Le dinar amorce une nouvelle tendance vers la dépréciation sur le marché officiel des changes.
La monnaie nationale a perdu davantage cette semaine face aux principales devises d’échange.
Les cotations de la banque d’Algérie, effectives jusqu’au 11 du mois en cours, fixent la valeur
de l’euro à 151,91 dinars, un plus haut inégalé, qui confirme, bon gré, mal gré une tendance
qui s’accélère au profit d’une érosion plus prononcée de la monnaie nationale.

L’écart se creuse aussi avec le dollar ; la valeur du billet vert est fixée à 128,28 dinars. Cela représente aussi un nouveau record, alors qu’aucun facteur favorisant une inversion de la tendance ne pointe à l’horizon. En d’autres termes, il n’y a aucune raison pour que le dinar puisse se corriger de sitôt face aux principales devises, l’euro et le dollar en l’occurrence. Ces principales monnaies étrangères vont peut-être amorcer une nouvelle tendance vers l’appréciation face au dinar. Autrement dit, le dinar devrait poursuivre sa dépréciation face à l’euro et au dinar sur le marché officiel, évoluant ainsi en fonction du mouvement des fondamentaux, lesquels ont beaucoup baissé depuis la dépression qu’a connue le marché pétrolier à la mi-2014. Depuis peu, les cours pétroliers mondiaux se sont remis à chuter, faisant ressurgir les vieux démons de l’économie algérienne, plus que jamais malade de ses carences structurelles, de sa faible diversification, de ses déficits chroniques et de sa faible résilience face aux chocs externes. Le taux de change du dinar a été utilisé par la banque centrale depuis 2014 comme étant un des outils de la politique monétaire qui étaient mis en avant pour amortir les conséquences de la baisse des prix du pétrole sur les indicateurs macroéconomiques du pays. « Le taux de change a joué dans une large mesure son rôle d’amortisseur de chocs externes, par sa flexibilité soutenue par les interventions de la Banque d’Algérie sur le marché interbancaire des changes. En effet, afin de prévenir toute appréciation du taux de change effectif réel dommageable pour la stabilité macroéconomique à moyen terme, la relative flexibilité du cours du dinar sur le marché interbancaire des changes permet d’absorber, en partie, l’effet de la chute des prix du pétrole. Les interventions de la Banque d’Algérie sur ce marché s’inscrivent dans cet objectif stratégique », lit-on dans les différentes notes de conjoncture de la banque centrale.
Les économistes s’attendent à ce que la dépréciation du dinar se poursuive dans les mois, voire les années à venir, étant donné que son appréciation dans une telle conjoncture de crise serait dommageable pour l’économie. Dans son dernier rapport de suivi de la situation économique en Algérie, la Banque mondiale avait plaidé ouvertement en faveur d’une dévaluation du dinar. « Les mesures passées et présentes prises par les pouvoirs publics pour tenter de régler la question du double déficit, dont les restrictions des importations ou le financement monétaire, constituent des solutions à court terme qui devraient être complétées par des réformes visant à remédier aux faiblesses structurelles de l’économie. La dépréciation du taux de change pourrait apporter une nouvelle bouffée d’oxygène », écrit l’institution de Bretton Woods dans son rapport d’avril dernier. Sur le marché informel, la valeur du dinar était stable ces dernières semaines, à l’exception de quelques légères variations haussières sporadiques, faute d’une demande suffisante ; celle-ci étant fragilisée par la propagation de l’épidémie de coronavirus et la fermeture des frontières de nombreux Etats. Un euro se négociait, hier, à 192 dinars au Square Port Saïd, tandis que la valeur du dollar a quelque peu baissé, à 163 dinars, alors qu’il caracolait, il y a quelques jours, à 170 dinars, encouragé par les politiques de déconfinement à travers le monde. n