Reporters : La campagne de vaccination contre la grippe saisonnière a commencé mardi dernier. Contrairement au ministère de la Santé, votre syndicat affirme que le vaccin n’est pas disponible en quantités suffisantes. A quoi renvoie cette pénurie ?
Messaoud Belambri : Le vaccin connaît une forte demande, mais les pharmaciens trouvent beaucoup de difficultés à l’acquérir, car il est très peu disponible. Les quantités livrées sont très insuffisantes et le nombre de doses réceptionnées varie d’une pharmacie à une autre. Depuis le début de sa distribution, beaucoup d’officines n’ont pas reçu ce vaccin, tandis que d’autres ont eu des quantités réduites. Il y a un réel problème de disponibilité.

Qu’est-ce qui empêche aujourd’hui d’avoir une distribution normale et égale à l’échelle nationale ?
J’ignore pour quelle raison exactement. Mais ce qui est certain, les quantités proposées par les distributeurs et les grossistes sont vraiment insuffisantes et ne peuvent pas répondre, en l’état actuel, à la demande importante des patients. Mais les grossistes que nous sollicitons nous disent qu’ils ne disposent plus de ce médicament parce qu’ils ont reçu de petits quotas. L’Algérie a fait une commande pour 1,8 million de doses de vaccin antigrippal de type quadrivalent, comme l’a recommandé l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en raison du contexte sanitaire marqué par l’épidémie de la Covid-19. Cela ne va pas suffire.

A quoi renvoyez-vous cette forte demande ?
En réalité, ce n’est pas plus fort que d’habitude. Mais les quantités proposées ne suffisent pas pour répondre à la demande. Le vaccin est là, les lots commandés ont commencé à arriver et d’autres sont attendus pour les semaines à venir. Maintenant, est-ce que la quantité est insuffisante ou la demande est trop forte ? C’est ce que vont nous révéler les prochaines semaines. Dans tous les cas, la quantité livrée jusque-là est inférieure à la demande.
Je pense que c’était prévisible que les gens s’orientent vers le vaccin antigrippal en raison de la crise sanitaire et de la campagne nationale de sensibilisation, où des experts de la santé ont encouragé les gens à aller se faire vacciner.

Des pharmaciens dénoncent le «diktat et la vente concomitante » par certains importateurs et grossistes. Confirmez-vous cela ?
Absolument. Nous avons des grossistes qui nous proposent le vaccin dans le cadre d’une vente concomitante. Certains exigent des officines de s’approvisionner en d’autres produits moins demandés ou dont on n’a pas besoin pour avoir en contrepartie le vaccin. Cette pratique est inadmissible et il faut mettre un terme à ce phénomène qui pénalise lourdement les pharmaciens d’officine. J’insiste, il est inadmissible qu’un médicament soit soumis à une vente concomitante. Cette pratique pernicieuse est interdite dans tous les commerces, en particulier celui du médicament. Les grossistes et distributeurs doivent se soumettre à un code de déontologie. Il est également inacceptable qu’ils privilégient une pharmacie sur une autre en donnant de plus grandes quantités aux unes et tout en privant d’autres.

Le remboursement du vaccin antigrippal est pris en charge par la Sécurité sociale à partir de quelle date ?
Le produit a été admis pour remboursement, mais il n’y a pas eu encore de mise à jour de la liste des médicaments remboursables. Ce vaccin, après contact avec les organismes de la Sécurité sociale, a été admis au remboursement par le Comité de remboursement médical (CRM). Mais il n’est pas pris en charge dans le cadre du tiers payant, car ne figurant pas sur la liste des médicaments remboursables, mise en place par la Sécurité sociale et utilisée par les officines pharmaceutiques. On ignore toutefois combien de temps cela va-t-il durer. On ignore aussi si le remboursement, une fois introduit officiellement, aura une application rétroactive. Je rappelle que le vaccin est habituellement pris en charge dans le cadre du tiers payant pour les personnes âgées de plus de 65 ans et les malades chroniques.