Attendu depuis plusieurs mois, le procès d’Abdelghani Hamel, ancien patron de la Sureté nationale (DGSN), et de Nouredine Berrachedi, ex-chef de Sûreté de la wilaya d’Alger, a été reporté une nouvelle fois. Ce report, le cinquième du genre, a été prononcé hier par le Tribunal de Blida qui a renvoyé l’affaire au 25 juin.
Le report a été motivé par le besoin d’assurer la présence des témoins au même titre que les accusés qui rejettent encore une fois une audience en visioconférence. Abdelghani Hamel et Noureddine Berrachdi sont poursuivis pour «abus de fonction pour l’obtention d’indus privilèges à caractère professionnel en vue de la préservation du poste de Directeur général de la Sûreté nationale (DGSN) ou d’un poste supérieur en vertu de l’article 33 de la loi relative à la prévention et la lutte contre la corruption».
Le 3 mai dernier, les deux accusés avaient refusé un jugement à distance, proposé par le juge, au titre des mesures visant à freiner la propagation du nouveau coronavirus (Covid-19), en application de l’instruction du ministre de la Justice, dictée par la situation sanitaire traversée par le pays. La succession des reports de ce procès repose ainsi sur les mesures de prévention dans le sens où le ministre de la Justice Belkacem Zeghmati a émis, le 16 mars dernier, une instruction portant sur la suspension des audiences du Tribunal criminel, en première instance et en appel, ainsi que les audiences correctionnelles, à tous les niveaux à l’exception de celles déjà engagées. Le public ne sera pas autorisé à assister aux procès qui se dérouleront, désormais, à distance, dans la mesure du possible, au moment où il a été, aussi, décidé la suspension de la sortie des détenus des prisons à la demande du juge d’instruction, sauf en cas de nécessité absolue liée à la détention provisoire, ainsi que la rationalisation du recours à la citation directe par les Procureurs de la République. Sauf que ce même procès avait été reporté à la mi-mars à la demande du Collectif de défense des accusés, qui avait invoqué l’absence de tous les témoins, à leur tête l’ancien ministre de la Justice, Tayeb Louh (en détention) en raison de son état de santé nécessitant une intervention chirurgicale, selon une attestation médicale présentée au tribunal, outre la «non-réunion des conditions d’un procès public à cause de la situation sanitaire traversée par le pays».
Mais cette affaire semble engager d’autres noms ayant eu à accomplir des responsabilités dans la haute hiérarchie de l’Etat, citant dans ce sens le nom de l’ancien Premier ministre, Noureddine Bedoui, qui fait face, selon des indiscrétions, à des poursuites et des enquêtes des services de sécurité et judiciaires. Des sources indiquent que Bedoui a été écouté dans deux affaires distinctes dont celle en relation avec le dossier de Hamel dont le procès est désormais renvoyé au 25 juin. Mais avant cette date, l’ancien patron de la DGSN a rendez-vous demain 2 juin dans un autre procès, au niveau du Tribunal de Boumerdès. L’affaire en question implique, en plus de l’ancien patron de la police, d’autres hauts responsables notamment deux anciens walis de Tipasa, l’ancien Directeur de la Sûreté de la même wilaya, l’ex-Directeur de l’Industrie ainsi que le fils de Hamel. Les co-accusés sont poursuivis, faut-il le rappeler, pour «obtention illégale de fonciers agricoles», «abus de pouvoir» et «activités illégales».
Le report du procès, prévu le 26 mai dernier, faisait suite au «refus du Collectif de la défense des accusés d’un jugement à distance», inscrit au titre des mesures de prévention contre le coronavirus affirmant tenir à un jugement en comparution. Le Tribunal de Sidi M’Hamed avait condamné l’ancien chef de la DGSN, le 1 avril dernier, à 15 ans de réclusion criminelle et une amende de 8 millions de dinars. Il était poursuivi pour «corruption et enrichissement illicite» alors que son épouse Annani Salima est condamnée à deux ans de prison ferme et une amende de 1 million de dinars. n