La défaite (2/1), avant-hier à Graz (Autriche), de l’Equipe nationale face à l’Iran laissera certainement des séquelles. Pour le sélectionneur Rabah Madjer, il n’a pas perdu qu’un seul match. Suite à cette contre-performance, sa crédibilité ainsi que sa faculté de permettre aux Verts de talonner les grandes nations de plus près sont à remettre en considération.

Surtout quand on sait qu’une partie du vestiaire s’est déjà montrée réticente envers sa méthode et ses choix récents. Pas de bon augure pour les prochaines échéances. Désormais, même la crainte de voir les « Fennecs » manquer la CAN 2019 s’accentue.
Tout. Absolument tout est en train de changer dans notre sélection. Avant-hier, contre les Iraniens, on a vu jouer une équipe sans leader, sans ossature et sans âme. Beaucoup trop d’approximations pour espérer voir l’EN jouer avec la justesse d’avant.
Le « onze » rentrant, le schéma de jeu ainsi que les changements, tout donnait l’impression d’être défaillant. Contre les héritiers des « Perses », les Algériens ont balbutié leur football pour finir par s’incliner. Ici, on ne s’attardera pas sur le résultat qui reste anecdotique.
Et ce, bien que le driver des « Verts » se soit réjoui, malgré son passé récent sur le banc, de l’invincibilité de ses poulains en trois matchs contre le Nigéria, la République Centrafricaine et la Tanzanie.
Ce que les coéquipiers de Salim Boukhanchouche ont montré sur la pelouse n’était guère rassurant pour aborder les prochains rendez-vous, les éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations 2019 en particulier, avec un minimum de garanties. Il faut le rappeler, c’était poussivement qu’« El-Khadra » avait remporté son premier match dans ces « qualifiers » contre le Togo (1/0) au stade Mustapha-Tchaker. C’était sous la houlette de Lucas Alcaraz remercié plus tard. Au vu de ce que Riyad Mahrez & cie proposent depuis quelques mois maintenant, on commence à craindre le pire : regarder la prochaine messe continentale sans l’Algérie.

Ressort brisé ?
Que faire dès lors ? D’autant plus que le tournoi africain, programmé exceptionnellement et pour la première fois pour l’été 2019, approche à grands pas. Telle est la question. Madjer et son staff ont-ils la capacité de rebâtir une équipe apte à assumer un rang d’un géant qui s’appuie, depuis un certain temps, sur des pieds en argile ? Beaucoup d’interrogations pour avoir l’assurance pour l’avenir.
Surtout que certains éléments semblent avoir constaté les limites du driver tant durant les entraînements que sa manière d’aborder les rencontres et mettre les dispositifs adéquats en place. En d’autres termes : le ressort a cassé. Madjer a cru s’être débarrassé des rebelles en écartant des leaders tels M’Bolhi et Feghouli sans véritables raisons aspect « performances ». En prenant les rênes de la barre technique, l’inventeur de la talonnade a trop voulu se mettre dans le confort au lieu de le réserver à ses ouailles. D’ailleurs, voyant qu’il n’a pas choisi la bonne mise ne place contre l’Iran, il n’a pas hésité à sacrifier Sofiane Hanni au bout de 30 minutes de jeu alors qu’il pouvait, tout simplement, essayer de faire des réajustements d’emplacement en attendant la pause.

Le malaise illustré
Aussi, la sortie de Riyad Mahrez, qui n’a pas caché son mécontentement se contentant d’effleurer la main de son entraîneur, lorsqu’il rejoignait la banquette a illustré parfaitement le malaise au sein du « Club Algérie ». De surcroît, Saphir Taïder n’a pas hésité à rentrer au vestiaire à la 88e minute voyant que Madjer lui a fait le voyage de Montréal (Canada) pour rien. Quoi de plus dur pour un Saphir que de ne plus se sentir précieux !
D’ailleurs, l’ancien joueur du FC Bologne et l’Inter Milan (Italie) a, selon une source très sûre, demandé à ne plus être appelé en sélection. Compréhensible pour celui qui a rallié l’Algérie au risque de perdre sa place à l’Impact Montréal pour, au final, faire le « coiffeur ». L’encadrement technique aurait pu le laisser retourner dans son club comme ce fut le cas avec Ismaël Bennacer (Empoli) ou Nabil Bentaleb et Yacine Brahimi libérés pour des « blessures ». Notons que ces deux-là se sont entrainés le plus normalement du monde mardi avec Schalke 04 et le FC Porto respectivement.

Prendre deux buts en 20 minutes : la « bonne entame » !
Meziane Ighil, membre du staff, a, de son côté, nié la présence d’un « TaïderGate ». « Saphir n’est pas le seul joueur à n’avoir pas joué du tout, il y a d’autres joueurs du groupe aussi. Nous avons arrêté l’équipe en fonction de l’adversaire et la forme physique des joueurs. Taïder fait toujours partie du groupe et de l’équipe. S’il n’a pas été aligné durant ces deux matchs amicaux, il le sera probablement dans les prochains matchs. Il n’y a pas d’affaire Taïder, ni même Naâmani ou Belkheir. Tous ceux qui sont dans le groupe peuvent avoir une place. A eux de saisir les occasions qui se présenteront à eux», note l’ancien coach du MC Alger.
Aussi, il a fait son analyse du rendement des troupes. « En début de match, on était bien concentrés. On a bien entamé la partie. Nous nous sommes créés quelques belles occasions qu’on aurait pu concrétiser. Je pense qu’on aurait pu prétendre à un meilleur résultat, si nous avions été plus efficaces. On a aussi encaissé deux buts coup sur coup. Ce n’était donc pas facile pour les joueurs, mais on ne s’est pas énervé pour autant. Les joueurs ont su rester concentrés et à la mi-temps, nous avons su leur parler. Ils avaient la volonté nécessaire pour revenir en force en deuxième mi-temps et c’est ce qui s’est passé», a décortiqué Ighil. Si prendre deux buts en l’espace de 20 minutes est une bonne entame, l’on se demande ce que le tableau aurait affiché si le début de la rencontre était (plus) mauvais ?

Jouer à contre-nature est suicidaire
Par ailleurs, il y a eu cette défense pas très rassurante qu’on a vue contre la « Team melli ». Beaucoup trop de failles dans un dispositif intriguant avec un Zinedine Ferhat obligé de jouer à contre-nature. Ce fut le cas pour Hilal El-Arbi Soudani aussi jeudi écoulé contre les Tanzaniens. Deux footballeurs à la vocation offensive qui se sont retrouvés cantonnés à… défendre dans un désert tactique. Un véritable problème d’utilisation qui sautait aux yeux de tout le monde. Sauf Madjer.
Aïssa Mandi a tenté de justifier la production très contestable de son compartiment. « Le rendement défensif  ? Je dirai qu’on est une sélection qui n’a pas l’habitude de jouer ensemble et ça s’est vu au bout de 20 minutes seulement. On était un peu difficulté sur l’alignement, sur le décrochage des attaquants, etc. Après ce deuxième but, on a commencé à se remettre dans le match. On était mieux en place. On a mieux défendu. Il faut travailler les automatismes à l’entrainement pour progresser. Les joueurs iraniens ont l’habitude de jouer ensemble depuis longtemps maintenant», a-t-il comparé. C’est vrai qu’il ne peut y avoir de la cohésion lorsque les choix sont incohérents.

Un parfum de « ségrégation » sportive
C’est clair, le collectif Dz n’a jamais tenu la route lors des deux sorties du mois de mars contre la Tanzanie et l’Iran. Ighil a parlé « de trouver un certain équilibre pour faire ressortir une ossature cohérente sans faire de distinctions entre les locaux et les joueurs évoluant en Europe.» Justement, c’est la genèse du malaise car il s’agit avant tout de faire jouer les meilleurs Algériens peu importe d’où ils viennent. Autrement dit, il ne faut pas s’obstiner à vouloir, coûte que coûte, incorporer le « label » local car ce n’est pas le temps de l’expérimental. A quinze mois du prochain tournoi footballistique de la CAF, avoir une colonne vertébrale est, pourtant, primordial.
Là, on se retrouve obligé de revenir en arrière. Un flashback pour ressortir ce communiqué établi par la Fédération algérienne de football (FAF) fin novembre dernier. Toute honte bue, le Bureau Fédéral de la FAF, qui s’était réuni le 30 novembre au Centre technique national (CTN) de Sidi Moussa, avait décidé que « deux critères seront pris en considération pour convoquer un joueur algérien établi à l’étranger dans l’une des sélections nationales : son engagement inconditionnel en faveur de l’Algérie et sa supériorité technique par rapport aux joueurs exerçant en Algérie.» Une mesure qui n’a pas manqué de provoquer de vives réactions et indignations.

L’« africanisation » qui divise
Un traumatisme qui a eu des effets sur la durée. Il a aussi coûté la tête à certains qui ont réagi à cette intolérable discrimination. C’est le cas de Sofiane Feghouli parmi les premiers à dénoncer cette mesure. La suite, on la connaît, même sa belle forme avec le Galatasaray (Turquie) n’a pas suffi pour qu’il soit appelé.
Le pari premium de Madjer est d’« africaniser » le jeu de l’Algérie comme il le répétait sans cesse quand il était (pseudo) consultant mais, aussi, après sa prise de fonction en tant que sélectionneur. Encore faudrait-il qu’il fasse un recensement des joueurs qui composent les effectifs des meilleures équipes du continent. En effet, plus de 80% des appelés chez les mastodontes d’Afrique évoluent en Europe. Mais bon, ceci est un autre sujet que ceux coupables de faire des distinctions populistes, qui alimentent la haine, ne comprendront jamais !