En attendant de remettre son rapport d’activité au Président de la République, promis pour le mois de février prochain, le médiateur de la République Karim Younès multiplie les sorties dans les wilayas, où il ne cesse de pointer du doigt certaines plaies de la gestion publique, allant jusqu’à suggérer des signes de colère sociale si les autorités n’apportent pas les solutions adéquates.

Hier à Mostaganem, M. Younès a affirmé que son Secrétariat est en train d’apporter les dernières touches au rapport final qui sera prochainement remis au Président de la République, rappelant la mission d’intermédiaire entre le citoyen et l’Etat avec l’objectif de «combattre les dysfonctionnements sociaux». Avant son escale mostaganémoise, le médiateur de la République s’est rendu successivement à Sétif, Batna, M’sila et Bouira, où il a donné un peu de visibilité à l’institution qu’il préside après plusieurs mois de balbutiements. Depuis une semaine, l’ancien président de l’Assemblée populaire nationale (APN) est sur le terrain avec la promotion du rôle de son institution, tout en s’adressant aux responsables locaux auxquels il a signifié «l’obligation de collaborer avec les représentants de la médiature» en donnant notamment des suites aux requêtes qu’ils déposent sur leur bureau». Karim Younès avait indiqué, lors du point de presse tenu le 17 décembre dernier, que les services centraux de la médiation ont reçu, depuis l’installation de l’Instance il y a dix mois et jusqu’au 2 décembre dernier, un total de 4 793 requêtes. Il a affirmé, par la même occasion, avoir «reçu personnellement 2 793 citoyens, toutes franges sociales confondues, venus des quatre coins du pays», dont les requêtes «ont été étudiées et transmises aux secteurs concernés pour prise en charge». «Plus de 29% d’entre elles concernent le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire», a fait savoir M. Younès, précisant que la wilaya d’Alger arrivait en tête avec 883 requêtes et réceptions, suivie des wilayas d’Oran (102 requêtes), de Sétif (76 requêtes) et de Skikda (75 requêtes). Ce chiffre est monté cependant, puisque le médiateur de la République a déclaré, hier, dans la ville de Mostaganem, avoir reçu 8 050 personnes porteuses de doléances.

Haro sur la corruption
Et c’est visiblement à la lumière des requêtes recueillies que le médiateur de la République formule ses mises en garde quant à l’ampleur prise par la corruption dans les organes de l’Etat au niveau local. Karim Younès a ainsi mis en garde les représentants locaux de son institution contre les tentatives de corruption et contre ce qu’il a considéré comme des «pratiques de chantage» contre les citoyens auxquels ils font les promesses de régler leurs problèmes en échange de contrepartie matérielle. Il a soutenu, dans ce sens, que l’une des missions confiées au médiateur de la République consiste à «lutter contre la corruption, le népotisme, la bureaucratie», relevant à cet égard qu’un «travail de réflexion est en cours pour identifier les dysfonctionnements sociaux pour y apporter des réponses nécessaires». On l’aura ainsi compris qu’après avoir mené un travail pédagogique et d’explication sur le rôle de son institution, Karim Younès tend à assumer ses attributions particulièrement dans un contexte marqué par des signes de méfiance entre le citoyen et les représentations de l’Etat au niveau local.
Le délégué local de la médiation à l’échelle de la wilaya «n’est ni un wali ni un juge ni un avocat ni un fonctionnaire», n’a-t-il cessé de dire lors de ses premières sorties pour souligner son «rôle de facilitateur et de réconciliateur» qui «agit en toute indépendance». Mais à mesure qu’il multiplie les sorties sur le terrain, il pointe de plus en plus des défaillances dans la gestion des affaires publiques, ayant participé à la détérioration des relations entre le citoyen et l’administration publique.