Le projet de loi de finances 2020 et celui sur les hydrocarbures, approuvés hier en Conseil des ministres, sont rejetés par des partis politiques. C’est le cas du FFS et du PT, qui évoquent une menace sur la souveraineté nationale et «un bradage» des ressources naturelles du pays. En plus du contenu de ces textes, jugé «antinational», les deux partis mettent en exergue le fait que ces lois sont élaborées par un gouvernement censé être celui des affaires courantes.
Pour le Front des forces socialistes (FFS), «ces lois hypothèquent à moyen et long termes le développement d’une économie indépendante et portent un sérieux préjudice aux intérêts nationaux», estimant qu’il s’agit d’une «atteinte grave à la fois au patrimoine de notre peuple et à sa souveraineté nationale». Le parti ajoute que ces deux textes «ouvrent la voie au bradage des ressources naturelles du pays et au contrôle de pans entiers de l’économie nationale par les intérêts étrangers». «Tous les experts s’accordent à dire que ces lois contiennent des dispositions qui avantagent les partenaires étrangers au détriment des intérêts nationaux», souligne le FFS dans un communiqué rendu public. S’agissant du PLF 2020, le même parti dit avoir relevé trois mesures qui «transfèrent la propriété de biens publics et le pouvoir national de décision à des étrangers, sans contrepartie effective». La première renvoie à «la suppression de la règle 49/51 pour les secteurs non stratégiques, sans préciser lesquels, applicable aux investissements étrangers». La deuxième a trait à «la levée de la restriction relative à l’endettement extérieur, visant à s’endetter auprès des institutions régionales et internationales dans le but de financer des projets stratégiques, sans préciser lesquels». La troisième évoque «l’autorisation d’importer des véhicules d’occasion de moins de 3 ans, qui marque l’échec des unités de montage automobile dans notre pays en fonctionnement avec un taux d’intégration insignifiant et qui se traduit par une importation coûteuse des composants et une baisse significative des réserves de change».
Pour le FFS, les mesures ponctuelles ainsi préconisées «feront subir au pays des conséquences dramatiques à la fois économiques, sociales, politiques, voire sécuritaires, qui entraîneraient le chaos et justifieraient

des interventions étrangères pour préserver leurs intérêts ». S’agissant de la loi sur les hydrocarbures, le parti note que « les nouvelles dispositions conservent le cadre de la loi de 2005 -ouvert au « régime des concessions » octroyées sur la base d’appels d’offres souvent infructueux- et y introduit les contrats de gré à gré et une révision de la fiscalité, au lieu de revenir à la loi de 1986 ( N°86-14) qui consacre « le contrat de partage de production ».
Il y a lieu de rappeler que « le régime des concessions donne « un droit souverain à la société étrangère, qui considère le pétrole comme sa propriété, alors que la base de la loi de 1986 est le contrat de partage de production», souligne le FFS. Pour ce dernier, la nouvelle loi projetée dans le sillage de celle 2005 « maintient le système des concessions, y compris en mer pour l’exploration offshore, et n’exclut pas l’exploration du gaz de schiste dans le Sud et qui a déjà commencé ». Dans sa conclusion politique, le FFS estime qu’en agissant ainsi, « le pouvoir, en contrepartie des avantages octroyés aux firmes étrangères, attend de leurs gouvernements respectifs un soutien au régime et au processus électoral engagé visant à le pérenniser ».
Pour sa part, le Parti des travailleurs (PT) estime que c’est la Loi de finances 2020, avec sa « rigueur » et sa « rationalité » voulues par Bensalah-Bedoui, qui « accablera davantage les larges couches de la population ». Cette loi « offre tous les avantages aux « investisseurs étrangers », à commencer par la « suppression de la règle 51/49 (pour les secteurs dits non stratégiques), qui, même si elle n’a pu empêcher totalement le pillage étranger grâce à son contournement par d’ingénieuses techniques et ruses, l’a néanmoins limité », ajoute le PT. Pour ce qui est de la loi sur les hydrocarbures, le PT relève que le gouvernement vient d’« exhumer » celle de Chakib Khellil « combattue avec succès par Louisa Hanoune ». « Ce gouvernement, qu’on nous a présenté comme celui des affaires courantes, vient expédier une loi sur les hydrocarbures pour brader la principale richesse du pays au profit des grands groupes pétroliers internationaux », dénonce le PT. Ce dernier convoque, dans ce sens,
« l’aveu même du ministre de l’Energie », qui avait dit que
« cette loi a été élaborée en concertation avec les majors du pétrole, c’est-à-dire les plus grandes multinationales pétrolières, française, britannique et américaine pour l’essentiel ». Pour le PT, « le projet de loi est élaboré en relation même avec l’élection présidentielle électorale », estimant que « le régime, qui veut se maintenir coûte que coûte, cherche à avoir la caution internationale pour l’organisation de cette pseudo-élection ».n