Poursuivant sa série de recommandations visant à assister une économie nationale, mise à très rude épreuve par la pandémie du coronavirus, le Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (Care) réitère son appel, déjà lancé l’année dernière, pour une numérisation «immédiate» de cette économie. Une démarche qui permettrait à de nombreuses entreprises, plusieurs secteurs toutes branches confondues de se maintenir en activité et d’éviter la fermeture avec pour, entre autres conséquences, une hémorragie sans précédent dans le marché de l’emploi.

C’est pourquoi la numérisation constitue l’une des barrières anti-Covid pour la protection de nombreuses entités économiques, relève Care. Dans cet ordre de réflexion, il préconise d’«activer le e-paiement, encourager le télétravail au sein de l’administration ainsi que dans le secteur public et privé, favoriser le-Learning e et rendre admissible les formations à distance, permettre le e-fonctionnement des organes de gestion des entreprises tels que les assemblées générales, les conseils d’administration, etc. et permettre l’augmentation de la limite de crédits temps pour les usagers de la téléphonie mobile».
En cette période inédite de crise sanitaire, qui fait du confinement le principal outil de prévention contre la propagation du virus mortel, la distanciation sociale peut être économiquement brisée dans bien des secteurs pouvant compter sur l’apport de la numérisation. Sauf que sur ce registre, comme d’ailleurs sur de nombreux registres, le coronavirus est venu rappeler combien l’Algérie se trouve distancée par rapport à de nombreux pays émergents qui font de la numérisation une arme de développement économique depuis déjà quelques décennies.
Ce n’est sans doute pas par simple hasard que parmi les chantiers lancés par le président Tebboune figure justement la numérisation de nombreux secteurs dont les secteurs économiques. C’est d’ailleurs dans cette perspective qu’est né un ministère Chargé de l’économie numérique et la Modernisation des systèmes financiers, avec «comme priorité de mettre en place l’écosystème de l’économie numérique et d’assurer sa profitabilité à l’économie nationale».
Quelque mois après la création de ce département, le coronavirus est venu confirmer toute son utilité, en période normale, mais aussi, et surtout en période de crise. D’où l’appel renouvelé du Care qui, faut-il le souligner, n’est pas le seul à privilégier cette piste. En effet, opérateurs économiques et organismes divers ne cessent depuis des années à mettre en évidences l’indispensabilité de la numérisation comme escorte au développement économique.
Ceci étant, cette numérisation semble avoir marqué beaucoup de points depuis la mise en place des mesures sanitaires contre le coronavirus. Outre le télétravail adopté par les entreprises de certains secteurs, les transactions ont visiblement été boostées, enregistrant actuellement des chiffres record. C’est ce qu’avait laissé entendre l’administrateur du GIE Monétique, Madjid Messaoudene, qui met cette évolution positive sur le compte des nouveaux comportements des citoyens dans les conditions de distanciation sociale. «Nous avons constaté que les transactions via Internet ont augmenté considérablement depuis le début de la crise sanitaire. Beaucoup de personnes préfèrent utiliser leurs cartes pour éviter le déplacement aux banques, aux agences de Sonelgaz ou de Seaal…», a souligné M. Messaoudene à l’APS.
Dans le détail, il a indiqué que le nombre des opérations de paiement en ligne à travers les deux cartes (CIB et Edahabia), effectuées du 1er janvier au 30 mars 2020, s’est élevé à 441 531 transactions, soit la moitié du nombre d’opérations de l’ensemble de l’année 2019 (873 679 transactions via cartes CIB et Edahabia).
Depuis le début janvier 2020, GIE Monétique a décidé d’intégrer dans des statistiques, qui portaient auparavant sur les activités bancaires uniquement, les chiffres d’Algérie Poste, soulignera M. Messaoudène, avant de noter que «les banques n’ont pas manqué d’encourager davantage leurs clients à privilégier l’utilisation des moyens électroniques, notamment les paiements via Internet et TPE». «De leurs côté, plusieurs commerçants ont compris qu’avec les restrictions sur la mobilité durant cette période, le meilleur moyen pour écouler leurs stocks était d’ouvrir la possibilité de payer à distance par carte», a relevé M. Messaoudene, selon qui GIE Monétique «a reçu un bon nombre de dossiers d’agrément de la part d’opérateurs qui veulent vendre des biens en ligne».
L’e-paiement en Algérie s’est ouvert début 2020 sur ce nouveau créneau, qui a déjà enregistré neuf transactions en janvier dernier, a noté le même responsable, ajoutant que le paiement par Internet des achats de biens est permis depuis la promulgation de la loi 18-05 du 10 mai 2018 relative au commerce électronique. Mais l’opération n’a pas été sans obstacles puisque des opérateurs ont eu plusieurs difficultés notamment en matière d’hébergement local du site et des normes de sécurité exigées.
Nonobstant ces obstacles, les transactions de paiement via Internet ont connu en 2019 une «hausse inédite de 51,5%, porté notamment par le boom des achats en ligne de billets d’avion et l’émergence des prestataires de services sur le web algérien». Selon les chiffres du GIE Monétique, organe régulateur du système monétique interbancaire, 202 480 transactions ont été réalisées durant 2019 en utilisant la carte interbancaire (CIB) avec un montant global de 503,87 millions de dinars.<