Par Hakim Ould Mohamed
L’inflation est de retour et les quelques indicateurs disponibles dans la note statistique diffusée, dimanche, par l’Office national des statistiques (ONS) permettent de comprendre ses origines. Le taux d’inflation a grimpé à 3,9% en mai sur un an, soit le taux le plus élevé depuis plusieurs mois. Mais l’élément à surveiller de près, et non des moindres, est l’évolution de l’Indice des prix des produits alimentaires industriels.
Les prix des produits industriels se sont caractérisés par une légère hausse de 0,8% en mai 2021, en glissement annuel, traduisant un relèvement des prix des huiles et graisses (+1,2%), des sucres et produits sucrés (+1,7%) et des pains et céréales (+0,8%) en mai dernier par rapport au mois d’avril 2021. Il se trouve que ces produits, dont l’Algérie est un des grands pays importateurs, ont connu d’importantes hausses sur le marché mondial tout au long de l’année 2020, ainsi que durant le premier semestre de l’année en cours, ce qui suggère que la tension inflationniste ressentie durant la période mai 2021-mai 2020 est due, en partie, à la hausse des prix des produits alimentaires sur le marché mondial. Il s’agit donc d’une inflation importée, aggravée par des facteurs endogènes. En juin dernier, l’Institution des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a indiqué, dans son indice mensuel des prix des produits alimentaires, que ceux-ci ont enregistré leur plus forte hausse mensuelle depuis plus d’une décennie, précisant que son Indice des prix des produits alimentaires s’est établi en moyenne à 127,1 points en mai, soit 4,8% de plus qu’en avril et 39,7% de plus qu’en mai 2020. L’indice FAO a atteint en mai son plus haut niveau depuis septembre 2011 et ne se situe plus qu’à 7,6% de son record historique en valeur nominale. Les céréales, les huiles végétales, le sucre ainsi que les produits laitiers, dont l’Algérie est un des plus grands importateurs mondiaux, ont tous connu des variations à la hausse. L’Indice FAO des prix des céréales a gagné 6,0% depuis avril et enregistre une valeur moyenne supérieure de 89,9% à celle de mai 2020. L’Indice FAO des prix des huiles végétales a grimpé de 7,8% en mai, alors que les prix du sucre sont en hausse de 6,8% par rapport à avril. En revanche, l’Indice FAO des prix de la viande a progressé de 2,2% par rapport à avril, tandis que les prix des produits laitiers ont enregistré une hausse mensuelle de 1,8%, affichant une valeur moyenne supérieure de 28% à celle de l’année dernière à la même période.
Ainsi, ce sont les coûts des intrants qui dopent les prix des produits alimentaires industriels, dont la production dépend en grande partie des matières premières importées. Cela est valable pour les produits céréaliers, les produits laitiers ainsi que pour les huiles végétales. Ce n’est pas pour rien, d’ailleurs, que les produits alimentaires industriels ont poursuivi leur hausse durant les cinq premiers mois de l’année en cours, dont la variation est supérieure de +5% par rapport à la même période de 2020. Ces quelques indicateurs contenus dans la note de l’ONS confirment l’option d’une tension inflationniste dopée particulièrement par la hausse des prix sur le marché mondial.
Si les hausses des prix des intrants s’est traduit par une hausse des coûts de production et des prix à la consommation, la dépréciation du dinar n’a fait qu’aggraver les choses. Dans son rapport de présentation de la loi de finances complémentaire de l’actuel exercice, le gouvernement a reconnu que le marché des changes s’est caractérisé, en 2020, par une dépréciation du dinar par rapport au dollar de 5,9% et par rapport à l’Euro de 7,7%. Le dinar s’est échangé, en moyenne annuelle en 2020, à 126,82 DA pour un dollar et à 144,85 DA pour un Euro, contre, respectivement, 119,36 DA/dollar et 133,71 DA/Euro, en moyenne annuelle en 2019. En fin de période (31 décembre 2020), le dinar s’est échangé à 132,13 DA pour un dollar et à 162,4 DA pour un Euro. Ainsi, la poussée d’inflation observée en mai en glissement annuel tire, en partie, son origine de la hausse des prix des produits alimentaires sur le marché mondial, laquelle tension a été, cependant, aggravée par les ajustements qu’a connu le dinar tout au long de l’année dernière. n