Finalement, la crise qui secoue le parti du Front de libération nationale (FLN), ne lui a pas causé de dégâts à l’occasion des élections sénatoriales. Le premier parti majoritaire a consolidé sa présence au sein de la chambre basse du Parlement, d’après les résultats déclarés par chaque formation politique.

Le FLN arrive en tête du classement, avec 29 wilayas, loin devant le Rassemblement national démocratique (RND) d’Ahmed Ouyahia, avec seulement 13 wilayas. Une première dans les annales des sénatoriales, selon le coordinateur de l’instance dirigeante, Moad Bouchareb.
La qualifiant d’«écrasante victoire», l’homme fort du FLN a, dans une première réaction, estimé qu’elle a été réalisée «grâce aux militants qui croient aux principes fondateurs du parti». Bouchareb, tout en remerciant les élus d’autres formations politiques «qui nous ont soutenu malgré les offres alléchantes», a affirmé que «le FLN est sur la bonne voie». Cette déclaration sonne comme un cinglant démenti à tous ceux qui avaient cru en la débâcle de l’ex-parti unique, lors des sénatoriales, à cause de la crise interne qu’il traverse depuis des semaines.
Le limogeage déguisé en démission du secrétaire général Djamel Ould Abbès, en novembre dernier, a, il faut le dire, créé une panique générale dans les rangs. Tout le monde s’attendait donc à une défaite du FLN à cause des divisions. Mais, plus que tout, le RND aurait été le grand gagnant de la crise du FLN. La formation politique du Premier ministre voulait coûte que coûte sauvegarder sa suprématie numérique au Sénat, présidé par son indétrônable Abdelkader Bensalah. Avant ces sénatoriales, le RND détenait 42 sièges, contre 40 sièges pour le FLN. L’objectif d’Ouyahia n’a pas été atteint. Le patron du RND a d’ailleurs déclaré qu’il n’était pas satisfait des résultats de son parti, mais qu’il les acceptait tout de même. Il a adressé à l’occasion ses «remerciements» aux militants du RND qui ont participé aux élections «en toute transparence et avec honneur», se retenant de commenter les incidents ayant émaillé le vote dans certaines wilayas comme à Oran.
Avec les 29 wilayas arrachées, le FLN portera son nombre de siège au Conseil de la nation «à environ 55», selon Moad Bouchareb. Le coordinateur de l’instance dirigeante, a, en commentant ces résultats, estimé que le parti était sur la bonne voie, car, a-t-il dit, «lorsque les bonnes volontés sont là et lorsque les militants et les militantes croient en leur direction à sa tête le président de la République, président du parti, Abdelaziz Bouteflika, les miracles se réalisent». En d’autres termes, Bouchareb se vante de la discipline partisane des élus, mais sans pour autant omettre de préciser que c’est en fidélité au président Bouteflika que les élus ont voté pour leurs candidats. Majoritaire déjà à l’APN, le FLN, en reprenant au RND la majorité des sièges au Sénat, domine désormais le Parlement avec ses deux chambres.
Sur un autre plan, cette victoire est à mettre au compte aussi de Bouchareb qui, en l’espace de quelques jours seulement, a pu éviter à l’ex-parti unique des divisions qui lui auraient été fatales durant ces élections. En lançant une série de consultations avec les anciens cadres dirigeants écartés, il a préparé le terrain pour une large mobilisation. Bouchareb a, pour rappel reçu Abdelaziz Belkhadem et Abderrahmane Belayat ainsi que Salah Goudjil. Ces trois figures représentent à elles seules un large pan au sein de la base. Les avoir comme adversaires lors de ce scrutin n’allait pas le servir. Ça, Bouchareb l’a compris.
Le jeune coordinateur de l’instance dirigeante et président de l’APN se place ainsi comme un leader qui peut rendre au FLN son aura devant un frère-ennemi, le RND, qui le guette à chaque virage.
Il aura aussi par cette victoire rendu l’ascenseur à Bouteflika qui l’a nommé en poste il y a moins de deux mois. Avec une telle assise au Parlement, le FLN pourra, en cas de candidature à un cinquième mandat, soutenir efficacement le président Abdelaziz Bouteflika.<