Le ministre délégué chargé de la Prospective, Mohamed-Cherif Belmihoub, a jeté un gros pavé dans la marre, hier, en levant le voile sur le montant des budgets alloués par l’Etat à ces entreprises. Selon lui, pas moins de 250 milliards de dollars ont été alloués par l’Etat au secteur public marchand sur les 25 dernières années. Un chiffre effrayant qui témoigne de l’ampleur des budgets engloutis par le secteur public.

Rares sont les budgets qui se sont traduits par un retour sur investissement, surtout lorsqu’on voit l’état de crise dans lequel se sont empêtrées aujourd’hui les entreprises publiques, plus que jamais dépendantes des financements de l’Etat. Mohamed-Cherif Belmihoub a souligné, à ce propos, que «le budget de l’Etat ne peut plus supporter les défaillances de certaines entreprises publiques», plaidant en faveur de la mise en œuvre d’une réelle réforme du secteur public, notamment en ce qui concerne les droits de propriété. «Un Etat propriétaire intervient sur son entreprise par le capital et non par la subvention qui produit de la perversion. On est en droit de se poser la question pourquoi ces entreprises sont aujourd’hui sous capitalisées ?». Le ministre remet au centre de la polémique une question aussi sensible que complexe. Le cas ENIEM (Entreprise nationale de l’industrie de l’électroménager) a défrayé la chronique ces dernières semaines, notamment après la fermeture de ses ateliers, faute de financements. Les économistes sont unanimes à dire que l’ENIEM n’est que l’arbre qui cache la forêt, puisque les entreprises publiques qui dépendent des financements de l’Etat pour leur fonctionnement sont nombreuses. Air Algérie n’est pas en reste.
Tout comme ENIE, El Hadjar et bien d’autres entreprises publiques sont continuellement sous capitalisées en dépit des montants faramineux que l’Etat injecte annuellement. Les budgets révélés, hier, par le ministre délégué chargé de la Prospective sont la preuve on ne peut plus claire d’une politique coûteuse et contreproductive dans laquelle s’étaient investis les précédents gouvernements. L’actuel gouvernement sait qu’il est pour le moins insensé de perpétuer cette politique destructrice de richesses. L’amenuisement des ressources l’oblige à quêter une alternative aux financements publics des sociétés étatiques. L’option d’une privatisation partielle via le marché boursier a été retenue pour certaines d’entre elles. Après l’annonce faite par le ministre des Finances, Aymen Benabderrahmane, le ministre de l’Industrie, Ferhat Aït Ali, a confirmé, récemment, la volonté de l’État d’ouvrir le capital de certaines de ses entreprises à travers la Bourse d’Alger. Cette option concernera uniquement les entreprises publiques nécessitant une recapitalisation cyclique. Ferhat Aït Ali a qualifié à la même occasion que le choix d’une privatisation via le marché boursier constitue la «meilleure option», étant donné qu’elle «permet aux épargnants algériens de refinancer le tissu industriel national réduisant ainsi le recours au Trésor public». Le financement des entreprises publiques fait ainsi débat aussi bien au sein de l’Exécutif qu’au niveau de la communauté des économistes et experts en développement et gestion des entreprises. C’est un débat qui marquera les prochains mois, voire les prochaines années en raison de l’absence d’alternatives aux financements publics des entreprises de l’Etat ; une culture bien ancrée dans les mœurs politiques et économiques algériennes.