L’Olympique de Marseille fait un pari. En choisissant Jorge Sampaoli, arrivé cette semaine pour succéder à André Villas-Boas, le club phocéen s’est offert l’un des rares coaches qui, par sa personnalité et ses idées, peut remettre le club à l’endroit. Même s’il n’apporte que peu de certitudes sur l’avenir à moyen et long terme. On ne s’est pas amusé à compter, mais si l’on devait miser sur le terme le plus utilisé par Pablo Longoria depuis son arrivée à Marseille, on mettrait une pièce sur le mot «opportunité».
Le nouvel homme à tout faire du club olympien est un obsédé du bon compromis et c’est assurément à travers ce prisme qu’il faut analyser l’arrivée de Jorge Sampaoli sur le banc marseillais. Du point de vue footballistique, le technicien argentin, qui doit observer une période d’isolement après avoir débarqué à Marignane, ne partage rien avec son prédécesseur, André Villas-Boas – on y reviendra.
Mais si l’on pouvait «catégoriser» les entraîneurs par leur statut, ces deux-là auraient plus sûrement quelque chose en commun ; ni l’un ni l’autre ne fait partie des coaches que les cadors européens s’échangent, mais ils vivent encore, tous deux, sur une réputation bâtie autour d’une période de référence. Porto pour AVB. Le Chili pour Sampaoli.

SAMPAOLI, UN CARACTÈRE DE FEU POUR… APAISER LE CLIMAT ?
La comparaison s’arrête là, puisque tout les oppose sur les autres plans, à commencer par celui du jeu. L’un est devenu pragmatique adepte du 4-3-3, l’autre est un impulsif sans système référent, obsédé par le pressing après avoir bu, des mois et des mois durant, les paroles de son modèle, Marcelo Bielsa. Dans le championnat qu’est la Ligue 1, l’un était une assurance de résultats – court-termistes -, renvoyant l’OM en C1 après sept ans d’abstinence, battant le PSG après neuf saisons d’échecs. L’autre ouvre des perspectives d’un engouement nouveau, bâti sur le terrain.
C’est ici, en partie, qu’est le compromis : dans un monde idéal, l’ex «head of football» et nouveau président du club aurait dégoté un entraîneur capable de garantir à la fois du spectacle et des résultats. Mais primo, les coaches appartenant à cette caste se comptent sur les doigts d’une main. Secundo, très peu d’entre eux sont sur le marché. Tertio, ceux qui le sont n’ont aucune raison de s’intéresser au chantier marseillais. Maurizio Sarri, par exemple, a très vite décliné la proposition. La direction phocéenne a donc opté pour un virage à 180° qui, aussi paradoxal que cela puisse paraître, ressemble au choix de la raison. Avant de penser à ses objectifs à court et moyen-terme, l’OM doit d’abord apaiser un climat d’extrêmes tensions et de rupture profonde avec ses supporters, après des semaines de chaos qui ont même atteint la sphère politique.

PARTI POUR NE PAS DURER ? TANT MIEUX !
C’est finalement là l’essentiel, même si ce pourrait aussi être un coup de poker. Avec Sampaoli, la mayonnaise prend, parfois, mais là recette est toujours floue : au Brésil, il a failli avec l’Atletico Mineiro qui lui avait pourtant offert bien plus de moyens qu’il n’en avait eus à Santos, où il avait réussi. La fin, elle, tourne vite au vinaigre. Sa dernière expérience à Belo Horizonte a démontré, une fois de plus, que l’Argentin aux bras tatoués n’était certainement pas un entraîneur qui porte un projet Au fond, qu’importe. L’OM n’est toujours pas suffisamment structuré sur les plans de la formation, du sportif et de l’économie pour se mettre à hauteur de ses ambitions.
Avant de claquer la porte, Villas-Boas avait dit agir dans le but de lancer une «année zéro» dès l’été prochain. En réalité, le club phocéen repartira de rien dès la semaine prochaine sans que cela n’augure un cycle long. Il y a bien longtemps que les histoires d’amour entre le club et ses entraîneurs tournent court. Avec Sampaoli, la réciproque est vraie aussi. n