Conçu par China Great Wall Industries Corporation (CGWIC) pour le compte de l’Algérie, qui en avait pris commande en septembre 2013, Alcomsat 1, premier satellite géostationnaire de télécommunications, est en cours de mise en orbite et subira, pour au moins 6 mois, différents tests de ses fonctionnalités afin de s’assurer de ses performances avant la phase d’exploitation commerciale.

Si l’objet spatial, lancé le 11 décembre courant depuis le pas de tir de Xichang, dans la province chinoise du Sichuan, a été présenté par ses promoteurs, à leur tête l’Agence spatiale algérienne (Asal), comme le « garant » de la souveraineté nationale en matière de télécommunications, il est vrai que la littérature technique – par ailleurs publiquement accessible – qui entoure l’engin, un Dong Fang Hong 4 (DFH-4), lui attribue des usages militaires. Pour ce faire, il dispose d’un total de 33 répéteurs en bande Ku et bande Ka pour les applications civiles et en bande X, UHF et EHF pour des besoins militaires et stratégiques : la surveillance du territoire par exemple. Et plus particulièrement celle des frontières qui pourrait faire partie des attributions d’Alcomsat1. Le directeur de l’Asal, Azzedine Oussedik, l’a affirmé hier à El Aurassi, où il revenait sur ce premier lancement d’un satellite de télécommunications ainsi que ceux à venir : « La surveillance des frontières fait partie des objectifs de ce nouveau satellite. » Une capacité qui a donné à penser que la motivation qui réside derrière cette « aventure » scientifique et spatiale trouverait son origine dans le lancement par le Maroc, il y a un mois, d’un satellite, présenté alors comme « espion », destiné à épier les mouvements frontaliers de part et d’autre.
Elle pourrait paraître évidente, mais la « course aux étoiles » entre l’Algérie et le Maroc n’est pas avérée, d’autant plus que notre pays possède déjà des satellites de surveillance de la terre à basse et moyenne orbite et équipés d’instruments optiques de haute résolution qu’elle exploite depuis au moins 2010 sans avoir pour autant provoqué l’émoi général ! Pour autant, M. Oussedik insiste sur le caractère « civil » d’Alcomsat1, et de préciser que « notre satellite sera principalement utilisé dans les domaines de la diffusion de l’Internet très haut débit (20 Mb/s) sur la bande Ka qui couvre l’ensemble du territoire algérien et d’arroser en moyen débit (2 Mb/s) les utilisateurs en Afrique du Nord via la bande Ku qui couvrira, en plus de l’Algérie, le Maroc, la Mauritanie, le Sahara occidental, le Mali, le Niger, le Burkina-Faso, la Libye, la Tunisie, le nord du Tchad et le nord du Nord Soudan ». Le satellite, d’une durée de vie de 15 ans, émet aussi sur la bande L et couvre une bonne moitié de l’hémisphère Nord de la Terre, ce qui va permettre d’optimiser la qualité du signal des satellites de géo-localisation (l’américain GPS, le russe GLONASS et l’européen Galileo) et de diminuer les risques de brouillage ou de détérioration volontaire des signaux.
Pour les besoins nationaux, ce sera du télé-enseignement, de la télémédecine et de la visioconférence, de même que le satellite assurera la continuité de fonctionnement des services de télécommunications en cas de catastrophes naturelles majeures, l’augmentation de la capacité du réseau national de télécommunications, la délocalisation des activités et services concentrés au nord du pays grâce à un réseau de télécommunications optimisé et permettra même la réduction des coûts d’exploitation actuels liée à l’utilisation de la capacité spatiale fournie par des systèmes de télécommunications internationaux – jusqu’à 20 millions de dollars par an. Pour rester dans l’actualité d’Alcomsat1, deux navires de suivi et de contrôle spatial chinois, le Yuan Wang 6 et le Yuan Wang 7, sont actuellement déployés dans l’océan Pacifique pour la phase de mise en orbite.

Plusieurs satellites  vont suivre
Le pays ambitionne de lancer plusieurs satellites de dernière génération dans le cadre de son programme spatial 2020-2040, « actuellement en cours d’étude » à l’Asal, a encore annoncé M. Oussedik. Il a expliqué que ce nouveau programme sera effectif après l’achèvement du programme spatial national 2006-2020 qui a enregistré le lancement et le déploiement avec succès de 5 satellites. Le dernier en date, Alcomsat1, étant le fruit d’un partenariat scientifique sino-algérien par lequel 323 scientifiques algériens – 167 ingénieurs et 156 docteurs – ont été formés dans le contrôle, l’exploitation, l’expertise et l’assemblage du satellite. « Cette ressource humaine de haut niveau constitue l’élément clé pour la pérennité du programme spatial algérien, à travers le développement des futurs systèmes spatiaux de télécommunications et leur bonne exploitation, à l’instar de l’expérience acquise dans le domaine des satellites d’observation de la terre », poursuit M. Oussedik, qui prédit un avenir commercial  « radieux » à Alcomsat1 qui permettra, en partenariat avec Algérie Télécom Satellite (ATS) et Télédiffusion d’Algérie (TDA), d’offrir des prestations de télédiffusion à des « prix attractifs » pour « se positionner » dans ce marché concurrentiel. « Nous allons rentabiliser le maximum des capacités de ce satellite », promet-il. A titre de rappel, l’Algérie avait déjà lancé depuis 2010 les satellites Alsat-1B, Alsat-2B et Alsat-1N, par le lanceur indien PSLV C-35 depuis le site de Sriharikota du Centre spatial de Satich Dhawan (sud-est de l’Inde). L’exploitation des images Alsat-1B prises depuis une orbite à 670 km d’altitude répond, entre autres, aux objectifs liés à la protection de l’environnement et des différents écosystèmes naturels, l’observation des phénomènes de la désertification et à leur cartographie, la cartographie de l’occupation des sols, l’aménagement des territoires et du littoral, ainsi que la prévention et la gestion des risques naturels. Alsat- 2B est le deuxième satellite d’observation de la terre à haute résolution, placé sur une orbite située à 670 km d’altitude. Le plus récent, Alsat-1N, est un nanosatellite à mission scientifique et de démonstration technologique développé dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord de coopération avec l’agence spatiale du Royaume-Uni (UKSA).