Le Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP) a relancé son appel à l’urgence d’une stratégie sanitaire pour la prise en charge des malades non Covid, dont la situation est de plus de plus compliquée et pouvant mener selon cette source jusqu’au décès pour les cas les plus graves.
En effet, le président du SNPSP, Lyes Merabet, a déclaré, hier, dans les médias : «Suite aux instructions du ministère de la Santé dans le cadre de la pandémie de la Covid-19, plusieurs activités de prise en charge des malades non-Covid ont dû être arrêtées ou suspendues dans plusieurs structures de santé. Mais, aujourd’hui, il devient urgent de mettre en place une nouvelle stratégie sanitaire car les conséquences sont dramatiques pour ces malades.» Il réitère ainsi, encore une fois, l’appel déjà lancé, il y a quelques mois, à la tutelle pour instruire les directeurs de santé de la wilaya pour une réelle stratégie efficace de la prise en charge de ces malades, notamment en renforçant le partenariat entre le secteur privé et public et en impliquant la Caisse nationale de la sécurité sociale (Cnas) comme cela avait été fait pour la prise en charge des accouchements dans les services maternités des structures privées. Lyes Merabet conforte son appel en affirmant qu’«il y a vraiment une situation d’urgence au vu du cumul du nombre de malades qui n’ont pas été pris en charge ni suivis dans de nombreuses structures de santé, parce que différents services ont été transformés en unité Covid».
Parmi les services les plus touchés, la chirurgie ou encore la néphrologie où «des patients sont morts suite au report des opérations de transplantation rénale», affirme le syndicaliste.
Il ajoute affirmant que plusieurs opérations chirurgicales, qui étaient programmées des mois à l’avance, ont été suspendues à cause de la pandémie et reportées à une date indéterminée, soulignant que «pour certains patients, cela va leur faire plus d’une année d’attente et, inévitablement, leurs cas va devenir de plus en plus urgent». Il se désole ainsi «de la dégradation de la santé de nombreux malades qui n’ont pas été pris en charge à temps, avec pour conséquence l’enregistrement de nombreux décès, dont la vie aurait pu être sauvée s’ils avaient été pris en charge à temps».
Le président du SNPSP rappelle que «cela fait des mois, qu’en tant que Syndicat, nous alertons sur les conséquences désastreuses de cette situation. Nous avons, en plus d’avoir interpellé notre tutelle, alerté les services du Premier ministère et même les services de la Présidence. Mais jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas eu d’écho à notre appel, alors que la situation des malades est en train de se dégrader». Il rappelle que le SNPSP avait également fait plusieurs propositions pour trouver des solutions à cette situation, notamment en trouvant des places d’hospitalisation en dehors des structures de santé consacrées à l’accueil des malades contaminés par la Covid-19 et que dans certaines wilayas, au lieu de consacrer toutes les structures de santé aux malades Covid, il aurait été plus judicieux de consacrer un seul hôpital pour leur traitement et laisser les autres hôpitaux pour la prise en charge des malades non Covid. Le SNPSP avait également suggéré la mise en place d’une meilleure coordination entre les secteurs public et privé, pour que ce dernier prenne en charge les malades du public en partenariat avec la Cnas.
Lyes Merabet réitère encore une fois son appel pour que la tutelle revoit sa stratégie , car «l’alerte donnée il y a quelques mois est devenue aujourd’hui une réalité, surtout dans les wilayas les plus touchées par la Covid. Et par conséquent, les autres malades n’ont pas été pris en charge depuis près d’une année et dont le taux de mortalité, si la situation perdure, risque d’être dramatique».
Il y a plus d’une semaine, face aux appels de nombreux spécialistes de la santé pour la réouverture des services transformés en unités Covid pour la reprise des activités de la prise en charge des malades non-Covid-19, le professeur Lyes Rahal, Directeur des services de santé du ministère de la Santé et membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du Coronavirus, avait déclaré que «la réouverture des services qui ont été transférés pour traiter la Covid-19 est impensable et prématurée à l’heure actuelle».
Pourtant, il y a déjà plusieurs mois, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), avait alerté sur la situation des maladies non transmissibles (MNT) en déclarant que «beaucoup de personnes qui ont besoin d’un traitement contre des maladies comme le cancer, les cardiopathies et le diabète ne bénéficient pas des services de santé et des médicaments qui leur sont nécessaires depuis que la pandémie de la Covid-19 a commencé. Il est indispensable que les pays trouvent des solutions innovantes pour garantir la continuité des services contre les MNT tout en combattant la Covid-19.»
Notons que selon les chiffres de l’OMS, les maladies non transmissibles font 41 millions de morts par an, ce qui représente 71 % de la mortalité mondiale. Chaque année, 15 millions de personnes meurent d’une MNT entre 30 et 69 ans et plus de 85 % de ces décès prématurés se produisent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. <