L’aéroport Mohamed-Boudiaf semble presque vide. Malgré les deux vols internationaux  et trois sur Alger, l’aérogare n’enregistre pas la cohue habituelle.

«Aujourd’hui, il n’y a pas de vols de la omra, c’est pourquoi l’aérogare vous semble vide», répondra Mohamed Belhaddad, le commissaire, chargé de communication de la Sûreté nationale au niveau de l’aéroport de Constantine. Nous sommes au niveau de l’unique aéroport de Constantine dans le cadre d’une sortie avec les éléments de la Sûreté nationale. Une sortie promise par Abdelkrim Ouabri, le divisionnaire de Constantine, «pour rapprocher davantage le citoyen de la Sûreté nationale par l’entremise de la presse qui véhiculera les efforts que font ces éléments pour le confort et la protection de tous au quotidien».
Chose promise, chose due. C’est donc à bord d’un fourgon Mercédès dernier cri «made in bladi» que nous allons, en compagnie d’officiers de la Sûreté de wilaya, à leur tête le lieutenant Fares Zellagui, faire une tournée des principaux points de contrôle d’accès au chef-lieu de wilaya.
Nous commencerons, comme mentionné plus haut, par l’aéroport de Constantine, où notre hôte, le commissaire Belhaddad, nous fera visiter, à force d’explications savantes, les principaux points de contrôle que doit emprunter le voyageur vers l’étranger.
Notre visite coïncidera avec deux vols internationaux, le premier vers Tunis et le second vers Istanbul. Les trois points d’accès qui aboutissent à la salle d’embarquement sont tous sous la coupe d’un officier, ayant son propre territoire, plate-bande privée que lui seul gère et contrôle, avec son équipe bien sûr. Il y a aussi ceux qui n’en ont pas l’air mais qui n’en pensent pas moins, les agents chargés de surveiller discrètement le comportement des passagers pour «dénicher» un éventuel passeur de drogue ou de psychotropes, et plus souvent des devises. Un petit geste pour ses collègues, et notre suspect se trouvera embarqué dans une fouille très rapprochée.

La mariée, les roses et les espadrilles !

Aujourd’hui, apparemment, tout est clean. Les trafiquants de tout bord font relâche pour ce dernier jour de l’année. Nous remarquerons néanmoins un jeune couple, une mariée avec une robe de circonstance à une longue traîne, et son homme, une tenue à la limite d’un déguisement d’adolescent et une paire d’espadrilles. N’ayant rien à nous mettre sous la dent, nous ferons remarquer au jeune homme que pour la circonstance, il aurait pu faire un effort vestimentaire. Il se contentera de sourire, en nous faisant témoin qu’il avait offert à sa dulcinée un bouquet de roses blanches, qu’elle tenait effectivement bien en mains. Mais déjà on annonce l’embarquement pour le vol de l’ancienne Constantinople. Alors bon vent les tourtereaux, et que votre avenir ne soit pas chaussé uniquement d’espadrilles !
Le lieutenant Zellagui viendra nous rappeler à la réalité en nous intimant de bien vouloir quitter la salle d’embarquement feutrée de l’aéroport pour partir vers d’autres points de contrôle pour la circonstance des fêtes de fin d’année.
Le fourgon Mercédès prendra le chemin de la nouvelle ville Ali-Mendjeli. Une ville où règne une horrible circulation chaotique à longueur de journée. Au passage, notons que pour la future wilaya déléguée que sera prochainement Ali-Mendjeli (enfin, un statut), il n’y avait qu’un seul commissariat pour une population «particulière», frisant les 400 000 âmes. «Grâce au divisionnaire Ouabri, Ali-Mendjeli dispose aujourd’hui de neuf commissariats», nous fera remarquer un officier posté au barrage fixe entre Ali-Mendjeli et Aïn S’mara, notre second point de visite.
Sur place, nous serons pris en charge par Bouazza Nabil, le commissaire, chef de brigade de la sécurité publique à Ali-Mendjeli, un futur divisionnaire eu égard au nouveau statut que revêtira la nouvelle ville.
Mais, auparavant, et devant l’entrée de son commissariat principal, le commissaire a dû subir les pleurs et les jérémiades d’une jeune femme. Nous pensions que la dame avait subi une agression ou une gâterie du genre, mais, que nenni.

Le «LAPI» en renfort
Un agent lui a simplement établi un P-V. car notre gente dame utilisait son téléphone portable en conduisant. «Je suis une pauvre dame, je n’ai pas de quoi payer l’amende. D’ailleurs mon mari est avec moi, et il n’a même pas de chaussures aux pieds. Je n’ai que la somme nécessaire pour lui acheter des chaussures», pleurait comme une madeleine et se justifiait comme un tueur en série la dame qui arborait quand même une tenue des plus belles griffes !
Le commissaire Bouazza laissera la dame avec ses agents et embarquera avec nous. Nous ne connaîtrons pas le fin mot de l’histoire de la dame au mari sans chaussures.
Au niveau du barrage, une file impressionnante de véhicules se formait dans les deux sens. C’est qu’avec la fermeture des deux seuls points d’accès de Ali-Mendjeli pour les travaux de l’extension du tramway, il ne reste que la route menant ou venant de la commune de Aïn S’mara qui englobe le plus gros du trafic. Un adjudant, tablette en mains, contrôle un fourgon plein de détergents. Il vérifiera soigneusement la cargaison, les factures, l’immatriculation de la wilaya de Mila, pour libérer le conducteur qui commençait à suer de grosses perles malgré le froid glacial qui règne depuis une vingtaine de jours à Constantine.
«Vous voyez la Ford garée cent mètres plus bas ? Il y a un agent dans le véhicule avec un appareil que l’on nomme Lecteur automatique de plaques d’immatriculation (LAPI). Tout véhicule qui passe verra sa plaque lue par notre appareil qui déterminera, en une poignée de secondes, si la numérotation correspond au véhicule, si la voiture est volée, recherchée ou autre. L’infraction sera signifiée en temps réel aux agents au niveau du barrage, une centaine de mètres plus loin», nous expliquera l’officier Bouazza, quant à la présence de la Ford et des tablettes aux mains de ses agents. Pour cela, des agents de la police judiciaire ne sont jamais très loin pour une éventuelle intervention rapide. D’ailleurs, grâce à cette nouvelle technologie et le «nez» de ses agents, le commissaire a enregistré 835 infractions diverses sur le territoire de Ali-Mendjeli, «uniquement pour le mois de décembre», tiendra-t-il à souligner.
Nous visiterons aussi d‘autres points de contrôle à Ali-Mendjeli, tous aussi encombrés les uns et les autres, Ali-Mendjeli étant connu pour l’énorme densité de ses habitants et de… leurs véhicules. «C’est une ville chantier, nous dira le commissaire Bouazza. A chaque coin de rue, il y a des travaux, des engins, des gravats, et des problèmes. Avec les chantiers de l’extension du tramway, la ville étouffe carrément. Enfin, je pense qu’à l’issue des travaux du tramway, on respirera mieux car, je l’espère, les voitures seront moins nombreuses et la circulation plus fluide».
Le Mercédès reprendra la route du commissariat central, notre point de rencontre initial. Les patrouilles de la journée sont finies. Il est déjà 18H. Mais le témoin n’a en fait été que transmis. Les éléments de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) font ronronner les moteurs de leur 4×4 Mercédès, toujours made in bladi. C’est le moment des descentes nocturnes, liées cette fois à l’évènement des fêtes de fin d’année. D’autres patrouilles, d’autres éléments, d’autres cibles, mais toujours avec la même ferveur. «Alors bonne année, nous sommes là pour y veiller», conclura notre hôte. n