Par Lyes Sakhi
La mise sous mandat de dépôt de l’ancien numéro 1 de l’UGTA n’a pas fait réagir l’actuelle direction de la Centrale syndicale. L’évènement est pourtant extraordinaire tant pour la Centrale et son histoire que pour le syndicalisme algérien en entier. Il l’est d’autant plus qu’Abdelmadjid Sidi Saïd n’est pas n’importe qui. C’est un syndicaliste au long cours et il a joué, lui et ses compagnons qui étaient aux commandes à l’époque, un rôle politique et syndical primordial durant les années rouges quand il fallait à l’UGTA, payant le prix du sang, de se positionner face à la menace islamiste et sa stratégie de destruction systématique des vies et des biens en Algérie.
Certes une organisation comme l’Union générale des Travailleurs algériens ne réagit pas à une décision judiciaire en cours et ne commente pas une affaire somme toute personnelle à Abdelmadjid Sidi Saïd, mis à la disposition de la justice pour une présumée affaire de corruption et de délit économique en relation avec une séquence politique – les années Bouteflika – qu’on voudrait oublier parce qu’elle rappellerait, pour certains suppose-t-on, trop de choses dérangeants. Mais tout de même ! Il y a jusqu’ici dans le silence de l’autorité actuelle de la Centrale syndicale quelque chose de symptomatique de son état présent : une structure qui, chaque année qui passe, disparaît de la scène publique qu’elle occupait jadis pour ne plus réapparaître qu’à l’occasion des anniversaires et des commémorations ou pour murmurer son hostilité aux syndicats autonomes. Une organisation qui, à force de plus rien dire ou faire, consomme à une vitesse grand « V » son patrimoine militant, politique et syndical fondé dans le feu de la Guerre de libération.
C’est à croire qu’à l’antique « Maison des travailleurs » on ne débat plus et on ne discute plus de ces questions qui la concernent au plus haut niveau – comme d’assister à la mise sous mandat de dépôt pour malversation d’un ex-patron historique comme si de rien n’était et comme si l’affaire Sidi Saïd n’était pas propice à un devoir d’introspection – et qu’on est là à attendre les anniversaires et les commémorations du 24-février ou du 1er mai par exemple pour se prendre en photo souvenir en présence d’un ministre ou d’un représentant du gouvernement.
L’image est sévère, mais elle n’est pas totalement fausse. En conservant le silence sur l’affaire Sidi Said, l’UGTA s’abstient comme d’ordinaire de faire le bilan de son parcours depuis une vingtaine d’années et d’avoir le courage non pas pour défendre ou de se venger d’un responsable qui a eu son temps de splendeur et de misère syndicale, mais de faire l’inventaire d’une politique syndicale dont on ne sait quelle orientation elle a.