A l’approche de la rentrée scolaire mercredi pour les établissements du cycle primaire, les syndicats craignent ce rendez-vous qui va marquer le retour des élèves après plusieurs mois d’absence à cause de la pandémie. Les derniers chiffres de contamination au virus qui repartent à la hausse – 205 nouveaux cas hier- font, en effet, craindre une rentrée sous haute surveillance que les autorités veulent réussir à travers le protocole sanitaire mis en place.
C’est le cas de l’Organisation nationale des parents d’élèves (ONPE) qui fait part de son «anxiété» quant aux conditions dans lesquelles va se dérouler la rentrée des classes. «Je crains pour la santé des élèves, des enseignants et du personnel administratif», dit d’emblée Ali Benzina, président de l’ONPE, joint par Reporters.
Estimant que le maintien ou le report de la rentrée scolaire «devrait être adapté à l’évolution de la situation épidémique», M. Benzina rappelle que «les écoles ont été fermées en mars dernier lorsque le pays n’enregistrait que des dizaines de cas à la Covid-19». C’est la raison pour laquelle, pour notre interlocuteur de se demander «si la tutelle va maintenir la date de la rentrée pour ce mercredi alors que les cas de contamination dépassent, depuis quelques jours, la barre des 200».
«Nous craignons une explosion de contaminations dans le cas où les élèves se rendent à l’école ce mercredi», alerte le président de l’ONPE, qui ajoute que le président de la République, compte tenu de ses prérogatives constitutionnelles, est en mesure de repousser une nouvelle fois la date de la rentrée scolaire, car «l’épidémie pourra se propager en un laps de temps avec la reprise de six millions d’élèves cette semaine et des centaines de milliers de travailleurs du secteur», dit-il. Le président de l’ONPE espère que les autorités publiques et le Comité de suivi de l’évolution de coronavirus vont s’exprimer pour le report de la rentrée des classes si le nombre de contamination venait à être toujours en hausse. «Je ne pense pas que le président de la République ou le comité vont mettre en péril la vie des écoliers, des employés du secteur, des parents et de la société entière», poursuit M. Benzina.
Contrairement à M. Benzina, Khaled Ahmed, président de l’Association nationale des parents d’élèves (ANPE) est contre tout report de la rentrée. Pour lui, le report risque de compromettre l’avenir des écoliers et compliquer la tâche des éducateurs avec le cumul des cours perdus. Il appelle, dans ce sens, à «une application stricte du protocole sanitaire». «La rentrée doit avoir lieu dans les meilleurs délais», dit Khaled Ahmed. Ce dernier parle d’une rentrée «exceptionnelle» qu’il qualifie de «véritable casse-tête» au vu des circonstances actuelles liées à la crise sanitaire. Ce dernier pointe du doigt une «gestion catastrophiques» des établissements du primaire par les APC dont la majorité est «financièrement déficitaire», relevant que «le ministère de l’Intérieur a mis à la disposition des APC une enveloppe financière spéciale pour l’application stricte du protocole sanitaire au niveau des établissements du primaire. «Mais la gestion compromise des APC nous préoccupe car un nombre important d’écoles primaires se sont mal préparées pour cette rentrée», dit le président de l’ANPE qui appelle ainsi à l’implication de la société civile souhaitant aider les écoles pour mettre à exécution le protocole sanitaire.
Sans impliquer le syndicat dont il est le porte-parole, Abdelouahab Lamri Zegar de l’Unpef, dit redouter cette rentrée qui intervient dans un contexte de hausse des cas de contaminations au coronavirus. «Personnellement, je trouve que c’est toute la société qui a peur de ce rendez-vous», dit M. Zegar qui fait savoir que son syndicat se réunira aujourd’hui pour débattre de cette situation. Face à cette situation, l’enseignement à distance est-il une alternative à privilégier dans le cas de report de la rentrée scolaire ? Nos interlocuteurs pensent que tous les élèves ne disposent pas des outils informatiques nécessaires.
«L’Algérie est un pays qui souffre de coupures internet et d’un faible débit. La lenteur du débit ne favorise pas les cours à distance sachant que ce ne sont pas tous les élèves qui ont accès à la chaîne de télévision publique «al maarifa», consacrée à l’enseignement à distance par «manque de moyens», dit M. Zegar. Ce dernier qui doute de la «pertinence» des cours donnés à distance préfère ne pas priver l’élève de l’interaction avec son enseignant», ajoutant que le plus important est de «savoir rétablir et maintenir le lien avec les élèves en rupture avec les écoles depuis sept mois». Les cours à distance, selon l’Onpe, n’est pas «une alternative» à proposer aux élèves notamment à cause du faible débit internet et le manque de moyens des familles algériennes.
Pour rappel, lors d’une rencontre de concertation avec la tutelle, les syndicats du secteur ont appelé à une adaptation du programme scolaire, la révision à la baisse du contenu de matières secondaires, la réduction de volume horaire et de programmer des cours le samedi pour rattraper les cours perdus. <