Après les procès tenus en 2007, 2015 et 2020, l’affaire sera rejugée. La Cour suprême a donné son feu vert pour un pourvoi en cassation du verdict prononcé en 2020.

Par NAZIM BRAHIMI
L’affaire Khalifa Bank est loin d’être terminée. Elle revient au-devant de la scène pour son acte IV à la faveur de l’avis favorable de la Cour suprême pour le pourvoi en cassation du verdict prononcé en 2020.
Ce qui donne désormais lieu à un quatrième procès pour une affaire qui ne laisse, depuis son éclatement il y a une quinzaine d’années, personne insensible au vu de son ampleur, de ses conséquences économiques, mais aussi compte tenu de ses liaisons et ramifications avec les milieux de la décision politique au sommet de l’Etat.
L’affaire sera donc rejugée 15 ans après son premier épisode. Le tribunal criminel près la cour de Blida a été en effet rythmé par cette affaire à trois reprises : 2007, 2015 et 2020. Avant de rebondir pour une nouvelle séquence en ce début de l’année 2022.
Ce qui n’est pas sans susciter des interrogations quant aux motivations judiciaires ou autres dans la programmation d’un nouveau jugement. Onze autres accusés seront également auditionnés dans ce nouveau jugement qui se déroulera également au niveau du tribunal de Blida.
Lors du dernier épisode en 2020, la présidente du tribunal avait interrogé l’accusé Khalifa sur les détails de la création et de la gestion de la banque El Khalifa, notamment le mouvement et le transfert des fonds. De même qu’il a été questionné sur la gestion de la compagnie aérienne relevant de son groupe et confronté aux accusations retenues contre lui.
Dans ses réponses au juge, Abdelmoumène Khalifa avait nié toutes ces charges affirmant avoir été «victime d’un complot avec la complicité de l’ancien système».
Le tribunal criminel près la Cour de Blida avait prononcé, dans son verdict, des peines allant de 18 ans de prison ferme à l’acquittement contre les 12 accusés poursuivis dans l’affaire Khalifa Bank pour des accusations de corruption, dont le vol qualifié, l’abus de confiance, faux et usage de faux et abus d’influence.
L’accusé principal, à savoir Abdelmoumène Rafik Khalifa, ancien PDG du Groupe Khalifa, en détention, a été condamné à 18 ans de prison ferme, assortie d’une amende d’un million de DA, avec la confiscation de l’ensemble de ses biens, soit le même verdict que celui prononcé par le même tribunal criminel près la Cour de Blida, en 2015.
Une peine de huit ans de prison ferme assortie d’une amende de 500.000 DA a été également prononcée par le tribunal contre l’ancien directeur général adjoint de la société de prévention et de sécurité, l’accusé Chachoua Abdelhafid, et l’ancien directeur de l’agence Khalifa Bank de Blida, Belaid Kechad, avec la confiscation de la villa de l’accusé Chachoua Abdelhafid, saisie dans le cadre de cette affaire.
Créée en 1998, la banque Khalifa avait été dirigée par Ali Kaci. Le conseil d’administration avait confié, par la suite, la présidence du Groupe à Abdelmoumène Khalifa qui l’a géré en qualité de Président-directeur général de 1999 à 2003.
Abdelmoumene Khelifa a été remis à l’Algérie par les autorités britanniques en décembre 2013 «conformément aux procédures légales et aux dispositions de la convention judiciaire» entre l’Algérie et le Royaume-Uni, entrée en vigueur en 2007, et suite à l’épuisement de tous les recours introduits auprès de la justice du Royaume-Uni et de la justice européenne.
Auditionné lors du procès de 2020, le liquidateur de Khalifa Bank a déclaré que «86% des fonds déposés à Khalifa Bank n’ont pas été restitués à ce jour, bien que plus de 10 ans se soient écoulés après le début de l’opération de liquidation».
La faillite de Khalifa Bank a causé des préjudices financiers à 11 000 clients inscrits sur la liste des indemnisations, dont 4.000 ont vu leurs demandes rejetées, suite à la «confirmation d’une tentative d’arnaque de leurs parts pour obtenir des indemnités auxquelles elles n’ouvraient pas droit», selon M. Badsi.
Ce dernier avait révélé que les clients de la banque se sont vu offrir une compensation équivalente à 14% de la valeur globale des sommes déposées, une indemnité refusée par les détenteurs de gros dépôt.
Par ailleurs, 2.000 clients de Khalifa Bank parmi les membres de la communauté algérienne à l’étranger, «n’ont toujours pas réceptionné des indemnités estimées à 28 milliards de DA», a indiqué M. Badsi qui avait mis à profit la tribune que lui offrait le procès pour demander aux autorités de «trancher le sort de ces fonds».
Il a également fait état d’«entraves et problèmes, retardant la liquidation de Khalifa Bank», auxquelles il a dû faire face, soulignant avoir poursuivi sa mission «en dépit du non-renouvellement de celle-ci par la commission centrale de la Banque d’Algérie même après l’envoi d’une demande de renouvellement datée du 31 décembre 2019, pour laquelle il n’a reçu aucune réponse, à ce jour».