui, il est encore tôt pour se prononcer sur un quelconque fabricant, estimant que les annonces avancées pour les taux d’efficacité des vaccins sont «une surenchère qui est encore invérifiable au stade actuel».
Certains vaccins annoncés doivent être conservés à des températures de -70° et -40°C, comme ceux de Pfizer-BioNTech et Moderna, ce qui relève d’un véritable défi pour des pays comme l’Algérie, cela d’autant que les coûts supplémentaires qu’engendre une telle conservation ne sont pas des moindres, sachant, par exemple, que le prix d’un conteneur à cette température – que l’Allemagne est déjà en train de fabriquer – est d’environ 20.000 dollars. C’est ce que le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a qualifié de «contraintes».
«En Algérie, on voit mal comment logistiquement on arrivera à satisfaire les conditions de conservation d’un vaccin à-70°C. Il faudra aussi réfléchir à sa distribution dans des wilayas qui ont des températures élevées, comme Ouargla, Illizi, etc. Outre les prix élevés des containers, il faudra aussi voir celui des injections car il y a des laboratoires qui proposent le vaccin en deux doses, donc en deux injections, ce qui fait que le prix va doubler…», a souligné notre interlocuteur. «Ne nous pressons pas, nous avons encore du temps», dit-il, sans écarter, par ailleurs, l’éventualité de «faire appel à plusieurs types de vaccins».
Ces déclarations qui viennent après celle du ministre Benbouzid à propos des «contraintes» et celle du Premier ministre Abdelaziz Djerad de «ne pas se précipiter» confortent, en quelque sorte, que certains laboratoires ne pourraient peut-être pas figurer dans les tablettes de l’Algérie pour l’acquisition d’un vaccin pour des raisons objectives. Que reste-t-il alors comme choix au vu des annonces faites jusqu’à présent d’un vaccin efficace à 95% ? Dans ce sens, Dr Bekkat Berkani relève que l’on pourrait s’approvisionner auprès de plusieurs fournisseurs citant, à titre d’exemple, «la Chine qui a déjà commencé à vacciner et avec laquelle nous avons des relations étroites» et «de bons contacts – par visioconférence – durant cette pandémie pour échanger sur le coronavirus». Il a cité également «la Russie avec laquelle nous avons des relations satisfaisantes sur tous les plans». Ce sont deux pays dont les ambassadeurs ont déjà été reçus par le ministre de la Santé, rappelle-t-on. «Ce sont des relations d’Etat à Etat qui sont satisfaisantes. Nos relations avec les grands laboratoires et les multinationales comme Pfizer, AstraZenaca et Sanofi qui fabriquent déjà des médicaments en Algérie sont également excellentes», a-t-il argumenté, tout en insistant que «notre objectif est d’acquérir un vaccin efficace».
Pour le moment, dit-il, «l’Algérie est dans l’initiative Covax et se range derrière l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui donnera les homologations pour les vaccins après la vérification de leur conformité par les laboratoires indépendants». Il s’agira aussi d’attendre que les laboratoires fabricants obtiennent les agréments – se basant aussi sur des études indépendantes – dans leur pays respectifs. Cela engage «la responsabilité de la FDA (agence de médicament américaine) et de l’Agence du médicament européenne qui doivent délivrer les agréments, mais également l’OMS à qui il reviendra de dire quels sont les vaccins les plus efficaces, le rapport qualité/prix qu’ils présentent. n