Le Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo) est sur le pied de grève ! Il s’apprête à lancer, dès samedi prochain, un mouvement de protestation pour « dénoncer » et s’élever contre les « dérives » programmées par la nouvelle loi sanitaire.

« Le principe du recours à la grève pour défendre les droits de la profession, que la nouvelle loi sanitaire menace de bafouer, est retenu », a déclaré hier à Reporters le président du syndicat, Messaoud Belambri.
Au discours d’ordinaire modéré, le numéro 1 du Syndicat national des pharmaciens d’officine s’est montré, hier, « courroucé » contre le texte de loi présenté actuellement devant les députés de l’APN par le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière. Il a évoqué la «certitude pour les acteurs de la profession d’aller vers une grève illimitée», dont l’organisation sera discutée aujourd’hui lors de la « réunion urgente  du bureau national du syndicat », a-t-il ajouté. Le Snapo s’insurge contre la suppression de l’article de loi  qui stipule que « le pharmacien est unique propriétaire et unique gestionnaire de son officine ». L’oblitération de cette disposition juridique va, selon le président du syndicat, «créer une rupture dangereuse» dans l’histoire de la profession dans notre pays et ouvrira la porte à des acteurs étrangers à ses règles éthiques et déontologiques comprises». «Le pharmacien doit être unique propriétaire et unique gestionnaire du fonds de commerce de l’officine pharmaceutique, afin d’éviter des associations qui amèneraient des non-pharmaciens à investir dans cette activité », a-t-il soutenu. La pharmacie, contrairement à l’acception que veut en donner  la nouvelle loi sanitaire, actuellement en débat chez les parlementaires et qui sera soumise au vote lundi prochain, n’est pas une entreprise comme les autres et toute tentative d’affirmer le contraire, argue le président du Snapo, revient à faire du métier de pharmacien une banale activité de business ouverte à toutes les tentations.
« La suppression d’une disposition de loi qui reconnaît la spécificité de notre profession et de notre activité commerciale va  toucher à l’indépendance du pharmacien.  On va permettre à n’importe qui d’exercer ce métier », a souligné Messaoud Belambri, qui craint l’arrivée de groupes pharmaceutiques internationaux dans les circuits de distribution.
« Les chaînes pharmaceutiques internationales spécialisées vont saisir  cette faiblesse pour venir exploiter le marché. Ce qui va créer un  monopole de ces chaînes et générer une menace pour la production pharmaceutique nationale », a-t-il encore estimé, en promettant d’autres explications dans les heures qui viennent pour « alerter l’opinion publique » sur les conséquences de cette nouvelle approche au cas où elle est adoptée par l’Assemblée populaire nationale le 30 avril. Le Snapo compte aujourd’hui quelque 12 000 pharmaciens d’officine répartis à travers le territoire national. Il fait partie des organisations qui ont mis en place un « Comité de liaison et de réflexion » pour étudier  l’avant-projet de loi sanitaire et faire une série de propositions d’amendements de cette loi. Plusieurs incohérences y ont été relevées, comme  l’idée, selon ces organisations, d’«élargir la notion de profession de santé aux psychologues et aux administrateurs » du secteur  et «occulte la particularité de l’exercice de la médecine et de la pharmacie ».
Ces professionnels regrettent aussi le fait que trois propositions, fortement défendues par les pharmaciens, n’aient pas été prises en compte. Il s’agit entre autres  de la répartition géographique des officines afin d’assurer  « une disponibilité et une couverture pharmaceutique de l’ensemble du territoire national » et  l’institution du statut « de pharmacien assistant ».