L’actualité nationale a été marquée durant ces dernières soixante-douze heures par le phénomène de la migration clandestine, la «harga», et la reprise d’activité des réseaux de passeurs vers l’Espagne notamment, comme semble l’indiquer l’information sur ces 418 Algériens interceptés à différents endroits des côtes ibériques.
A l’occasion, le débat, souvent polémique, sur les raisons de cet exode reprend de plus belle. Il partage ceux qui affirment, chiffres à l’appui, que les tentatives de gagner clandestinement les côtes européennes, via l’Espagne ou l’Italie, n’ont jamais véritablement cessé depuis près d’une vingtaine d’années, lorsque c’est devenu une question politique et diplomatique de l’Algérie face à ses partenaires de l’UE. Et ceux qui considèrent volontiers que le mouvement s’est accentué durant ces derniers mois, l’expliquant comme une conséquence de la crise politique dans le pays et de l’horizon devenu limité du Hirak, le mouvement populaire pour le changement né un certain 22 février 2019.
Ce point de vue est synthétisé par le sociologue Nacer Djab. Il estime qu’«avec l’éclipse du Hirak de l’espace public, à cause de la crise sanitaire notamment, l’espoir du changement chez les jeunes et les moins jeunes s’est affaibli». «Le pessimisme qui règne actuellement à tous les niveaux n’est pas à l’encouragement. Les Algériens qui avaient en tête le projet d’un Etat démocratique où l’individu est au centre, qui rêvaient de plus de liberté et d’un mieux-être socio-économique, sont aujourd’hui profondément déçus». Cela incite beaucoup d’entre eux à chercher d’autres voies de secours y compris les plus extrêmes, explique le sociologique, qui affirme avoir observé une «baisse sensible de la harga aux premières semaines du mouvement populaire pour le changement».
Pour Nacer Djabi, le nombre important de «harraga» interceptés ou signalés durant ces derniers jours est synonyme d’un «divorce consommé» avec le pays, l’Etat, ses institutions et ses représentations. C’est le synonyme, ajoute-t-il, de la disparition du «rêve collectif d’instaurer une Algérie pour tous les Algériens». De plus, enchaîne-t-il, «il n’y a pas de discours qui apaise». «La crise sanitaire que nous vivons depuis plusieurs mois, les ratés de sa gestion ont aggravé les choses et créé un climat de déprime. Les circonstances que nous vivons ont aggravé les problèmes déjà existants.»