Comme pour les deux présidentielles avortées par le peuple, du 18 avril et du 4 juillet, l’échéance fixée pour la troisième fois au 12 décembre divise la classe politique.

Certes, tous les partis politiques ou presque insistent sur la nécessité de poursuivre le mouvement populaire de manière pacifique, mais force est de constater que certains sont entrés dans le vif du sujet, alors que d’autres restent sur la défensive et rejettent catégoriquement ce scrutin. C’est l’autre épreuve de vérité, donc, pour les partis que le Hirak a désormais à l’œil. D’ailleurs, à peine le corps électoral convoqué par le chef de l’Etat, que la question « qui osera participer ? » a ressurgi comme pour les deux présidentielles annulées. Des hommes politiques avaient fini, rappelle-t-on, par être discrédités par le peuple à cause de leur entêtement à participer à la course.
Pourtant, malgré cette réticence et cette prudence à se prononcer, les différentes réactions à la convocation du corps électoral divisent la classe politique en trois groupes. Ceux de l’allégeance, complètement acquis à la démarche du pouvoir, et l’opposition divisée en deux, entre certains en embuscade et d’autres radicaux rejetant carrément cet agenda. FLN, RND et MPA ont déjà exprimé leur position d’« adhésion » à l’annonce du chef de l’Etat. Les directions de ces trois partis, en attendant TAJ, qui tiendra une réunion en début de semaine prochaine, sonnent d’ores et déjà « la mobilisation des troupes » au niveau local pour« sensibiliser les citoyens de la nécessité de participer à la réussite des élections ». Au final, quand bien même ces partis expriment leur « soutien » au Hirak, allant même jusqu’à introduire des changements à leur tête, ils finissent toujours par s’aligner dernière ce que décident les tenants du pouvoir.

L’allégeance au garde-à-vous !
Si, pour les principaux partis du pouvoir, les choses semblent claires, en attendant bien sûr qu’ils s’unissent autour du candidat qui sera choisi en haut lieu, la situation est plus complexe au sein de l’opposition. Unie pour quelques mois, lors de conférences qui n’aboutissent qu’à des déclarations sans suite sur le terrain, elles se divisent dès que la course au pouvoir est lancée. C’est devenu même une tradition que l’opposition parte en rangs dispersés à l’occasion de toutes les échéances. Ce qui fait l’affaire du pouvoir. Certains partis, notamment de la mouvance islamiste, à l’instar d’El Bina, Ennahda et El Islah. Ce dernier voit dans a présidentielle « une occasion pour investir le terrain et élargir la base populaire du parti en vue d’une participation efficace dans la vie politique », alors que Ennahda considère le rendez-vous du 12 décembre comme « l’unique solution à la crise ». El Bina de Bengrina explique clairement qu’il « est concerné » par la présidentielle, appelant les Algériens à réagir « positivement » à cette échéance. Le parti décidera de sa participation le 20 septembre.

Benflis et Makri en embuscade
Deux autres partis de l’opposition, et pas des moindres, le MSP et Talaie El Hourriyet, se tiennent quant à eux en embuscade en prévision des élections du 12 décembre. Partenaires dans les Forces du changement et la plateforme de Aïn Benian, Ali Benflis et Abderrezak Makri affichent des intentions, on ne peut plus claires, de participation à la course vers le palais d’El Mouradia. L’ancien chef de gouvernement, pour qui « les conditions d’une élection libre et transparente sont réunies », a convoqué le Comité central de son parti pour le 26 du mois en cours, tandis que le chef du MSP a fixé la réunion du Conseil consultatif pour le lendemain, soit le 27 septembre. Bien qu’il ait insisté sur les mesures d’apaisement comme le départ du gouvernement, le MSP a estimé, hier, que « l’élection présidentielle constitue la voie obligatoire pour garantir l’avenir des libertés, de la démocratie et transformer les revendications populaires en des politiques de développement ».

Les démocrates intransigeants
A ceux-là s’ajoutent enfin les partis qui se placent en opposition radicale à la feuille de route du pouvoir. Le FFS, le RCD, le PT, le MDS et Jil Jadid entre autres. Pour Hakim Belahcel, premier secrétaire national du FFS, « la politique du fait accompli ne fera qu’envenimer la situation assez dangereuse déjà ». « Le dispositif électoral imposé à la hâte ne fera que reproduire les fiascos électoraux précédents avec leurs lots de fraudes massives et d’abstentions généralisées », a-t-il averti. Le président du RCD, Mohcine Belabbas, lui, accuse Gaïd Salah et Bensalah « d’avoir violé toutes les traditions et les lois en imposant au peuple d’hypothéquer l’avenir de son pays ». Soufiane Djilali a, pour sa part, estimé que dans les conditions actuelles, « l’élection présidentielle projetée a peu de chances d’entraîner l’enthousiasme populaire et compliquera la crise au lieu de la résoudre ». <